Milano – Sanremo 2026 Preview

Milano – Sanremo 2026

L’ouverture du bal des Monuments cyclistes approche à grands pas avec Milano – Sanremo. Prévue pour le samedi 21 mars 2026, la « Classicissima » renoue cette année avec un format XL, affichant 298 kilomètres. Après un départ donné depuis Pavia, comme lors des deux précédentes éditions, le peloton s’apprête à vivre l’une des journées les plus longues du calendrier.

Le tracé respecte ses fondamentaux encore cette année. Le passage du Passo del Turchino pour basculer vers la côte, l’enchaînement des Tre Capi le long du littoral, puis le bouquet final avec la Cipressa et le Poggio. Si la course est souvent décrite comme la plus facile à finir, elle reste l’une des plus difficile à gagner.

L’histoire de la Primavera est marquée par des ajustements visant à briser l’hégémonie des sprinteurs. En 1961, le Poggio a été intégré pour dynamiter le final, suivi en 1982 par l’ajout de la Cipressa afin d’augmenter le dénivelé avant l’approche de Sanremo. Les Tre Capi (Capo Mele, Capo Cervo et Capo Berta) figurent dans les 50 derniers kilomètres depuis toujours, tout comme le Turchino, qui a perdu son influence décisive mais reste une ascension symbolique.

Le parcours a connu des expérimentations plus éphémères, comme le Manie (utilisé de 2008 à 2013) ou le projet avorté de la Pompeiana en 2014, retiré pour des raisons de sécurité. Pour cette édition 2026, les organisateurs ont de nouveau privilégié l’authenticité.


Le Parcours

Si Milan-Sanremo n’intègre pas les cols les plus effrayants de la saison, ses 298 kilomètres et l’enchaînement nerveux Capi – Cipressa – Poggio dans la dernière heure de course imposent une usure impitoyable. À ce stade, la moindre petite bosse se transforme en un véritable juge de paix pour des organismes déjà entamés.

Jusqu’à l’année dernière, il fallait fouiller dans les archives des années 90 pour trouver un mouvement décisif parti dans la Cipressa. Pogačar, Van der Poel et Ganna ont brisé les codes établis, prouvant que le Poggio n’est plus l’unique juge de paix de la Primavera.

Les 30 derniers km

Sur le papier, les 5.6 km à 4.1 % de la Cipressa pourraient paraître dérisoires face aux géants des Alpes ou les cols Pyrénéens. Mais c’est aussi en cela que Milan-Sanremo est une course à part. Après plus de 260 bornes, l’accélération y est souvent brutale, déclenchant une sélection où les sprinteurs les moins endurants voient leurs espoirs s’envoler. C’est ici que les choses sérieuses commencent.

Une fois le sommet de la Cipressa franchi, le peloton plongera dans une descente technique de 3.3 km avant de rejoindre le littoral. S’en suivra une transition de 9 km sur le plat. C’est à moins de 10 kilomètres du but que se dressera enfin le Poggio di Sanremo.

Avec une pente moyenne de 3.7 % sur 3.7 km, le Poggio pourrait sembler anecdotique sur n’importe quelle autre course. Mais après 290 km de bataille, cette colline change de dimension pour devenir un véritable mur. La tension y atteint son paroxysme : c’est le moment de vérité.

Une fois le sommet du Poggio franchi, l’intensité ne diminue pas, bien au contraire. Les coureurs doivent alors aborder une descente de 3.2 km, rapide et technique. C’est un passage clé où les écarts peuvent se creuser. En 2022, Mohoric y a bâti son succès, prenant tous les risques grâce à sa selle télescopique.

Milano - Sanremo 2023 Preview
Descente du Poggio

Les Derniers Kilomètres

Une fois la descente terminée, les coureurs rejoindront la SS1, avec seulement 2 300 mètres les séparant de l’arrivée. À 850 mètres de la ligne, ils devront négocier un virage à gauche autour d’un rond-point, suivi d’un dernier virage à droite à 750 mètres. Ils entreront alors sur la légendaire Via Roma, où le vainqueur de la Classicissima sera sacré.


Météo

Beau temps attendu sur les routes de Milan-Sanremo ce samedi et des températures assez agréables autour de 15 degrés. Mais bien évidemment l’élément le plus important à analyser sera le sens et la force du vent, un élément qui conditionnera le scénario à partir de la Cipressa et jusqu’à la Via Roma.

