
Présentation de la Course
Comme chaque année, Milan-Sanremo marquera l’ouverture de la saison des Monuments du cyclisme. La Classicissima se tiendra le samedi 22 mars 2025, sur un parcours de 289 kilomètres. Une nouvelle édition assez courte après celle de 2024 et ses 288 kilomètres.
Le Passo del Turchino, les célèbres Capi, ainsi que les emblématiques Cipressa et Poggio seront, comme toujours, des passages incontournables.
Surnommée « la course la plus facile à finir, mais la plus difficile à gagner« , Milan-Sanremo a vu son tracé évoluer au fil du temps afin d’accentuer la sélection.
Si la Cipressa et le Poggio sont aujourd’hui des montées mythiques pour les amateurs de cyclisme, elles n’ont pas toujours fait partie de la course. Le Poggio a été ajouté en 1960 pour éviter les arrivées au sprint massif et rendre la fin plus imprévisible. La Cipressa a, quant à elle, intégré le parcours en 1982 pour durcir la sélection en fin d’épreuve. Les Tre Capi – Capo Mele, Capo Cervo et Capo Berta – figurent dans les 50 derniers kilomètres depuis toujours, tout comme le Turchino, qui a perdu son influence décisive mais reste une ascension symbolique.
D’autres modifications ont été tentées au fil des ans, sans forcément s’inscrire dans la durée. Par exemple, le col du Manie (4,5 km à 6,9 %), introduit entre 2008 et 2013 entre le Turchino et les Capi, a finalement été retiré en 2014. Cette même année, l’ajout de la Pompeiana (5 km à 5 %), située entre la Cipressa et le Poggio, a été envisagé, mais le projet a été abandonné en raison d’une route impraticable. L’édition 2025 propose donc un tracé « classique ».
Le Parcours
Bien que Milan-Sanremo ne soit pas réputée pour ses ascensions les plus redoutables, ses près de 300 kilomètres et la succession Capi – Cipressa – Poggio dans les 60 derniers kilomètres mettent les coureurs à rude épreuve.
Si la Cipressa a déjà été le théâtre d’attaques décisives, il faut remonter au milieu des années 90 pour en retrouver une victorieuse. En 1996, le jeune Italien Colombo y a fait la différence. Trois ans plus tard, Pantani a tenté sa chance sur ces pentes, sans succès. Ces dernières années, c’est surtout le Poggio, et plus encore sa descente, qui ont joué un rôle clé dans l’issue de la course.
Avec ses 5,6 km à 4,1 %, la Cipressa pourrait sembler anodine, une montée comme tant d’autres au fil de la saison. Mais Milan-Sanremo n’est pas une course comme les autres. Après plus de 260 kilomètres d’effort, l’intensité s’élèvera brusquement, provoquant une sélection naturelle par l’arrière. C’est ici que les choses sérieuses commencent vraiment.
CIPRESSA
- 5.6 kilomètres à 4.1%
- 5% sur les 4 premiers kilomètres, un sommet plus roulant.

Au sommet de la Cipressa, il restera encore 21.6 km à parcourir. Après une descente rapide de 3.3 km, les coureurs enchaîneront avec une section plate d’environ 9 km, offrant une vue dégagée sur la mer de Ligurie. C’est à un peu plus de 9 km de l’arrivée que débutera l’ascension du légendaire Poggio di Sanremo.
Si la Cipressa ne semble pas effrayante en soi, que dire du Poggio et de ses 3,7 km à 3,7 % de moyenne ? Sur le papier, il paraît inoffensif, mais lancé à vive allure après plus de 280 km de course, il devient un juge de paix redoutable. C’est ici que tout se joue : soit un petit groupe bascule ensemble au sommet, soit un attaquant parvient à prendre de l’avance avant d’atteindre la célèbre cabine téléphonique. À cet endroit, 10 secondes d’écart peuvent suffire pour l’emporter… et parfois même moins. En 2023, Van der Poel s’était imposé avec seulement 3 secondes d’avance.
POGGIO
- 3.7 kilomètres à 3.7%
- Courte portion à 8% à 1 kilomètres du sommet où les attaques sont fréquentes.

Une fois le sommet du Poggio franchi, l’intensité ne diminue pas, bien au contraire. Les coureurs doivent alors aborder une descente de 3.2 km, rapide et technique, ponctuée de lacets à négocier avec prudence. C’est un passage clé où de véritables écarts peuvent se creuser. En 2022, Mohoric y a bâti son succès, prenant tous les risques grâce à sa selle télescopique pour faire la différence.

