

Avec ses 3 550 mètres de dénivelé positif, cette 6ᵉ étape affiche des chiffres dignes d’une honnête étape de moyenne montagne. Et pourtant, la course ne fera que traverser la Manche et le Calvados. Une étape qui s’annonce usante, et dont le final accidenté semble encore promis aux puncheurs. Bien qu’avec autant de dénivelé, et selon la manière dont la course sera courue, les grimpeurs pourraient aussi être dans le jeu.
Le Parcours
Le point culminant de cette sixième étape sera situé à 350 mètres d’altitude. Les coureurs ne monteront jamais très haut, mais ils ne connaîtront quasiment aucun répit tout au long des 201 kilomètres. En effet, la route sera constamment vallonnée, avec très peu de sections plates, enchaînant montées et descentes. Ils trouveront sur leur parcours six ascensions répertoriées : cinq de troisième catégorie, et une dernière classée en quatrième catégorie.





Les Derniers Kilomètres
En fonction du nombre de coureurs encore en lice pour se disputer l’étape, les dix derniers kilomètres pourraient s’avérer plus ou moins tendus. En effet, l’approche de la dernière difficulté répertoriée, la côte de Vaudry, se fera sur une deux voies classique, mais sa proximité avec l’arrivée la rendra stratégique.

Elle pourra servir de rampe de lancement, car une fois le sommet franchi, il ne restera que 4.5 km à parcourir jusqu’à la ligne d’arrivée. Parmi ces 4.5 km, deux seront en descente, suivis d’une très courte portion de plat, de moins d’un kilomètre, avant d’aborder la montée finale.

Le dernier kilomètre de l’étape se déroulera en montée. La pente restera relativement douce jusqu’au virage à gauche situé à 700 mètres de la ligne, où débuteront les pourcentages les plus élevés.

Les 700 derniers mètres afficheront en effet une moyenne proche de 10 %. Le passage le plus raide se situera aux alentours des 300 derniers mètres, à l’approche d’un nouveau et dernier virage sur la gauche.

Une fois ce virage franchi, les coureurs devront affronter une section à plus de 12 % sur environ 200 mètres, avant que la pente ne s’adoucisse légèrement dans les 50 derniers mètres.

Météo
Un vent de nord-est accompagnera les coureurs tout au long de la journée. Très faible, voire inexistant au départ, il ne cessera de se renforcer au fil de l’étape pour dépasser les 15 km/h dans la dernière heure de course.
Sa direction offrira un vent favorable sur les premiers kilomètres, puis un vent de côté jusqu’au kilomètre 60. Entre le kilomètre 60 et le 123, les coureurs bénéficieront d’un vent majoritairement de dos.
Le final, quant à lui, se disputera avec un vent essentiellement de face à partir de la côte de Saint-Michel-de-Montjoie, un vent de côté dans la côte de Vaudry. Il sera favorable dans les premiers hectomètres de la côte finale, puis de côté après le dernier virage pour les 300 derniers mètres.
Le Scenario
Pour tous les coureurs, à l’exception de Pogacar, Van der Poel et Vingegaard, les choses sont désormais très claires : s’ils veulent avoir une chance de remporter l’étape, ils doivent absolument prendre l’échappée matinale. Plus celle-ci sera fournie, plus elle aura évidemment de chances d’aller au bout.
L’étape sera très vallonnée et il sera très difficile de reprendre du temps à une échappée composée de baroudeurs solides. Avec de si gros écarts au général (le 12e pointe déjà à plus de 3′) et autant de coureurs qui devront viser l’échappée, j’aurais donc tendance à donner un avantage aux fuyards pour cette sixième étape.
Les Prétendants

La question est de savoir si Van der Poel voudra partir en échappée. Sachant que ce n’est pas forcément le meilleur scénario pour lui, Alpecin devrait plutôt chercher à contrôler la course, avec un Mathieu restant bien au chaud dans le peloton. Si tel est le cas, il n’est pas certain que l’équipe bénéficie de beaucoup d’aide de la part des autres formations, sauf peut-être UAE, qui porte le maillot jaune et pourrait placer au moins un homme pour rouler. Lors d’une étape difficile à contrôler, j’ai du mal à voir le néerlandais s’imposer.