Pour le moment, les prévisions ne devraient pas ravir les hommes désireux d’attaquer dans le final. En effet, le vent semble provenir de l’Ouest / Sud-Ouest sur les trois dernières heures de course, à partir du moment où les coureurs rejoindront la côte.

Cela signifie que de la fin de la descente du Turchino jusqu’à la ligne d’arrivée, le vent sera majoritairement de face, dans les Capi et dans la Cipressa. Le Poggio se fera lui avec un vent de côté. Le vent est pour le moment annoncé à environ 12 km/h.


Le Scenario

Autrefois assez imprévisible, Pogačar et Van der Poel sont parvenus à rendre Milan-Sanremo un peu plus prévisible. L’attaque dans la Cipressa l’année dernière a montré à Pogačar que c’est peut-être sa seule chance de s’imposer sur cette course. Il y a donc fort à parier sur un retour de cette stratégie. Tout comme cela avait été le cas l’année dernière, je pense que cela signera la fin du jeu pour les sprinteurs du peloton. Le groupe qui basculera avec le Slovène, s’il n’est pas tout seul, sera une nouvelle fois très réduit, avec peut-être même seulement Van der Poel en mesure d’être dans sa roue.


Les Favoris

Comme bien souvent, Pogačar et son équipe devraient dicter le scénario de la course. L’année dernière, le Slovène avait réussi à faire exploser le peloton dans la Cipressa après avoir été lancé par Narvaez. Cette année, ni Narvaez ni Wellens ne seront au départ, tous les deux blessés. Ces absences sont un gros coup dur pour Pogačar dans sa mission d’enfin remporter Milan-Sanremo.

Le Poggio n’est pas assez difficile pour lui permettre de s’isoler. Il a déjà essayé par le passé et cela n’a jamais fonctionné. Il y a donc fort à parier que cette année, comme en 2025, il tentera de tout mettre dans la Cipressa.

Pour cela, il n’y a pas cinquante solutions : son équipe doit être parfaitement positionnée dès le pied. Cela n’a pour le moment jamais été le cas, et c’est ce qui l’a empêché de mettre à exécution son plan. Ses équipiers étaient toujours désorganisés, et il leur était alors difficile de remonter le peloton pour venir mettre des relais appuyés afin de lancer leur leader. S’ils parviennent à régler ce souci samedi, alors le résultat pourrait être bien différent de celui de l’année dernière. Sa meilleure chance de victoire étant d’arriver seul, il devra absolument se défaire de tous ses adversaires pour pouvoir s’imposer sur la Via Roma.

Double vainqueur de l’épreuve, Van der Poel s’annonce une nouvelle fois comme l’un des grands favoris à la victoire samedi. L’année dernière, il avait été l’un des deux seuls à pouvoir suivre l’accélération de Pogačar. Il n’avait pas pu se défaire du Slovène par la suite dans le Poggio ou dans sa descente. Il s’était toutefois imposé au sprint.

Milan-Sanremo est de nouveau un très gros objectif pour le Néerlandais. Son début de saison ne laisse aucun doute : il est déjà en très bonne forme. Le travail qu’il a effectué sur Tirreno-Adriatico laisse assez peu de doute sur sa condition physique actuelle. Les choses sont relativement simples pour lui. Son but est de suivre Pogačar lorsque celui-ci partira dans la Cipressa. S’il ne parvient pas à accrocher sa roue, il lui sera très difficile, voire impossible de rentrer. En revanche, s’il parvient à rester accroché au sommet, alors ses chances de victoire augmentent grandement. Il pourrait bien même se permettre d’attendre le sprint, comme ce fut le cas l’année dernière.

Alpecin comptera aussi dans ses rangs Philipsen, ancien vainqueur de l’épreuve. Bien évidemment, il ne sera pas en mesure de suivre Pogačar dans la Cipressa, mais ce n’est pas ce qu’on lui demande. Lui devra rester sur la défensive jusque dans le Poggio, en espérant être dans un groupe pas trop loin du Slovène. Si ce groupe de chasse parvient à rentrer, alors Philipsen aura confiance en ses chances dans un sprint au terme d’une course de 300 km. Nous l’avons vu plutôt en forme sur la Nokere Koerse, qu’il a remportée mercredi.