Une fois la descente terminée, les coureurs rejoindront la SS1, avec seulement 2 300 mètres les séparant de l’arrivée. À 850 mètres de la ligne, ils devront négocier un virage à gauche autour d’un rond-point, suivi d’un dernier virage à droite à 750 mètres. Ils entreront alors sur la légendaire Via Roma, où le vainqueur de la Classicissima sera sacré.
Les Derniers Kilomètres
Météo
La pluie est prévue dans la nuit et la matinée, mais il se pourrait que les coureurs passent entre les gouttes ce samedi. Le temps restera menaçant, mais les prévisions s’affinant, la pluie ne devrait pas être un facteur majeur de cette édition.
Les températures seront assez fraîches au départ, sous les 8 °C, avant d’avoisiner les 15 °C dans l’après-midi.
Une fois la descente du Turchino terminée, les coureurs longeront la côte sur les 140 derniers kilomètres de course. Le vent, bien que modéré (sous les 15 km/h), sera plutôt favorable, soufflant du nord-est aux alentours de Laigueglia et plutôt de l’est entre la Cipressa et Sanremo.
Il sera favorable sur les Capi Cervo et Berta, jusqu’à San Lorenzo al Mare, au pied de la Cipressa. Dans cette dernière, il aura une tendance latérale à trois quarts dos, avant de devenir totalement favorable sur les 1 200 derniers mètres moins pentus.

Dans le Poggio, le vent soufflera également de l’est à un peu plus de 10 km/h, offrant un vent de trois quarts dos dans les deux derniers kilomètres de l’ascension.

Du pied de la descente du Poggio jusqu’à l’arrivée, les coureurs bénéficieront également d’un vent plutôt favorable.
Le Scenario
La beauté de cette course réside dans son imprévisibilité en ce qui concerne le nom de vainqueur, malgré un schéma global plus prévisible. Sur les 17 dernières éditions, 17 vainqueurs différents se sont imposés, ce qui montre la diversité des profils de coureurs capables de l’emporter. Cependant, la présence de Pogacar influence grandement les potentiels vainqueurs. Son attaque risque d’être si brutale que les véritables sprinters auront du mal à suivre le rythme et se retrouveront dans un deuxième ou troisième groupe, voire plus loin si UAE embraye fort dès la Cipressa, comme ils semblent vouloir le faire. Certains coureurs plus polyvalents pourraient espérer accrocher le deuxième groupe et rester à portée pour revenir dans la descente du Poggio ou sur le plat, comme cela a été le cas l’année dernière.
Les Prétendants

Peu de courses semblent pouvoir échapper à Pogacar dernièrement, mais une seule se refuse particulièrement à lui : Milan-Sanremo. Il ne cesse de tenter, mais les pourcentages du Poggio ne semblent pas suffisants pour lui permettre de créer une différence. Il est parvenu à créer une sélection en attaquant dans les passages les plus raides, mais jamais à s’isoler.
Quelle stratégie UAE décidera-t-elle d’adopter cette année ? Une fois encore, l’idée de grimper la Cipressa en moins de 9 minutes est revenue. Si l’équipe est bien en place dès le pied, contrairement à l’an dernier, l’entreprise est possible. Le groupe basculant au sommet pourrait alors être réduit à peau de chagrin. Mais le Slovène osera-t-il attaquer de si loin ? Dans l’histoire « récente », seul Colombo a réussi l’exploit de sortir dans la Cipressa et de s’imposer.
Si la Cipressa est effectivement gravie en moins de 9 minutes, voir Pogacar attaquer ne serait pas surprenant. Il s’exposerait à une chasse derrière, mais la dynamique du groupe deux est une science assez étrange.
Dans un sprint en petit comité, si aucun sprinter n’est là, il aura ses chances. Mais je ne pense pas que ce soit sur cela qu’il mise en priorité.

Pas de victoire pour Van der Poel sur Tirreno, mais il semble plutôt satisfait de sa course et de ses sensations. Nul doute, il est en forme.
L’année dernière, il parvient de justesse à accrocher la roue de Pogacar lors de la deuxième accélération du Slovène, mais choisit de ne pas relayer, n’étant pas sûr de ses jambes (bon choix, en considérant que Philipsen remportera la course quelques kilomètres plus loin). En 2023, c’est lui qui place cette deuxième accélération que Pogacar ne peut pas suivre. Même s’il devait basculer avec deux secondes de retard, ses qualités de descendeur doivent lui permettre de combler cet écart d’ici le pied de la descente.
Dans un sprint en petit comité, il aura évidemment ses chances. Malheureusement pour lui, ses adversaires semblent enfin avoir compris que sur un sprint long (+250 mètres), il est tout à fait prenable.
Parmi la liste des favoris, il fait partie de ceux que j’imagine en mesure de s’imposer dans au moins deux scénarios.
Un rôle identique à l’année dernière pour Philipsen. S’il convient de le citer en tant que vainqueur sortant, j’ai quelques doutes sur sa pointe de vitesse. Ses sprints ne m’ont vraiment pas impressionné cette année, et je peux très facilement l’imaginer battu.
En revanche, il semble être en excellente forme, et je pense qu’il sera lui aussi dans ce fameux second groupe qui aura un espoir de rentrer dans le final. Ce qu’il a perdu au sprint, il l’a gagné dans sa capacité à passer les bosses, une qualité qui était déjà bien présente chez lui. Reste à connaître l’impact de sa chute d’il y a deux jours. Je suis très sceptique sur sa capacité à être encore en mesure de jouer la gagne dans le final.

