Les Coureurs Engagés
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Le Maillot Jaune

Depuis 2024, Pogacar est entré dans une nouvelle dimension, cela ne fait aucun doute. Après avoir subi deux revers d’affilée en 2022 et 2023 sur le Tour de France, le Slovène s’est présenté au départ du Tour 2024, et les choses ne se sont pas passées comme prévu pour l’équipe Visma. Il est rapidement devenu clair que Pogacar était un, voire deux crans au-dessus de Vingegaard, et encore plus du reste du peloton.
En 2025, les choses semblent à peu près identiques. Peut-être que dans la forme, le Slovène paraît moins « dominateur ». Mais dans les faits, c’est exactement la même chose qui se reproduit. Nous en avons eu la preuve récente sur le Dauphiné, où ses principaux adversaires (Vingegaard et Evenepoel en tête) n’ont absolument rien pu faire face à lui. Pire encore, il semblait même s’économiser sur certaines ascensions, là où tous les autres terminaient exténués une fois la ligne franchie.
Les choses peuvent-elles s’inverser d’ici au départ du Tour de France ? Difficile à imaginer. Son équipe n’était pas forcément au point sur ce Dauphiné, mais on peut supposer que ce sera différent sur le Tour, notamment avec Almeida en tant que lieutenant de luxe. Pas sûr qu’il en ait vraiment besoin, mais Almeida, qui est l’un des meilleurs grimpeurs cette année, sera un atout. Le Portugais a clairement un top 5 dans les jambes à nouveau. Et pourquoi pas mieux, si l’un des favoris pour le podium flanche ?
Le Slovène a aussi semblé avoir gommé ses principaux défauts. Auparavant, il souffrait un peu plus sous la chaleur et lors des étapes à haute dépense énergétique. Depuis 2024, cela ne semble vraiment plus être le cas. D’une manière ou d’une autre, Pogacar est peut-être devenu le coureur ultime.

La Visma arrivera sur ce Tour de France avec un énorme collectif, avec bien sûr Vingegaard en leader probablement unique, en tout cas le seul qui semble capable, sur un coup tactique ou avec des jambes retrouvées, de battre Pogacar. Autour de lui, il pourra compter sur l’inépuisable Van Aert, sur Yates, tout juste vainqueur du Giro, Jorgenson (même s’il devra montrer autre chose que ce qu’on a vu de lui sur le Dauphiné), et sur Kuss. Bref, du très, très solide.
Le problème pour le Danois, comme on l’a vu sur le Dauphiné, c’est qu’il n’est clairement pas au niveau de Pogacar. Il en est même assez loin. Il ne faut pas se fier uniquement aux écarts : au niveau de la forme, il est à bonne distance du Slovène actuellement, et même loin du niveau qui était le sien sur le Tour 2024 où, rappelons-le, il revenait d’une très grave blessure.
Je ne doute pas qu’il va s’améliorer. Le problème, c’est que Pogacar va très certainement lui aussi progresser d’ici au départ du Tour. Est-ce que Vingegaard peut combler un tel écart ? J’ai un peu de mal à y croire.
Visma devrait miser sur la force de son collectif en montagne. Leur train devrait être plus consistant que celui d’UAE, même si Almeida sera très difficile à décrocher, et pourrait rester longtemps au côté de Pogacar.
Quoi qu’il en soit, une fois que Pogacar décidera d’attaquer, personne ne pourra vraiment le suivre à moins que Vingegaard ne réussisse à hausser drastiquement le niveau.
Quand on regarde le parcours, la première semaine (en fait, les 10 premiers jours) semble vraiment convenir au profil de coureur qu’est Pogacar. Cela dit, Pogacar est un coureur tellement complet que presque tous les parcours lui conviennent. Mais Vingegaard a beaucoup travaillé son punch, donc il ne devrait pas être en difficulté sur ces étapes, et surtout, son collectif sera largement en mesure de s’assurer d’un potionnement optimal.
En revanche, sur les grandes étapes de montagne, on retrouve trois ascensions symboliques : Hautacam, le Mont Ventoux et le Col de la Loze. Ce sont les trois montées sur lesquelles Vingegaard et Visma avaient réussi à faire plier Pogacar en 2021, 2022 et 2023. Est-ce que cela peut jouer psychologiquement ? C’est possible.
Malgré tout, on a vu l’an dernier que Pogacar avait énormément progressé sur les étapes à forte dépense calorique et sous la chaleur. Les stratégies qui fonctionnaient en 2022 ou 2023 ne marcheront peut-être plus aujourd’hui. Même si, chez Visma, on est convaincu que Vingegaard garde un avantage physique sur ce type d’étape.
On peut donc imaginer que, sur les grandes étapes de montagne, ce sera encore la stratégie mise en place par la Visma : faire exploser la course et espérer un coup de moins bien de Pogacar.