Le troisième des favoris est bien entendu Filippo Ganna. Il a été le seul en mesure d’accrocher Van der Poel et Pogačar dans la Cipressa l’année dernière. Derrière, il a collaboré jusqu’au pied du Poggio où les accélérations de ses deux adversaires l’ont finalement fait lâcher prise. Il a grimpé le Poggio à son rythme et, après une excellente descente, est parvenu à rentrer sur le plat. Il commet une erreur en laissant un espace entre Van der Poel et lui au moment où le Néerlandais lance son sprint.

Cette année encore, son but sera d’aborder la Cipressa dans les roues de Pogačar pour surtout ne pas lui laisser un mètre d’avance au moment où il va démarrer. Le scénario pourrait se répéter pour l’Italien même s’il parvient à basculer au sommet de la Cipressa avec Pogačar. Si celui-ci l’attaque de nouveau dans le Poggio, il devrait être distancé encore une fois. Tant que Pogačar n’est pas seul, il possédera une petite chance de rentrer. Si c’est un mano a mano à distance qui s’annonce, alors cela lui sera extrêmement compliqué, si tant est qu’il puisse de nouveau accrocher le Slovène lorsqu’il va démarrer.

En tout cas, ce qu’il a montré sur Tirreno semble indéniablement prouver que sa forme se construit au fur et à mesure. Un excellent chrono tout d’abord, mais surtout de très belles prestations dans les ascensions tout au long de la semaine. Il l’a dit lui-même, il a abordé Tirreno moins en forme que l’année passée, pour atteindre son pic sur Sanremo. Pour s’imposer, il faudra tout d’abord être présent au sommet de la Cipressa, mais surtout pouvoir limiter les dégâts dans le Poggio.

Wout van Aert a annoncé s’aligner sur Milan-Sanremo avec l’objectif de gagner cette course, chose qu’il a déjà faite par le passé. Malheureusement pour lui, les temps ont énormément changé depuis 2020. L’avènement de Pogačar et de Van der Poel a rendu cette course si difficile que le nombre d’hommes en mesure de l’emporter a baissé drastiquement.

Il a montré des choses intéressantes sur Tirreno-Adriatico, mais rien d’exceptionnel non plus. En tout cas, rien qui ne laisserait penser que, comme en 2023, il soit en mesure de faire partie des quatre meilleurs. Il lui faudra tout d’abord être placé à l’amorce de la Cipressa, et il est apparu évident que frotter est un énorme problème pour lui. Cela pourrait mettre fin à ses chances très vite s’il n’est pas dans la roue de Pogačar et Van der Poel au moment où ceux-ci vont démarrer. Même s’il parvenait à arriver avec eux sur la Via Roma, nous avons vu qu’au sprint, il ne partira pas forcément vainqueur non plus, ce qui aurait été le cas il y a quelques années.

La Visma aura aussi dans ses rangs le jeune Matthew Brennan. Le sprinteur britannique a explosé en 2025 et a plutôt bien commencé 2026 avec une victoire d’étape sur le Tour Down Under, mais surtout sa victoire sur Kuurne-Bruxelles-Kuurne. Il n’a plus couru depuis près de 3 semaines, mais on sait que Brennan est un coureur tout à fait capable d’encaisser le dénivelé.

À l’image d’un Philipsen, il ne sera bien évidemment pas en mesure de suivre les meilleurs lors de leur attaque de la Cipressa. En revanche, il y a de très fortes chances qu’il puisse accrocher un second groupe derrière. Si jamais tout venait à se regrouper après le Poggio, il deviendrait de fait l’un des favoris à la victoire dans un sprint réduit.

Tom Pidcock sera au départ de Milan-Sanremo samedi. Le Britannique est l’auteur d’un très bon début de saison et sa forme est toujours étincelante, la preuve avec sa victoire pleine d’autorité sur Milan-Turin plus tôt cette semaine.

L’année dernière, il était déjà arrivé plein de confiance au départ de Milan-Sanremo. Ses résultats étaient très intéressants, et surtout sur les Strade Bianche, il avait été le seul en mesure d’accrocher et de tenir la roue de Pogačar pendant de longs kilomètres.

