

Pour la première fois depuis l’édition 2020, les sprinteurs devraient se disputer le premier maillot jaune du Tour de France. Des difficultés vont s’enchaîner entre le kilomètre 100 et 140, mais rien qui ne devrait éliminer les sprinteurs du peloton.
Le Parcours
La première étape ne comportera que 1 150 mètres de dénivelé positif, avec seulement trois côtes de 4e catégorie répertoriées le long du parcours.



Le plus intéressant sera bien sûr le final de cette étape, qui devrait, selon toute vraisemblance, se conclure par un sprint massif, le premier de ce Tour de France.
Les Derniers Kilomètres
L’approche de Lille se fera sur une voie classique, à plus de 9 km de l’arrivée, et les trains des sprinteurs devraient déjà commencer à se mettre en place.
À un peu plus de 5 km de l’arrivée, les coureurs aborderont l’avenue de Dunkerque, qui devrait être suffisamment large pour accueillir l’ensemble du peloton. Il faudra toutefois rester vigilant en raison de la présence de ralentisseurs situés à environ 4 km de la ligne.
À 3.6 km de l’arrivée, les coureurs devront tourner à gauche sur une route dont la chaussée se rétrécit, avant d’enchaîner un nouveau virage à gauche 50 mètres plus loin, où la route sera de nouveau réduite en raison d’un terre-plein central.



Il restera deux pièges majeurs à éviter jusqu’à l’arrivée. Tout d’abord, il y aura du mobilier urbain sur le pont à environ 3km de l’arrivée. Ensuite, à 2.7 km de l’arrivée, un rétrécissement de la chaussée et un nouveau virage à droite viendront tendre le peloton.


Ils déboucheront alors de nouveau sur une voie classique, qu’ils emprunteront sur un peu plus de 500 mètres, avant de tourner à gauche sur un autre boulevard. Enfin, à environ 1 300 mètres de la ligne, un dernier virage à gauche les mènera dans la ligne droite finale. Une portion large, longue de plus d’un kilomètre, idéale pour permettre aux sprinteurs de pleinement s’exprimer.



Météo
On annonce un temps couvert samedi après-midi autour de Lille et dans sa région, mais sans pluie. Les températures devraient osciller entre 20 et 23 degrés, ce qui restera tout à fait agréable. Le vrai problème pourrait venir du vent : il est annoncé en provenance d’ouest / sud-ouest, soufflant à environ 20 km/h tout au long de l’après-midi.
Les coureurs auront donc un vent majoritairement de côté sur ce tracé. À noter également que de nombreux kilomètres se dérouleront dans des zones découvertes. Il faudra donc être particulièrement attentif à la sortie de certains villages et lors des changements de direction.
Le premier point chaud se situera à la sortie de Béthune, à un peu plus de 115 km de l’arrivée. Même si des cassures se produisaient ici, cela me semble un peu trop loin de l’arrivée pour tenir.
Plus proche de l’arrivée, à 23 km exactement, il faudra de nouveau être attentif à la sortie d’Armentières et sur les 10 km qui suivront. Les coureurs changeront plusieurs fois de direction et, vu la proximité avec l’arrivée, le rythme devrait être naturellement élevé. Si des cassures se produisent ici, elles auront de belles chances de tenir.
Certaines équipes seront tentées de provoquer des bordures. Cette première étape s’annonce déjà très tendue.
Le Scenario
À la vue du tracé de cette première étape, tout semble indiquer un scénario sprint. La seule inconnue reste la météo, et notamment le vent, qui devrait souffler tout au long de la journée. Avec un vent annoncé autour de 20 km/h, certaines équipes pourraient être tentées de profiter des nombreuses zones découvertes pour provoquer des bordures. Si tel est le cas, il y a fort à parier que tous les sprinteurs ne seront pas piégés, ce qui laisse penser qu’un sprint reste, selon moi, le scénario le plus probable. Mais s’agira-t-il vraiment d’un sprint massif ?
Les Prétendants

Merlier est le sprinteur le plus prolifique cette année et, indéniablement depuis deux ans, l’un des tout meilleurs au monde, si ce n’est le meilleur. Il a régulièrement démontré une capacité assez exceptionnelle à lire les sprints et à se positionner sans avoir besoin d’un véritable train pour l’emmener.
Il pourra compter sur son fidèle Bert Van Lerberghe, qui jouera une nouvelle fois un rôle prépondérant dans l’approche des sprints. Soudal ne dispose pas de l’équipe pour contrôler le peloton dans les derniers kilomètres, mais Bert a suffisamment d’expérience et de qualités pour replacer Merlier dans les derniers hectomètres.
Cette force peut toutefois se transformer en faiblesse : dans une course aussi tendue que le Tour de France, surtout lors d’une première étape avec le maillot jaune en jeu, le sprint pourrait devenir très houleux, et Merlier pourrait bien se retrouver enfermé au moment crucial, notamment face à des équipes disposant de trains bien plus organisés et puissants.