Si je n’avais pas eu l’exemple du Dauphiné 2024, j’aurais été très inquiet pour Evenepoel concernant son niveau en vue du Tour de France. Il a montré l’année dernière qu’il était tout à fait capable de hausser drastiquement son niveau en l’espace de quelques semaines, en perdant un petit kilo par-ci par-là, et en affinant sa condition.
Cependant, même s’il parvient à élever son niveau, l’écart avec Pogacar et Vingegaard semble vraiment trop important pour l’imaginer rivaliser à la pédale avec ces deux-là. Et encore plus pour espérer en battre au moins un dans la perspective d’un podium. Il reste, selon moi, le favori pour la troisième place. Mais attention.
On l’a vu en difficulté sur certaines étapes du Dauphiné. Certes, il avait chuté, et cela ne l’a sûrement pas aidé, mais le vrai problème est son équipe. Il ne pourra pas compter sur Landa, blessé. Paret-Peintre, qui avait été recruté spécifiquement pour renforcer son train en montagne, semble loin du niveau requis pour être réellement utile. Et Vervaeke a chuté lui aussi. Résultat : Evenepoel risque de se retrouver très vite isolé dans les étapes clés.
Alors oui, on peut dire que cela ne change pas grand-chose au moment où Pogacar et Vingegaard passeront à l’attaque, car même avec des équipiers, il n’aurait de toute façon pas pu rivaliser dans ces moments-là. Mais le souci, c’est qu’en étant isolé trop tôt, il devra lui-même aller chercher ses bidons, se replacer, gérer des situations sans soutien. Et cela peut coûter cher à la longue, surtout face à des adversaires qui, eux, seront parfaitement entourés. Surtout que nous avons pu voir à de nombreuses reprises cette saison les gros problèmes de placement qui sont les siens dans les moments clefs.
Il faudra voir s’il est capable d’élever vraiment son niveau. Avant le départ du Dauphiné il disait être dans une forme identique à celle du Tour 2024. Or, il s’est avéré que ce n’était pas du tout le cas. Il était malgré tout en bien meilleure forme que l’année dernière à la même époque, c’est à souligner.
Cela dit, Evenepoel a toujours montré qu’il savait répondre présent sur les grands rendez-vous. Je ne le vois pas battre Pogacar ou Vingegaard. En revanche, il reste évidemment l’un des favoris pour la troisième place.