Première fois en quatre ans où je pense que Pedersen a une vraie chance de basculer avec la tête de course au sommet du Poggio. On l’a vu sur Paris-Nice, sa condition est excellente et il grimpe mieux que jamais. En revanche, c’est son sprint qui m’inquiète un peu plus. Sur les trois derniers sprints de Milan-Sanremo, il a toujours semblé lui en manquer un peu. Et cette année, j’ai l’impression qu’il est encore moins puissant au sprint.
Pedersen est le seul des favoris que j’ai du mal à voir gagner. Dans un sprint court face à Van der Poel, il sera battu. Dans un sprint long face à Pogacar et Ganna, je le pense battu. Dans un sprint de groupe plus large, il risque aussi de l’être, comme l’année passée. Et je ne pense pas qu’il tentera de sortir en solo après la descente. En revanche, je le pense totalement en capacité d’accrocher enfin une place sur le podium.
Milan s’aligne avec de l’ambition sur cette course. Si Pedersen sera la carte offensive, chargé de suivre les attaques des favoris, Milan devrait plutôt être l’option pour le sprint.
Son rôle principal sera de tout faire pour basculer avec le second groupe, qu’on peut imaginer composé d’une dizaine d’unités. En cas de regroupement et d’un sprint à 15, il deviendrait de fait le grand favori. Encore faudra-t-il avoir survécu au rythme effréné dans la Cipressa et le Poggio.

Pour Ganna, la plus grande question semble résider sur ses qualités de descendeur. En 2023 : 3″ de retard au sommet du Poggio, 5″ au pied. En 2024, 2.5″ au sommet, puis 2″ une borne plus loin, juste avant sa crevaison. S’il bascule dans les roues samedi, il restera avec le groupe ou ne concédera pas plus d’une ou deux secondes, un écart qu’il devrait être en mesure de combler au pied.
Ces deux dernières années, il a prouvé être l’un des rares capables de suivre Pogacar et Van der Poel dans le Poggio. Cette saison, il est dans la forme de sa vie, comme en témoigne son Tirreno. Je le pense encore en mesure de suivre l’attaque dans le Poggio, mais aussi de tenir le rythme dans la Cipressa.
Dans le final, tentera-t-il de finir en solo ou misera-t-il sur son sprint ? Moins explosif que Van der Poel, je suis pourtant persuadé qu’il peut regarder dans les yeux Pidcock, Pogacar, Van der Poel et Pedersen sur un sprint lancé aux 250 mètres.

Pidcock semble être dans la forme de sa vie. Cette fois-ci, peut-être pourra-t-il suivre l’accélération de Pogacar dans le Poggio si le scénario venait à se répéter. L’an dernier, il avait tenté de sortir en solitaire sur la via Roma, sans succès, sous la vigilance de Van der Poel.
S’il se retrouve dans un groupe restreint de quatre ou cinq favoris, il misera probablement sur son sprint, ce qui pourrait lui ouvrir les portes du podium. Toutefois, rien ne garantit qu’il soit le plus rapide ni le plus explosif.
Mes Choix
Pogacar a tout tenté pour s’imposer sur Milan-Sanremo, mais sans succès jusqu’à présent. Cette année encore, l’équipe UAE aurait évoqué l’idée de grimper la Cipressa en moins de 9 minutes. Est-ce vraiment réalisable ? Avec eux, on ne sait jamais. Si un tel rythme est imposé, le groupe basculant au sommet sera réduit à peau de chagrin.
Mais Pogacar osera-t-il attaquer dès ce moment-là pour tenter un solo improbable ? Cela semble presque inimaginable… mais avec lui, plus rien ne surprend.
Dans le Poggio, il n’a jamais réussi à s’isoler totalement. Ces deux dernières années, il a toujours emmené Van der Poel dans sa roue, avec Ganna jamais très loin. Ces deux coureurs semblent, encore une fois, être ses principaux rivaux.
UAE a les clés en main, mais cette course reste tellement imprévisible. Je ne suis pas convaincu que Pogacar tentera de partir en solo dès la Cipressa, même si le record d’ascension devrait tomber, à condition que l’équipe UAE soit en place dès le pied.
J’imagine plutôt un scénario plus classique dans le Poggio, avec les principaux favoris basculant ensemble pour aller se disputer la victoire au sprint en petit comité. Victoire de Ganna devant Pogacar et Pedersen.


