Paris – Roubaix 2025 Preview

Paris - Roubaix 2025 Preview

Présentation de la Course

Ce dimanche 13 avril 2025 marquera la 122ᵉ édition de Paris-Roubaix. Incontestablement l’une des courses les plus redoutables de l’année, ce Monument occupe une place à part dans le cœur des fans comme dans celui des coureurs. Véritable « faiseuse de rois », cette épreuve sacrera une nouvelle fois l’un des forçats de la route.

Bien que quelques ajustements aient été opérés au fil des ans depuis 1896, les pavés demeurent l’élément central de Paris-Roubaix. Avec le bitumage progressif des routes, il a fallu dénicher de nouveaux secteurs pavés pour préserver l’authenticité de l’épreuve. C’est dans cette optique que la Trouée d’Arenberg a été intégrée en 1968, suivie de l’ajout des secteurs de Mons-en-Pévèle en 1978 et du Carrefour de l’Arbre en 1980. Ces trois tronçons sont désormais les symboles incontournables de l’Enfer du Nord !

Pour cette édition 2025, quelques changements mineurs de parcours sont apportés sur 40 km entre Troisvilles et la banlieue de Valenciennes. Mais dans l’ensemble, rien d’exceptionnel. Le gros changement sera le retrait de l’éphémère chicane avant l’entrée dans la Trouée. Les coureurs emprunteront la voie du chemin minier qu’ils n’avaient pu prendre l’année passée. Quatre virages à angle droit seront à négocier sur 600 m avant de pouvoir aborder la fameuse Trouée d’Arenberg. Après la Trouée, absolument aucun changement par rapport à l’année passée.

Après sa victoire l’année dernière, Van der Poel est entré dans le cercle très fermé des coureurs ayant remporté au moins deux fois la course au XXIe siècle.

259.2 kilomètres dont 55.3 pavés, pour 30 secteurs répertoriés. Une course déjà redoutable en elle-même, rendue encore plus éprouvante par les ennuis mécaniques et les chutes toujours possibles. Des imprévus qui participent aussi à la beauté de cette épreuve légendaire, à l’image de son arrivée dans le mythique vélodrome à ciel ouvert de Roubaix, théâtre de sprints restés dans les mémoires. Bienvenue dans l’Enfer du Nord.


Le Parcours

Comme à l’accoutumée, les premiers secteurs pavés n’apparaîtront qu’après une longue procession d’une centaine de kilomètres, du départ à Compiègne jusqu’à l’entrée dans Troisvilles. Il ne faudrait toutefois pas sous-estimer ces 96 premiers kilomètres, décisifs pour la formation de l’échappée du jour. En 2016, Hayman s’était imposé après avoir intégré l’échappée matinale. En 2018, Dillier terminait deuxième au sprint derrière Sagan, après avoir lui aussi fait partie du bon coup. Et en 2021, Vermeersch et Moscon prenaient respectivement la deuxième et la quatrième place sur le vélodrome.

C’est donc à Troisvilles que débute le premier des 30 secteurs pavés. Au total, 55.3 kilomètres de pavés jalonneront les 163 derniers kilomètres de course.


Les Secteurs Clés

Secteur 30 – Troisvilles à Inchy (kilomètre 95.8)

Note : 3 sur 5.
Paris - Roubaix 2025 Preview

Après près de 100 km de course, Paris-Roubaix prend un tout autre tournant avec l’entrée sur le premier secteur pavé. Ce n’est peut-être pas le plus difficile, mais c’est un passage clé de cette course. Les choses sérieuses peuvent enfin commencer avec ce secteur long de 2.2 km où la bataille pour le positionnement débutera.

Secteur 19 – La Trouée d’Arenberg (kilomètre 163.9)

Note : 5 sur 5.
Paris - Roubaix 2025 Preview

Un des secteurs les plus mythiques de Paris-Roubaix, et le premier des 3 classés 5 étoiles sur l’échelle de difficulté. Il s’agit d’un des secteurs les plus difficiles et dangereux du parcours où la bataille fera rage en amont pour aborder l’entrée du secteur long de 2.3 km en tête. Une longue ligne droite au pavé disjoint et gras, cernée à gauche par la terre et à droite par les barrières. Cette année, quatre virages à 90° ont été ajouté sur 600 mètres avant l’entrée sur le secteur. La vitesse des coureurs sera drastiquement réduite, rendant l’entée sur le secteur peut-être moins dangereuse, mais plus difficile.

