
Ce dimanche 20 avril aura lieu la 59e édition de l’Amstel Gold Race. La période des flandriennes ayant touché à sa fin, la course néerlandaise va ouvrir le bal du triptyque Ardennais : une semaine de course entre Pays – Bas et Belgique avec en point d’orgue Liège – Bastogne – Liège une semaine plus tard.
Gros changement cette année, ou plutôt un retour en arrière. Pour la première fois depuis l’édition 2016, le Cauberg sera la dernière ascension du parcours. En dehors de cela, les 100 derniers kilomètres seront quasiment identiques à l’édition précédente. Avec un sommet placé désormais à moins de 2 km de l’arrivée, quelle influence cela aura sur le scenario de la course ?
Le Parcours
Un parcours vallonné quasi identique à celui proposé l’année dernière, que l’on peut décomposer en 4 temps.

La seconde partie du parcours est aussi la plus longue. C’est la boucle qui comportera le plus de côtes, avec pas moins de 15 ascensions répertoriées le long de ces 99 kilomètres. Cette boucle verra aussi le premier passage au sommet du Cauberg ainsi que le premier passage sur la ligne, à un peu plus de 80 km de l’arrivée.

Après avoir passé une première fois la ligne d’arrivée, il restera encore près de 80 kilomètres à parcourir. Les coureurs entreront alors sur le troisième circuit qui marque l’entrée dans la partie décisive de l’épreuve. 10 côtes répertoriées sur cette section de 63 kilomètres.


Cette portion est la portion clé de la course, là où les mouvements décisifs devraient se faire. Attention en particulier à l’enchaînement de côtes entre le Gulperberg (à 47.6 km de l’arrivée) et l’avant-dernier passage du Cauberg (à 22.3 km de l’arrivée).
Les routes seront étroites et les côtes raides, le Kruisberg et le Eyserbosweg en particulier.




Même en dehors des côtes elles-mêmes les routes resteront souvent étroites, ce qui n’aidera pas à chasser. Il faut tout de même noter qu’à compter de ce moment là, le peloton sera extrêmement réduit. Placé à une trentaine de km de l’arrivée, le Keutenberg sera aussi un beau terrain de jeu pour ceux désirant faire exploser la course.




Un nouveau passage sur la ligne à 19.8 kilomètres de l’arrivée marquera l’entrée sur le circuit final. Il restera trois côtes à franchir.

Lieu d’arrivée de la course au début des années 2000, le Cauberg a perdu son statut de juge de paix au fur et à mesure, jusqu’à son retrait du final de la course en 2017. Changement cette année, avec un troisième passage sur le Cauberg avant de plonger vers la ligne d’arrivée, 1.8 km plus loin.

Météo
Les températures seront relativement douces ce dimanche, mais la pluie devrait faire son apparition dans l’après-midi. Le vent soufflera faiblement depuis le sud-ouest durant la majeure partie de la journée, avant de légèrement se renforcer dans les deux dernières heures (autour des 15 km/h). Il sera favorable dans le Kruisberg, mais défavorable dans les ascensions du Keutenberg et du Cauberg.
Le Scenario
La présence de Pogacar au départ de la course va, comme d’habitude, conditionner le scénario de la course. Malgré le retour du Cauberg comme toute dernière difficulté du parcours, je ne pense pas que cela impactera la manière dont les choses vont se dérouler. L’action aura débuté bien avant et il y a de fortes chances que le Slovène soit déjà seul en tête à ce moment-là.
L’Amstel est une course où le placement est primordial en permanence en raison de l’étroitesse de ses routes. Pogacar excelle dans cet exercice, il sera très difficile de le piéger dans les moments clés. Il est celui qui dictera le rythme de la course, et l’enchaînement Eyserbosweg / Keutenberg devrait, comme en 2023, être le moment décisif.
Les Prétendants

Nul besoin d’en faire des tonnes : Pogacar est évidemment le grand favori. S’il peut être battu par Van der Poel sur des courses au profil moins accidenté, personne ne semble aujourd’hui capable de rivaliser avec lui sur un parcours comme celui de l’Amstel. Le poids de la course reposera sur l’équipe UAE et sur ses épaules, mais cela ne le dérangera pas. Il préférera sans doute faire exploser la course lui-même, réduire le groupe à quelques unités, puis s’isoler. Si en plus la pluie vient se mêler à la course comme le laissent penser les prévisions…
Je ne pense pas qu’il attendra le dernier passage sur le Cauberg. Comme en 2023, le Keutenberg devrait être le théâtre de son attaque décisive.

Rentrée réussie pour Evenepoel sur la Flèche Brabançonne. Après une longue interruption due à une blessure en début de saison, le Belge a immédiatement montré qu’il était en forme pour sa reprise. Le manque de rythme en course n’est plus vraiment un problème pour les coureurs d’aujourd’hui, capables de performer directement après un stage. Il semble donc naturel de le placer parmi les principaux prétendants, même s’il prendra le départ de l’Amstel pour la première fois de sa carrière.
Sans Pogacar au départ, il aurait même probablement été le grand favori. Mais pour espérer rivaliser, il devra être à 100 %, et je doute que ce soit déjà le cas. S’il devrait faire partie de ceux qui résisteront le plus longtemps, je le vois finir par céder comme les autres.