Comme ils l’ont montré sur le Giro, Lidl a cette capacité à se tourner à 100 % vers l’homme désigné pour jouer la victoire d’étape, en fonction du profil de la journée. Lorsqu’on observe la composition de l’équipe sur ce Tour de France, il apparaît clairement que Milan sera leur atout principal pour aller chercher des victoires d’étape et viser le maillot vert. Avec Stuyven, Theuns et Consonni pour terminer le travail, il sera excellemment entouré. À cela s’ajoute le reste de l’équipe, capable de le positionner idéalement dans les derniers kilomètres à l’approche de l’emballage final.
À la différence de Merlier, Milan a besoin de son train pour pouvoir s’exprimer pleinement. Il lui arrive régulièrement de se retrouver enfermé lorsqu’il perd les roues de ses équipiers, ce qui constitue un vrai problème pour le sprinteur qu’il est. En termes de puissance, il est probablement le seul à pouvoir rivaliser avec Merlier. Et si demain Lidl parvient à prendre les rênes de la course dans la dernière ligne droite, Milan pourrait être très difficile à remonter.

Pour ce qui est du train de sprint, Philipsen n’a vraiment pas de quoi se plaindre. Avec Rickaert, Van der Poel et Groves pour le lancer, le belge dispose peut-être du meilleur, ou au moins du deuxième meilleur, train sur ce Tour.
Le vrai problème pour lui reste sa puissance. Si cela constituait encore un point fort il y a deux ans, il semble avoir quelque peu régressé dans cet exercice depuis 2024, compensant par d’autres qualités, notamment une meilleure capacité à encaisser le dénivelé. Dans un sprint massif classique, sur une longue ligne droite comme celle de demain, j’ai du mal à le voir rivaliser pour la victoire face à Merlier et Milan.

Jordi Meeus n’est pas en reste cette année, avec déjà quatre victoires au compteur, la dernière datant d’une quinzaine de jours lors du Copenhague Sprint.
Certes, il n’a pas encore battu le gratin mondial jusqu’ici, mais ces succès doivent lui donner confiance en sa capacité à jouer un rôle dans le final. De plus, il sera très bien entouré par l’équipe
Red Bull, qui devrait aborder les derniers kilomètres dans de bonnes conditions grâce à des hommes comme Van Dijk et Pithie, mais surtout grâce à ce qui est peut-être actuellement l’un des tout meilleurs lanceurs : Danny Van Poppel. Avec un bon placement, il peut espérer jouer une place sur le podium, mais à l’image de Philipsen, j’ai du mal à l’imaginer battre Merlier ou Milan.

Groenewegen devrait lui aussi être plutôt bien entouré, avec notamment Durbridge pour le placer et Luca Mezgec en guise de poisson-pilote. Le problème du Néerlandais reste, comme ces dernières années, sa constance.
Capable de souffler le chaud comme le froid, c’est plutôt le froid qu’il souffle dernièrement. Ses dernières victoires n’ont pas été acquises face au gratin mondial, et on l’a également vu battu à plusieurs reprises cette année par des coureurs qu’on estime peut-être moins forts que lui sur le papier. Il avait notamment été nettement dominé sur le Tour de Hongrie par Danny Van Poppel, qui, rappelons-le, tient normalement le rôle de poisson-pilote dans son équipe.
Mes Choix
Certaines équipes tenteront de faire exploser le peloton dans les zones exposées au vent demain. Les principaux sprinteurs disposent tous d’équipes solides, avec des équipiers capables de les protéger et de les maintenir à l’avant du peloton. Bien sûr, il y a toujours un risque d’être piégé, cela peut arriver à n’importe qui, mais dans l’ensemble, les principaux favoris pour la victoire devraient être présents dans le final, quoi qu’il arrive.
Cette longue ligne droite de plus d’un kilomètre jusqu’à la ligne d’arrivée pourrait favoriser les sprinteurs disposant d’un train puissant. On pense notamment à Lidl ou à Alpecin. J’imagine bien Lidl prendre les commandes et se battre avec Alpecin, notamment avec Van der Poel et Groves. Malgré tout, même si Philipsen est idéalement placé, je ne le vois pas en mesure de contenir ses adversaires directs sur ce sprint, même avec un vent de dos.
La victoire demain devrait, selon moi, se jouer entre Milan et Merlier. Sur cette longue et large ligne droite, avoir le meilleur train, ou le plus long, ne sera pas automatiquement synonyme de victoire. Le risque de se faire déborder puis enfermer si l’on ne parvient pas à maintenir un rythme élevé est grand. Le fait que Merlier n’ait qu’un homme avec lui ne sera pas un gros désavantage, comme cela pourrait l’être lors d’arrivées plus sinueuses.
Je pense que Van Lerberghe est tout à fait capable de le remonter dans la roue des Lidl pour lui permettre de lancer son sprint en excellente position. Les deux sont plutôt adepte des sprints longs, et le vent favorable dans le final ne posera pas de problèmes. Deux partout sur le Tour des UAE, le Tour de France devrait les départager. Si le cœur penche pour Milan, la tête dit Merlier demain.