Bora va se présenter sur le Tour avec un duo de leaders très intéressant. D’abord, l’expérimenté Roglic, 35 ans, qui a malheureusement dû abandonner le Giro après plusieurs chutes, l’ayant empêché de défendre ses chances sur ce premier Grand Tour de l’année. Il a quitté la course sans avoir pu montrer grand-chose, toujours en retrait. Certes, il n’a pas été aidé par les circonstances, mais il reste difficile de dire où il aurait pu terminer au terme des 21 étapes du Giro.
On l’avait vu auparavant remporter le Tour de Catalogne de manière assez convaincante, avec une attaque décisive sur la dernière étape. Alors, le Roglic version 2025 peut-il rivaliser avec Pogacar ? Honnêtement, je ne le pense pas. Je crois que personne ne le peut vraiment aujourd’hui. Mais ce qu’il a montré sur la Vuelta 2024 a prouvé qu’il était encore capable de sortir de très grands numéros. Les chiffres en montée parlaient d’eux-mêmes.
A 35 ans, difficile d’imaginer qu’il puisse encore progresser, et le voir battre Pogacar, ou même Vingegaard, semble relever de l’utopie aujourd’hui, surtout quand on prend en compte sa difficulté chronique à rester sur son vélo. Peut-il se battre pour le podium ? C’est quelque chose de tout à fait plausible selon moi. Une stat assez intéressante mais qui vaut ce quelle vaut : depuis 2019, Roglic a terminé sur le podium de tous les Grand Tours qu’il a terminé (8, pour 5 victoires finales)
À ses côtés, le jeune et talentueux Lipowitz impressionne cette année. Il continue de grandir et confirme les promesses entrevues l’an passé. Il a notamment terminé 2e du général sur Paris-Nice et, plus récemment, 3e du général sur le Dauphiné, en devançant Evenepoel, pourtant considéré comme l’un des grands favoris pour le podium.
Évidemment, il n’était pas au niveau de Pogacar ni de Vingegaard. Il a été très actif, toujours à l’attaque, et auteur d’une semaine très solide. On peut lui reprocher un sens tactique encore un peu douteux par moments, mais il compense largement par d’excellentes jambes. S’il parvient à régler ces petits défauts, il pourrait devenir un coureur très dangereux sur ce Tour.
Un top 5 est envisageable, et pourquoi pas un top 3. Tout dépendra bien sûr du rôle que l’équipe Bora décidera de lui donner. À mon sens, ce serait une vraie erreur de le cantonner au rôle de simple lieutenant de Roglic. Il mérite clairement un statut de co-leader, au vu de ce qu’il a montré cette saison. Il en a gagné le droit, très largement. Et cela pourrait bien bénéficier aux deux coureurs.
Le soutien en montagne sera limité au seul Vlasov, un peu léger donc. Mais ce ne sera pas à Red Bull de contrôler la course, ce qui en atténuera l’impact. En revanche, l’équipe semble parfaitement équilibrée pour aborder les neuf premiers jours, qui pourraient s’avérer particulièrement piégeux. Un pari à prendre, connaissant les difficultés de Roglič sur ce type d’étape.

Après avoir terminé 3e de Paris-Nice et signé une très belle prestation lors de sa victoire d’étape sur le Tour des Alpes, où il avait pris la 2e place au général, beaucoup d’espoirs étaient placés sur Arensman pour le Tour d’Italie. Mais très vite, il est apparu que le Néerlandais n’était pas au niveau attendu. Rapidement relégué au second plan, il s’est mis au service d’Egan Bernal, endossant un rôle d’équipier.
Il termine 29e au général, très loin, sans jamais réellement peser sur la course, mis à part lors de quelques attaques de loin menées collectivement par Ineos, mais qui, au final, n’auront pas apporté grand-chose à l’équipe britannique.
Il devrait être malgré tout aligné sur le Tour de France, aux côtés de Geraint Thomas 39 ans, dans ce qui sera sa dernière saison, ainsi que de Carlos Rodriguez. Pour Rodriguez, l’année 2025 est pour l’instant plutôt terne. Sur le Dauphiné, il se contente d’un fond de top 10, sans avoir jamais influé sur la course. Rien d’extraordinaire.
Le collectif Ineos, sur les grands tours et sur le plan du classement général, semble en difficulté dans cette deuxième partie de saison. Et l’Espagnol, même s’il est encore jeune, donne un peu l’impression de plafonner. Il peine à confirmer les promesses entrevues les saisons précédentes.
Difficile d’imaginer que les choses puissent vraiment s’inverser sur ce Tour de France, surtout avec le niveau extrêmement relevé qui s’annonce. Rodriguez devra vraisemblablement se battre pour une place dans le top 10, un objectif qu’il devrait tout de même être capable d’atteindre, mais sans réelle ambition au-delà.