Pidcock a signé un excellent début de saison. Au-delà de sa victoire au général de l’AlUla Tour, ce sont surtout ses performances sur les Strade Bianche et lors de l’étape reine de Tirreno qui ont marqué les esprits. La suite a été nettement moins convaincante : très en retrait sur Milan – Sanremo, puis totalement impuissant vendredi sur la Flèche Brabançonne, incapable de suivre l’attaque de Van Aert et Evenepoel. Rien de très rassurant à l’approche de l’Amstel, surtout quand on se souvient qu’en 2023, il avait été le seul à tenir la roue de Pogacar pendant un temps, avant d’exploser.
Pourtant, cette course lui va comme un gant : en quatre participations, il a signé trois podiums, dont une victoire en 2024 (2 en comptant 2021). Malgré les doutes actuels, difficile de l’écarter complètement.

N’importe quel autre coureur avec les résultats de Van Aert sur ses quatre dernières courses aurait été encensé. Mais pour le Belge, le statut qu’il a construit au fil des années transforme ces résultats en contre-performance aux yeux de beaucoup. Ce qui frappe surtout, c’est ce qu’il semble avoir perdu : son punch, sa capacité à sortir des sprints tranchants, autrefois l’une de ses plus grandes forces. Aujourd’hui, sa pointe de vitesse n’effraie probablement plus ses principaux adversaires.
Il reste néanmoins en forme. Pas suffisamment pour espérer rivaliser avec Pogacar, mais sans doute assez pour se battre pour une place sur le podium.

Très vite hors du coup pour le général sur l’Itzulia, Healy a retrouvé de belles sensations sur les deux dernières étapes, conclues par une victoire et une troisième place. De quoi rassurer sur sa condition à l’approche des Ardennaises. Deuxième à moins de 40 secondes de Pogacar en 2023, il peut légitimement espérer rééditer cette performance. Offensif, résistant, il sera sans doute l’un des grands animateurs de la course. Reste à espérer que d’excellentes jambes suffiront à compenser un sens tactique parfois douteux.

Van Gils a déçu sur l’Itzulia, en tout cas bien en-deçà de ce que j’attendais de lui. Peut-être un peu trop tôt dans la saison. La période des Ardennaises reste celle où il est le plus à son aise, là où ses qualités de puncheur peuvent pleinement s’exprimer. Malgré tout, ses dernières prestations incitent à la prudence : difficile de l’imaginer jouer les tout premiers rôles demain.

Qu’attendre de Nys demain ? Présenté comme l’un des futurs meilleurs puncheurs du peloton, le jeune belge a lancé sa saison de manière idéale en s’imposant dès sa rentrée sur le GP Indurain. La suite, sur l’Itzulia, a été plus contrastée : globalement en retrait sur des étapes où on l’attendait, avant un joli sursaut lors de la dernière journée, où il s’est montré solide sur un parcours particulièrement exigeant.
S’il manque encore d’expérience sur des distances dépassant les 250 kilomètres, sa 5e place sur la Bretagne Classic 2024 laisse penser qu’il est capable d’encaisser ce type d’effort. Tout dépendra de la physionomie de course. Si le rythme s’emballe très tôt, ce qui semble probable avec la présence de Pogacar, il pourrait rapidement atteindre ses limites. Un top 10 serait déjà une belle performance.

Je ne comptais pas mentionner Aranburu initialement, mais la forme qu’il affiche depuis deux semaines force le respect. S’il termine 4e vendredi sur la Flèche Brabançonne, c’est surtout sa performance globale sur le Tour du Pays Basque qui interpelle. Septième du général, il a tenu la roue des meilleurs puncheurs et grimpeurs du peloton dans une course particulièrement exigeante.
Évidemment, l’Amstel représente un tout autre défi, avec un profil qui pourrait finir par être un peu trop exigeant sur la durée. Mais au vu de ce qu’il montre actuellement, un top 10 semble à sa portée.

L’Amstel marquera le retour en course du duo Champoussin / Scaroni. Pour l’Italien, il s’agira d’une reprise après sa chute sur les Strade Bianche, il y a un mois et demi. Côté Astana, la dynamique collective est intéressante : sans être l’équipe la plus victorieuse, et avec des succès essentiellement sur des courses de second, voire de troisième rang, elle se montre offensive et régulièrement en vue.
Champoussin, lui, semble avoir retrouvé des sensations. Avec 12 top 10 en 27 jours de course, le Français connaît un début de saison solide et constant, ce qu’il n’avait plus montré depuis un moment. Difficile d’imaginer l’un des deux accrocher mieux qu’un top 10 au vu de la concurrence alignée demain, mais les voir s’y glisser ne serait en rien une surprise.
Mes Choix
Difficile d’aller contre Pogacar. S’il a pu montrer quelques faiblesses par le passé, c’est une toute autre version du Slovène que l’on voit depuis 2024. Van der Poel a réussi à le contenir sur Milan-Sanremo et Roubaix, mais demain, personne ne semble en mesure de jouer ce rôle à sa place. Je mise sur une victoire en solitaire de Pogacar. Je ne pense pas que le podium soit très ouvert non plus : la présence d’Evenepoel verrouille sans doute la deuxième place. Pour la troisième marche, en revanche, c’est plus ouvert. Healy me semble être une belle option : s’il parvient à sortir d’un groupe de chasse désorganisé, il a tout pour aller chercher ce podium.