Secteur 11 – Mons-en-Pévèle (kilomètre 210.6)

Note : 5 sur 5.
Paris - Roubaix 2025 Preview

Le secteur de Mons-en-Pévèle est le deuxième secteur classé 5 étoiles. Situé à moins de 50 km de l’arrivée, la course entre dans sa dernière partie fatidique. Ses différentes portions en faux-plat ainsi que ses deux virages à angle droit en font l’un des secteurs les plus difficiles et sélectifs de la course.

Secteur 4 – Carrefour de l’Arbre (kilomètre 242.1)

Note : 5 sur 5.
Paris - Roubaix 2025 Preview

Dernier secteur classé 5 étoiles du parcours, l’un des plus mythiques, difficiles mais aussi décisifs en raison de sa proximité avec l’arrivée. La sélection cruciale peut se produire ici, les 3 sections pavées restantes étant bien moins difficiles.


Météo

Des températures autour de 16° C sont attendues. Les prévisions météo s’affinant à l’approche de la course, il semblerait que les coureurs puissent passer au travers des gouttes. Des risques d’averses prévues plutôt dans la matinée, mais rien au moment du passage des coureurs.

Le vent soufflera en provenance de l’ouest/sud-ouest à une vitesse légèrement inférieure à 20 km/h, offrant des conditions favorables sur les 100 premiers kilomètres de course.

En jetant un œil aux premiers secteurs décisifs, le vent pourrait jouer un rôle important. Dans le secteur d’Haveluy, il soufflera de 3/4 face sur la première moitié, puis de côté après le virage à 90° à droite. Des premières cassures pourraient se produire ici, avant d’arriver à Arenberg. Bien que la Trouée soit plutôt bien abritée par les arbres, les coureurs prendront un vent de côté à 3/4 face à la sortie du secteur, et jusqu’au secteur de Wallers.

Si cette portion est déjà décisive, il sera très compliqué pour de petits groupes de revenir à l’avant s’ils sont décrochés à la pédale dans Haveluy ou la Trouée.

D’ici jusqu’à la sortie du secteur de Mons-en-Pévèle, le vent sera majoritairement défavorable. Il sera aussi défavorable dans Camphin-en Pévèle et dans le Carrefour de l’Arbre.


Le Scenario

Avec toutes ces stars au départ, beaucoup d’outsiders voudront prendre l’échappée matinale pour essayer de se donner une chance. Il sera intéressant de voir ce qu’il se passera à l’approche de la Trouée d’Arenberg, car cette année, le vent pourrait ne pas permettre de créer de bordures comme en 2024. C’est un peloton plus conséquent qui devrait se présenter à l’entrée de ce secteur. Certains verront leur course se terminer dès ce point s’ils sont mal placés.

Le contrôle de la course devrait revenir à Alpecin et UAE dimanche, mais il n’est pas certain que tout le monde reste aux côtés de son leader. Non pas en raison d’un leadership partagé, mais plutôt pour leur permettre de retomber sur un de leurs équipiers partis en amont, une fois que la bataille sera pleinement lancée.

Avec les hommes au départ, nous pourrions assister à l’un des Paris–Roubaix les plus intéressants de ces dernières années, sans qu’aucun ultra favori ne semble se détacher. Un peu à l’image de 2023, nous pourrions nous retrouver avec un groupe de favoris isolé à l’avant sur le dernier tiers de course.


Les Prétendants

Double vainqueur en titre, Van der Poel s’aligne cette année avec la ferme ambition de conserver sa couronne. Auteur d’un excellent début de saison, marqué par des victoires sur Milan–Sanremo et l’E3, le Néerlandais a dû se contenter de la 3ᵉ place sur le Ronde. Il est tombé malade après l’E3 et a dû suivre un traitement antibiotique de trois jours. Une préparation loin d’être idéale avant le Tour des Flandres, mais cela ne l’a pas empêché d’afficher un niveau très élevé.

S’il est désavantagé par rapport à Pogacar sur le Vieux Quaremont, la tendance s’inverse sur Roubaix. En 2024, il avait littéralement survolé l’épreuve, s’imposant avec trois minutes d’avance après un solo de 60 kilomètres.

Cette année, le contexte sera différent. Bien qu’il reste probablement le favori, il devra faire face à ce qui se fait de mieux sur les pavés, et tous semblent en excellente forme. Il paraît difficile de l’imaginer réussir à s’isoler comme l’an dernier, mais il pourra compter sur sa bonne pointe de vitesse dans le vélodrome.