C’est une saison un peu en dents de scie pour Skjelmose qui, à cause de nombreuses chutes, a dû abandonner plusieurs des courses auxquelles il avait pris le départ. Mais sur le Tour du Pays Basque, on l’a vu prendre une belle 5e place au général. Plus tôt dans la saison, on se rappelle qu’il avait dû abandonner Paris-Nice alors qu’il n’était qu’à une minute de Jorgenson et occupait encore la 3e place provisoire du podium.
Plus récemment, sur la toute nouvelle classique montagneuse disputée en Andorre, il a remporté une belle victoire, devant Mas notamment. Deux mois plus tôt, il avait remporté de manière brillante l’Amstel Gold Race au sprint, devant rien de moins que Pogacar et Evenepoel, excusez du peu.
L’année dernière, il avait décroché un top 5 sur la Vuelta, son premier vrai résultat sur un grand tour, qui montre qu’il a cette capacité à tenir trois semaines au plus haut niveau. Le Tour de France sera, évidemment, une toute autre affaire, vu le niveau d’adversité qu’il va rencontrer. Le podium semble difficilement atteignable pour lui, mais peut-il se battre pour un top 5 ? Cela semble ambitieux, peut-être un peu trop. En tout cas, un top 10 est une possibilité très réelle, et sans doute plus dans ses cordes à l’heure actuelle.
Il sera également l’un des coureurs de classement général les plus à l’aise sur les chronos, un atout qu’il devra impérativement exploiter. Il devra aussi capitaliser sur la première semaine, très favorable à son profil de puncheur-grimpeur. On pense notamment à l’arrivée au Mûr-de-Bretagne, qui devrait parfaitement lui convenir, mais aussi à l’étape arrivant au Mont-Dore, avec ses trois kilomètres à 8 %, un final qui pourrait lui sourire.
Le top 10 est clairement envisageable pour lui, à condition de rester sur son vélo et de bien gérer les trois semaines.

Mas a réalisé un solide début de saison, avec notamment une troisième place sur le Tour de Catalogne, suivie d’une deuxième place sur le Tour du Pays Basque, juste derrière João Almeida. Il était un peu plus en retrait sur le Dauphiné : on le voit finir tout de même à près de huit minutes de Pogacar, mais il termine surtout derrière des coureurs que l’on aurait pu imaginer moins forts que lui, notamment Johannessen.
Il va lui falloir hausser le niveau, évidemment, s’il veut espérer réaliser un bon classement général sur ce Tour de France. L’an dernier, il n’était pas du tout en forme sur le Tour, en tout cas en début d’épreuve. Il termine 19e du général, mais n’a réellement commencé à exister qu’en troisième semaine, où on l’a vu prendre quelques échappées. Il ira ensuite chercher un podium sur la Vuelta.
C’est un coureur qui reste assez régulier sur les classements généraux des Grands Tours. Maintenant, il faut qu’il confirme sur le Tour de France, mais cela risque d’être difficile s’il ne hausse pas drastiquement son niveau par rapport à ce qu’il a montré sur le Dauphiné. Et sur le Tour, il n’a jamais fait mieux que cinquième, il y a déjà 5 ans.
Est-ce qu’il peut améliorer ce résultat ? J’ai du mal à l’imaginer. En revanche, une place entre 5 et 10 me semble tout à fait envisageable pour lui.

Depuis son arrivée chez Jayco, Ben O’Connor semble très loin de ses standards des dernières années chez Decathlon, et notamment de l’année 2024, qui a été assez exceptionnelle, peut-être même une sorte « d’ovni » dans sa carrière. 4e du Giro, 2e de la Vuelta, ainsi qu’une médaille d’argent aux Championnats du Monde, le tout en terminant aussi deuxième du Tour des UAE, 5e de Tirreno, et 2e du Tour des Alpes.
L’année 2025 est loin de tout ça. Son meilleur résultat sur une CPE World Tour est arrivé récemment sur le Tour de Suisse, où il termine septième, bien aidé par l’échappée lors de la première étape, qui avait pris trois minutes d’avance sur le groupe des favoris.
Est-ce qu’au vu de sa saison, on peut imaginer un renversement de situation drastique ? Non. En revanche, l’Australien est un habitué des échappées pour se placer ou se replacer. Il l’avait déjà fait sur le Tour de France, et c’est comme ça qu’il était allé chercher sa deuxième place sur la Vuelta l’année dernière, en résistant à Carapaz et Mas, qui n’avaient pas réussi à revenir sur lui.
C’est quelque chose qu’il ne faut pas négliger avec lui, même s’il commence à être connu comme le loup blanc. Encore faut-il avoir les jambes pour réaliser ce genre de coups… et ce n’est pas certain que ce soit le cas cette année.

Buitrago réalisait un très bon début de saison, avec notamment sa victoire au général du Tour de la Communauté de Valence, puis cette deuxième place sur le Tour des Alpes-Maritimes. Le reste a été un peu moins flamboyant, et même sur le Critérium, jusqu’à son abandon au cours de la huitième étape.
Il devrait être la carte pour le général du côté de la Bahrain, car Lenny Martinez a lui annoncé ne pas viser le général justement, et se concentrer sur les étapes.
Est-ce que le colombien peut réitérer sa performance de l’année dernière, où il avait pris la dixième place du général après le dernier contre-la-montre ? Ça reste à voir. En tout cas, de ce qu’il a montré sur le Dauphiné, il semble encore assez loin de la forme nécessaire pour remplir cet objectif.
Maintenant, ça ne veut pas dire qu’il n’en est pas capable. Même si, l’année dernière, il s’était quand même un peu plus montré sur les routes du Dauphiné que ce qu’il a montré ici, l’écart de niveau qu’il devra combler semble tout de même très important.

Présenté comme l’un des très grands espoirs du cyclisme mondial après sa victoire sur le Tour de l’Avenir en 2021, Tobias Halland Johannessen a eu du mal, par la suite, à confirmer toutes les attentes placées en lui. Il restait un bon coureur, parfois très bon, avec des résultats intéressants sur les courses d’une semaine, mais assez loin de l’avenir qu’on lui prédisait, notamment en ce qui concerne les classements généraux sur les GT ou les CPE d’une semaine.
Sa prestation sur le Dauphiné, il y a quelques semaines, interpelle dans le bon sens, car il semble peut-être enfin avoir atteint le niveau qu’on imaginait qu’il pourrait atteindre. Cinquième du Dauphiné, il réalise de très bonnes performances sur les trois étapes de montagne, notamment lors de l’ascension de Valmeinier, où il vient prendre la 4e place, derrière l’intouchable Pogacar, Vingegaard, et un exceptionnel Lipowitz.
Est-ce que cela peut lui faire revoir ses plans à l’approche du Tour de France ? Il semblait venir pour viser les étapes, mais cette 5e place au général pourrait l’inciter à viser un peu plus, et notamment à tenter de jouer une place dans le top 10, chose qu’il n’a jamais réussie jusqu’ici sur un grand tour, en tout cas sur le Tour de France, puisque son équipe n’est invitée que sur cette épreuve ces dernières années.
Cela pourrait être une chance, en tout cas quelque chose à tenter. Et de ce qu’il a montré sur le Dauphiné, s’il est capable de maintenir un bon niveau sur trois semaines, c’est quelque chose qui est tout à fait envisageable.

Est-ce que Félix Gall retrouvera un jour le niveau qu’il avait affiché lors de la troisième semaine du Tour de France 2023, où il était même allé chercher une très belle victoire d’étape au sommet du col de la Loze ? Difficile à dire. En tout cas, 2024 n’était clairement pas dans cette veine là, et son année 2025 est restée un peu en demi-teinte… jusqu’au Tour de Suisse, où il vient prendre la 4e place du général, avec notamment un excellent chrono lors de la dernière étape, à moins de 25 secondes de João Almeida.
Il aura été très régulier dès que la route s’est élevée, toujours un ton en dessous, certes, notamment d’Almeida, ou même d’Onley et Vauquelin. Ce qui me fait dire qu’il lui sera peut-être difficile de viser mieux qu’un fond de top 10, s’il en est capable.
En revanche, il pourrait tenter de se replacer grâce à une échappée victorieuse. Auquel cas, un top 10 dans ces conditions me semble peut-être un peu plus probable.

Le Maillot Vert

Les Favoris
Sur les 19 étapes en ligne, 11 rapporteront 50 points au vainqueur. Si, à première vue, cela semble favoriser les sprinters, il faut se pencher sur le profil des étapes en question pour comprendre que ce n’est pas forcément le cas.
Sur ces 11 étapes, 5 voire 6 semblent promises à un sprint massif. Autrement dit, près de 50 % des étapes offrant le maximum de points pourraient plutôt sourire aux puncheurs et baroudeurs. Des profils qui pourraient aussi scorer sur les étapes de moyenne difficulté.
Cela promet donc un match assez intéressant. En prenant également en compte le fait que les sprints intermédiaires rapporteront 20 points au premier, rien ne garantit que les purs sprinters partent favoris pour ce classement par points. Surtout s’ils venaient à se partager les victoires.

Dans la lutte non officielle pour déterminer qui est actuellement le meilleur sprinteur au monde, Merlier semble tenir la corde. Le Belge est impressionnant de puissance et de justesse encore cette saison. Il « sent » littéralement le sprint et possède cette faculté à marquer des points, qu’il soit bien placé ou non. Son vrai problème reste sa faible capacité à passer les bosses. Avec ce barème de points, il lui faudra dominer les sprints massifs s’il veut espérer repartir avec le maillot. Il ne me semble pas assez polyvalent pour cela.

Milan sera le principal adversaire de Merlier sur les sprints massifs. Les deux sprinteurs sont les plus dominants actuellement, et peu d’hommes semblent capables de rivaliser avec eux. Là où Merlier brille par son sens de l’anticipation, Milan peine beaucoup plus à se placer s’il n’est pas parfaitement emmené. Cela lui a bien souvent coûté des victoires. En revanche, à l’inverse du Belge, l’Italien semble un peu plus régulier et, surtout, il passe très bien les bosses. Je ne me fierais pas forcément à son Dauphiné pour juger de sa capacité à encaisser du dénivelé : il était justement là en préparation. Si l’on se rappelle bien son début de saison, ainsi que les saisons précédentes, les courtes côtes ne sont pas forcément un problème pour lui. Il a montré sur le championnat d’Italie être en excellente forme.

Philipsen est très certainement le sprinteur passant le mieux les bosses, et cela se ressent au final dans sa puissance sur les sprints. Depuis l’année dernière déjà, il ne semble plus en mesure de rivaliser à la pédale avec Merlier et Milan sur des sprints massifs. Mais ce barème de points pourrait l’avantager. Sur les sprints massifs, il profitera d’un excellent train avec Groves et Van der Poel pour l’emmener et lui permettre d’être régulièrement bien placé. Ce sera sur les étapes plus accidentées qu’il pourra faire la différence et aller chercher de gros points là où ses adversaires n’en marqueront probablement pas.
À moins que la carte pour le maillot vert ne soit finalement Van der Poel lui-même ? Nous l’avons vu jouer à fond ce maillot lors du Dauphiné, ne le cédant finalement à Pogacar que lors du dernier jour. Sur les sprints massifs, il ne marquera pas de points, car il devrait emmener Philipsen. Cela pourrait le pénaliser, mais il devrait être en mesure de compenser un peu sur les étapes accidentées offrant 50 points. Il devrait régulièrement être à l’avant sur les étapes vallonnées et peut-être en profiter pour aller glaner des points sur les sprints intermédiaires.

Si Van Aert jouait encore les sprints massifs, il serait sans aucun doute l’immense favori dans la lutte pour le maillot vert. C’est un exercice auquel le Belge ne prend plus vraiment part, et surtout, sa pointe de vitesse semble avoir bien diminué. Lors du Giro, la forme était loin d’être au rendez-vous sur les premières étapes, mais il s’est amélioré de jour en jour, jusqu’à sa grosse prestation sur le Finestre. Il faudra voir quel rôle lui sera donné sur le Tour, mais en électron libre, et sur les arrivées punchy entre leaders, il pourrait scorer de gros points.

Et si Pogacar allait chercher le seul maillot qui manque à sa collection sur le Tour de France ? Cette année semble en tout cas être le moment ou jamais. Il ne sera évidemment pas là sur les sprints massifs, mais les étapes pour puncheurs en début de Tour lui conviendront parfaitement, tout comme celle des Champs-Élysées, et rapporteront 50 points. Grâce à toutes ses victoires, c’est un classement dans lequel il figure en général assez bien.
Avec Milan et Merlier qui pourraient se partager les sprints massifs, et Philipsen obligé de composer avec Van der Poel sur les étapes plus accidentées et celles pour baroudeurs, il sera difficile pour un sprinteur de marquer des points de façon régulière. Tout cela pourrait bien profiter à Pogacar qui, s’il est dans la même dynamique de victoire que l’année dernière, devrait figurer très haut dans ce classement annexe.

Le Maillot à Pois

Semaine 1
La première semaine du Tour va comporter pas moins de 10 étapes cette année. Loin d’être les plus montagneuses, ce ne sont pas celles qui offriront le plus de points aux hommes désireux d’aller chercher le maillot blanc à pois rouges.
La 6ᵉ étape est plutôt bien tracée pour les baroudeurs et offrira jusqu’à 11 points comptant pour le classement de la montagne. Mais le rendez-vous à ne pas louper sur cette première semaine sera évidemment la 10ᵉ étape.
Avec 37 points à glaner au maximum, si un homme parvient à passer en tête au sommet de toutes les difficultés de la journée, il aura alors plus de points qu’un coureur étant passé premier au sommet de toutes les difficultés réparties sur les 9 premières étapes. Les baroudeurs devront en profiter, en espérant que Visma et UAE n’aient pas des vues sur l’étape.
Semaine 2
On entre dans le vif du sujet ici, à tous les niveaux. Avec l’arrivée dans les Pyrénées, le Tour va prendre de l’altitude, et les meilleurs grimpeurs vont pouvoir commencer à s’exprimer. Les étapes 12 et 14 seront celles qui rapporteront le plus de points pour ce classement annexe.
Petit problème : vu le tracé, il y a de grandes chances que ces étapes soient le théâtre d’explications entre les favoris, ce qui pourrait venir priver les baroudeurs de 20 points cruciaux au sommet d’Hautacam et de Superbagnères.
Un problème identique va se poser lors du cronoscalata, où le vainqueur du chrono (certainement l’un des trois favoris au podium) devrait aussi récupérer les 10 points au sommet de Peyragudes.
Semaine 3
Dernière ligne droite : c’est lors de cette troisième semaine que sera distribué le plus de points comptant pour le classement de la montagne. On commence dès la 16ᵉ étape avec une course de côte dans le Mont Ventoux, où les leaders se partageront les points.
L’enchaînement des 18ᵉ et 19ᵉ étapes sera crucial pour ceux visant le maillot. Les points au sommet du col de la Loze seront doublés : le vainqueur d’étape empochera donc autant de points qu’un coureur passé en tête au Glandon et à la Madeleine plus tôt dans l’étape.
Sur la 19ᵉ étape, la majorité des points seront disponibles dans la première partie du parcours, laissant une chance aux baroudeurs de faire le plein avant une possible explication entre les leaders.
Les Favoris
Si, sur le Giro, j’avais d’emblée écarté les prétendants au général de la lutte pour le maillot de meilleur grimpeur, c’est un peu l’inverse sur le Tour. Le système de points ne favorise pas forcément les baroudeurs. Là où le premier à passer un col sur le Giro est largement récompensé par rapport aux coureurs qui suivent, c’est moins vrai sur le Tour. L’autre différence sur le Tour est que la course y est souvent plus cadenassée, avec des leaders très gourmands. Surtout dans l’ère du duel Pogacar / Vingegaard.
Les points doublés au sommet du Col de la Loze sont également une très mauvaise nouvelle pour les baroudeurs, cette étape ayant de grandes chances de se jouer entre les favoris au général. Pogacar a semble t-il des vues dessus.
Enfin, si l’on se base sur le schéma de course de l’année dernière, toutes les arrivées au sommet se sont disputées entre les leaders. Et cette année, toutes les arrivées au sommet seront jugées au sommet de cols hors catégorie, avec en prime ce fameux Col de la Loze.