Malgré tout, une fois l’accélération du Slovène dans la Cipressa, le Britannique a totalement disparu. Historiquement, ce n’est pas une course qui lui réussit, sa meilleure place restant une 11e place lors de l’édition 2024. C’est peut-être une course un peu trop longue pour ses qualités, même s’il semble avoir passé un réel cap depuis la deuxième partie de saison 2025. Sur son état de forme en tout cas, il doit pouvoir jouer les premiers rôles samedi. S’il n’a pas été en mesure d’accrocher les roues l’année dernière, cela ne signifie pas qu’il faut le sortir de la course automatiquement. Il possède une bonne pointe de vitesse, ce qui lui donnera confiance en ses capacités de décrocher la victoire si jamais cela devait se jouer en petit comité.

Du côté des sprinteurs qui apprécient et encaissent très bien le dénivelé, Andresen est bien évidemment un nom à retenir. Son passage chez Decathlon est un réel succès jusqu’ici. À l’image de Philipsen et Brennan, il ne sera bien évidemment pas attendu de lui qu’il puisse basculer avec Pogačar et Van der Poel au sommet de la Cipressa.

En revanche, comme les deux autres précédemment cités, il doit être en mesure d’accrocher un groupe en chasse derrière les leaders. Pour lui aussi, le but sera de serrer les dents et de rester dans ce groupe de chasse jusqu’au sommet du Poggio, en espérant que l’écart soit minime et que le travail des équipiers puisse permettre à ce groupe de rentrer sur la tête de course. Au sprint, il devrait avoir toutes ses chances.

Malgré tout, il manque de références sur des courses aussi longues. Il a même très peu de résultats probants, son seul étant une 9e place sur la Bretagne Classic l’été dernier. Il semble tout de même avoir passé un vrai cap depuis son transfert.


Mes Choix

Est-ce que le vent de face dans tout le final du parcours forcera Pogačar et UAE à adapter leur stratégie ? Je ne pense pas, car nous l’avons déjà vu par le passé : attendre le Poggio n’est pas une solution pour le Slovène.

Il demandera à son équipe d’imposer un énorme rythme dès le pied de la Cipressa, à condition d’être bien placé pour une fois. Le vent de face sera modéré (12 km/h) et ne l’empêchera pas d’attaquer. En revanche, cela pourrait avoir deux effets bien différents.

Si ses principaux adversaires ne sont pas immédiatement dans sa roue, il pourrait leur être difficile de combler l’écart, car eux aussi devront batailler face au vent. En revanche, s’ils sont dans sa roue, alors ils seront parfaitement à l’abri et il sera très difficile pour Pogačar de s’isoler. Même s’il parvenait à basculer seul au sommet de la Cipressa, le vent de face dans toute la plaine jusqu’au pied du Poggio ne jouera pas en sa faveur. Derrière, les autres leaders devraient faire rouler leurs équipiers jusque dans le Poggio et peut-être même après, pour s’assurer de rentrer sur le Slovène. Du moins, en théorie.

Maintenant que tout cela a été dit, il faut se rappeler que nous parlons de Pogačar et pas de n’importe quel coureur. Un solo face au vent d’une vingtaine de kilomètres ne doit clairement pas lui faire peur. Pour beaucoup, basculer en tête de la Cipressa et devoir affronter le vent de face seul serait synonyme d’être revu dès le pied du Poggio. Pour lui, les choses pourraient être bien différentes, et le laisser s’en aller sera synonyme de la fin des chances de ses adversaires. Dans l’histoire récente, Pogačar n’a été revu qu’une seule fois après être parti en solitaire. Cela s’est passé l’année dernière sur l’Amstel Gold Race, où il avait stratégiquement très mal géré sa course. De manière un peu contre-intuitive, je pense même que ces conditions météo vont l’avantager s’il parvient à s’isoler samedi.

UAE aura fait exploser le peloton dans la Cipressa, et il restera peu d’équipiers pour mener une chasse efficace. Les autres leaders ne voudront pas se livrer à fond vent de face, et cela permettra à Pogačar de continuer à creuser.

Est-ce que cette année sera la bonne ? C’est en tout cas mon avis. J’imagine une victoire de Pogačar en solitaire, suivi de Van der Poel, lui aussi seul. Je pense que le Néerlandais sera décroché dans la Cipressa, mais ne lâchera jamais rien pour tenter de revenir. Derrière eux, comme c’est souvent le cas lors des solos du Slovène, le groupe de poursuivants pourrait être assez désorganisé, avec des attaques qui fuseront de toutes parts. Dans ce scénario, pourquoi ne pas imaginer un homme comme Valgren, très en forme sur Tirreno-Adriatico, aller chercher un podium en s’extirpant de ce groupe de chasse ?


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