L’état de forme de Philipsen demeure une inconnue. Le Belge a déclaré ne pas être certain d’être à 100 % en raison des conséquences de sa chute il y a quelques semaines. Sans lui, Van der Poel perdrait un atout considérable face à ses adversaires. Il ne faut pas oublier que si Van der Poel est double vainqueur, Philipsen a terminé deux fois deuxième, en 2023 et 2024.

Grande première pour Pogacar qui va découvrir Paris–Roubaix. Avec la forme qu’il affiche actuellement, dans la continuité de 2024, cela semble logique. Comme mentionné plus tôt, l’avantage certain qu’il a sur les Monts flandriens par rapport à ses adversaires disparaît sur Paris–Roubaix, où la route est majoritairement plate. Il ne pourra pas compter sur son punch pour décrocher ses rivaux. Très puissant, je ne me fais pas trop de soucis sur sa capacité à jouer les premiers rôles, mais à la pédale, je ne le vois pas forcément en mesure de s’isoler.

Pour s’imposer, il devra cependant inventer quelque chose car, sur le vélodrome, face à Van der Poel, Pedersen, Ganna et Van Aert, il ne sera clairement pas favori. Même si un sprint après 260 km reste quelque chose de particulier et les capacités de sprint comptent un peu moins que l’énergie restante. On l’a par exemple déjà vu battre Pedersen sur les championnats du Monde 2023 ou MSR 2024.

Bien qu’il soit un novice sur cette course, nous l’avons déjà vu très bien se comporter sur les pavés lors du Tour 2022. De plus, il sera accompagné d’une équipe de qualité et expérimentée. Comment vont-ils courir ? Pour l’aider, il serait plus judicieux de placer des relais en amont de la course plutôt que de rester tous groupés autour de lui. Cela pourrait permettre à certains équipiers d’aller décrocher une belle place au final, Politt et Vermeersch en tête.

Pedersen est indiscutablement dans la forme de sa vie depuis quelques semaines. Après être passé à côté de son Milan–Sanremo, il s’est rapidement remis sur pied en remportant Gent–Wevelgem avec autorité. Un peu juste dans les monts pavés du Ronde, il a néanmoins résisté avec brio à Van der Poel et Pogacar sur un terrain plus favorable à ces derniers.

Paris–Roubaix lui conviendra bien mieux, et l’écart avec les deux monstres sera probablement moins important. L’année dernière, il n’avait absolument rien pu faire face à un Van der Poel sur une autre planète, mais le Danois semble vraiment plus fort cette saison. Malgré tout, il n’a jamais réussi à accrocher la roue des meilleurs dans le final, bien que ses belles 4ᵉ et 3ᵉ places lors des deux dernières éditions témoignent de sa régularité.

Il pourra compter sur une équipe de qualité pour l’entourer, avec notamment un Stuyven qui a été stratosphérique la semaine dernière. Est-ce que Jasper aura l’occasion de jouer sa carte si l’occasion se présente, ou sera-t-il simplement au service de Pedersen ? Selon moi, ce serait une erreur de ne pas profiter de sa forme et de gaspiller son potentiel en ne le faisant que soutenir Pedersen. Par exemple, si Stuyven prend de l’avance, est-ce que Van der Poel et Pogacar sauteront dans sa roue ? Pas sûr. Et cela donnerait également une parfaite excuse à Pedersen pour ne pas leur prendre des relais cette fois-ci.

On peut aussi mentionner Milan dans l’équation, bien que je sois moins convaincu par sa campagne de classiques cette année comparée à ce qu’il avait montré en 2024. Si cependant il est en forme, il sera un atout stratégique indéniable, et pourrait aussi être une option offensive.

Je ne donnais pas cher de la peau de Van Aert avant le Tour des Flandres, étant très sceptique face à son début de saison. Pourtant, le Belge a parfaitement su rebondir pour jouer les premiers rôles. Sur une course où il partait avec un désavantage par rapport à ses adversaires directs (Van der Poel – Pogacar), il a réussi à être présent de bout en bout, bien qu’il ait paru un petit ton en dessous.

Un peu à l’image de Pedersen, sur Paris–Roubaix l’écart avec les deux autres va s’atténuer, ce qui le remettra bien plus dans le jeu. Je reste cependant sceptique à la vue de l’équipe alignée par Visma, et j’ai l’impression que Van Aert devra se débrouiller seul assez tôt dans la course.