Pogacar est porteur du maillot jaune et, si son équipe devrait rouler un peu en tête de peloton, rien ne garantit qu’elle fera tout pour rentrer sur l’échappée. Le Slovène sera bien sûr l’un des favoris en cas de sprint entre les leaders, mais ce n’est pas un scénario que je privilégie.

Est-ce que Kévin Vauquelin aura le droit de sortir demain ? L’actuel troisième du général et maillot blanc évoluera à domicile. Sur un parcours totalement à sa convenance et avec sa forme actuelle, il est totalement en capacité de s’imposer. Il lui faudra cependant prendre les devants car, comme nous l’avons vu depuis le départ du Tour, il ne peut pas rivaliser à la pédale avec Pogacar, Vingegaard et Van der Poel. Tout dépendra donc de si, oui ou non, UAE lui laisse carte blanche. Il trouverait là une occasion unique d’aller chercher le maillot jaune.

Discret sur ce début de Tour de France, Barré s’était montré à son avantage au mois de juin, jusqu’aux championnats de France. Il n’est pas un danger immédiat ou à long terme pour le général et devrait donc avoir la possibilité de sortir. S’il a toujours les mêmes jambes que depuis le Dauphiné, il pourrait faire des étincelles sur un parcours qui semble parfait pour lui.

EF possède une équipe totalement tournée vers la chasse aux étapes. Il est donc assez peu concevable qu’ils ne placent pas au moins un homme à l’avant demain. J’aurais tendance à pointer Healy et Baudin en particulier. J’ai quelques réserves sur l’Irlandais, assez transparent jusqu’ici. Le Français, lui, est allé chercher une 13ᵉ place à Rouen, signe qu’il s’est testé avec un certain succès sur la rampe finale. Le terrain vallonné et le final en côte demain devraient lui convenir. Une belle carte à jouer.

Excellent début de Tour pour Grégoire, qui est allé chercher deux top 5 sur les deux étapes pour puncheurs. La forme est excellente, et demain doit être une nouvelle opportunité pour lui. J’espère simplement qu’il tentera sa chance en échappée. Autrement, le résultat pourrait bien être identique à celui des étapes 2 et 4, où il a été logiquement dominé par Van der Poel, Pogacar et Vingegaard.

Côté belge, Berckmoes pourrait bien être la meilleure carte à jouer. Trop juste lorsque les principaux leaders se livrent bataille, il pourrait viser bien plus haut au sein d’une échappée. Le terrain de cette 6ᵉ étape semble parfaitement convenir à ses qualités.

Après avoir travaillé pour Milan, les coureurs de Lidl-Trek devraient avoir carte blanche demain. Je reste sceptique concernant la forme de Nys après sa chute. En revanche, je suis assez curieux de voir ce dont Simmons sera capable. L’Américain sort d’un Tour de Suisse plus que réussi, avec de nombreux kilomètres passés à l’avant, mais surtout une victoire d’étape en costaud. Une étape longue et vallonnée qui devrait lui aller comme un gant.
Mes Choix
Pour demain, je me dirige vers une victoire de l’échappée. Les derniers kilomètres devraient être très tactiques, notamment dans la portion qui précèdera la côte de Vaudry. Il faudra être à la fois fort et attentif pour ne pas louper le bon coup qui devrait émerger au sein de l’échappée. C’est pour cette raison que je n’imagine pas Van der Poel s’imposer s’il est à l’avant : il sera bien trop surveillé, comme sur le Dauphiné.
J’aurais pu citer encore beaucoup d’autres noms pour une échappée que j’imagine conséquente. Malgré tout, les trois coureurs que je préfère pour demain sont Simmons, Berckmoes et Barré. Les trois ont montré des choses intéressantes dernièrement sur des parcours long avec beaucoup de dénivelé. Sur un tracé qui devrait leur convenir, je m’attends à les voir jouer les premiers rôles.