Comme dit plus tôt, Martinez ne viendra pas jouer le classement général sur ce Tour de France. Ce sera Santiago Buitrago qui aura ce rôle de leader. En revanche, Martinez ne sera pas cantonné uniquement à un rôle d’équipier, puisqu’il viendra pour jouer ses chances sur les étapes. Et pourquoi ne pas tenter, par la même occasion, d’aller chercher des points importants pour le maillot à pois. Le problème pour briller dans ce classement est qu’il va falloir faire preuve de régularité, ce qui ne semble pas être le fort de Martinez pour le moment. Avec le niveau qu’il a affiché en certaines occasions, il me semble indéniable qu’il sera en capacité de jouer une victoire d’étape. Peut-être plus compliqué pour le maillot du grimpeur.
Dans l’émission Intérieur Sport parue en avril, on a pu entendre son père raconter une anecdote datant d’il y a deux ans, où son grand-père, Miguel Martinez, ancien meilleur grimpeur du Tour de France 1978, demanda à Lenny d’aller chercher ce maillot à pois avant qu’il ne puisse plus le voir, et Lenny lui aurait fait cette promesse. Il est indéniable que c’est un objectif qu’il a en tête, que ce soit pour cette édition ou dans les années à venir.

Astana va se présenter sur le Tour de France avec le même état d’esprit et les mêmes ambitions qu’au Giro. Il faut donc comprendre que l’équipe ne visera pas du tout le classement général, mais se concentrera sur les victoires d’étape, ainsi que sur le maillot de meilleur grimpeur, très probablement. Ce classement annexe rapporte en effet un nombre non négligeable de points UCI, et le doublé Fortunato–Scaroni lors du Giro leur a déjà fait beaucoup de bien de ce point de vue-là.
Mais qui pourrait réitérer cet exploit sur le Tour ? On peut penser à Clément Champoussin. Le Français semble véritablement renaître depuis son transfert. Il a réussi cette saison à jouer à la pédale le top 10 sur Paris-Nice, l’Itzulia, ainsi que sur le Tour de Suisse. On peut imaginer qu’en échappée, si les jambes sont là, il sera très difficile à décrocher. Il pourrait donc être un bon prétendant à ce classement annexe.

Il ne fait aucun doute que, s’il l’avait vraiment voulu, Pogacar aurait pu aller chercher le maillot à pois l’année dernière. Si UAE et le vainqueur sortant roulent et dominent la course de la même manière qu’en 2024, il y a de grandes chances qu’il reparte avec le maillot à pois sans même l’avoir explicitement visé. La répartition des difficultés et des points attribués sur les étapes de montagne, ainsi que lors du cronoscalata, semble clairement avantager les coureurs jouant le général. En partant, bien sûr, de l’hypothèse que le schéma de course de 2024 va se reproduire.

Depuis l’édition 2021, Vingegaard n’a jamais quitté le top 3 final de ce classement annexe. Étant l’un des tout meilleurs grimpeurs au monde, rien de bien surprenant, surtout au vu de la manière dont sont courus les Tour de France. Cette année ne devrait pas faire exception. Difficile toutefois de l’imaginer remporter ce classement annexe : pour cela, il lui faudrait s’imposer sur plusieurs étapes, et donc battre Pogacar de manière régulière. Ce qui, à quelques jours du départ, semble peu probable.