Le véritable point négatif, et non des moindres, concerne son sprint. Ce qui était l’un de ses points forts il n’y a pas si longtemps ne semble plus l’être. Battu par Powless, par Pedersen et par Van der Poel dans la bataille pour le podium sur le Ronde, je ne le placerais certainement pas favori en cas d’arrivée groupée sur le vélodrome.

Enfin, imaginons que Pogacar parvienne à sortir : est-ce que lui et son meilleur ennemi Van der Poel pourront collaborer derrière le Slovène, ou bien s’enterreront-ils comme cela a déjà été le cas par le passé ?

Ganna est indéniablement dans la forme de sa vie en ce début de saison 2025. Après sa deuxième place au général du Tirreno – Adriatico, l’Italien a pris la deuxième place sur Milan–San Remo. Ce jour-là, il a réalisé une performance hors norme, parvenant à accrocher Pogacar dans la Cipressa, puis à combler un retard dans la descente du Poggio pour finalement décrocher la deuxième place du sprint sur la Via Roma. Sa prestation sur l’E3 a également été remarquable, bien qu’elle ait mis en évidence ses limites sur les monts pavés face aux tout meilleurs, comme ce fut également le cas quelques jours plus tard sur le Ronde. Cependant, son sprint pour la 8e place m’a impressionné : tout en puissance, malgré tous les efforts consentis en amont, personne n’a pu le remonter ni même tenir sa roue.

Si MSR était son premier gros objectif de la saison, Roubaix est le second. Comme pour Pedersen et Van Aert, la différence avec Van der Poel et Pogacar sera moins importante à Roubaix, une course qu’il a déjà remportée chez les jeunes et où il a terminé à la 6e place il y a deux ans. Puissant assis sur la selle, il semble aussi avoir progressé sur son explosivité. C’était un aspect qui m’avait marqué en 2023, où il semblait un peu plus à la peine sur les relances en sortie de secteurs, ce qui lui coûtait trop d’énergie.

Quelle stratégie va-t-il adopter ? Si prendre l’avance sur le Ronde était judicieux car il était bien moins fort sur ce terrain que les favoris, ce n’est pas forcément le cas sur Roubaix. Je l’imagine tout à fait capable de tenir les roues des meilleurs et, surtout, probablement le plus rapide au sprint si l’on en arrive là sur le vélodrome de Roubaix. Il ne faudra cette fois-ci pas hésiter et lancer le sprint en premier.

Impressionnant de régularité sur les classiques ces dernières années, Küng a encore réalisé une très belle course la semaine dernière sur le Ronde, prenant la 7e place sur la ligne. Sur Paris–Roubaix, il est sur une très belle série et n’a pas quitté le top 5 lors des trois dernières éditions. Malheureusement pour lui, il semble toujours un ton en dessous des principaux favoris dans le final et se contente généralement de places d’honneur.

Il serait judicieux de tenter d’anticiper les débats dimanche, il ne dépensera pas forcément plus d’énergie que les leaders eux-mêmes, mais pourrait se retrouver en excellente position lorsque le regroupement s’opérera. Il souffrira néanmoins toujours du même problème : son manque de punch et de pointe de vitesse, qui l’oblige à arriver seul pour espérer s’imposer.


Mes choix

Si Paris–Roubaix est vue, à raison, comme la course où les échappés matinaux ont une vraie chance de finir placés, ce n’est pas forcément le cas sur les dernières éditions. Et c’est encore plus frappant en 2023 et 2024 avec les victoires de Van der Poel. Sur cette course, la quasi-totalité des meilleurs classicmen actuels seront alignés, ce qui promet une compétition nerveuse et offensive. J’ai assez peu d’espoir de voir un homme issu de l’échappée matinale accrocher le top 5, car une fois rattrapés, il leur sera difficile de rester dans la roue de ce qui se fait de mieux actuellement.

Si je m’attends à une course relativement ouverte, j’ai quand même le sentiment que la victoire n’échappera pas à l’un des favoris, à savoir l’un des hommes cités plus haut, tout comme en 2023. Sur ce terrain, Van der Poel, Pogacar, Pedersen, Van Aert et Ganna devraient avoir un niveau à peu de choses près équivalent cette année.

J’imagine un sprint royal sur le vélodrome de Roubaix, avec Ganna victorieux, et Pogacar et Pedersen complétant le podium.


Laisser un commentaire

En savoir plus sur The Big Gear

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture