Championnats du Monde Montreal 2026 Preview

Les championnats du monde se dérouleront en grande partie sur un circuit bien connu du public et des coureurs eux-mêmes, puisqu’il reprend au mètre près le tracé du GP de Montréal. En l’absence de Pogacar, nombreux seront les hommes à croire en leur chance dans une course qui pourrait être bien plus tactique que ces deux dernières années.


Le Parcours

Il n’y a rien à signaler sur les 100 premiers kilomètres de course, presque exclusivement plats. L’entrée dans Montréal marquera réellement le début de la course.


Le Circuit

La ligne d’arrivée est située sur l’avenue du Parc. De ce point, les coureurs parcourent un peu moins de 600 m avant de bifurquer sur la gauche, pour aller chercher le pied de la principale difficulté de ce circuit. Il s’agit de la montée Camillien Houde et de ses 1.7 km à un peu moins de 7 % de moyenne, un effort qui restera proche des 3’40. La première moitié ne sera pas excessivement pentue, mais après 800 m, et cette large courbe sur la gauche, les coureurs trouveront des pourcentages bien plus prononcés, autour de 9 %. Il restera 11.3 km à parcourir au sommet, lors du dernier passage.

Suivra ensuite une descente sans difficulté et roulante, longue de 1.9 km. Au pied de celle-ci, à 9.4 km de l’arrivée, les coureurs prendront à droite et aborderont une portion de transition, elle aussi longue de 1 900 m, avec 4 virages à négocier. À 8.4 km de la ligne, ils bifurqueront une première fois sur la droite, avant de devoir négocier deux virages à 90° consécutifs, à 8 km puis 7.8 km de l’arrivée. À 7.5 km du but, ils prendront sur la gauche pour aller chercher le pied de la côte de Polytechnique. L’ascension fera 800 m, mais les 400 premiers mètres seront les plus difficiles, avec des portions à plus de 9 % au niveau de la courbe. La pente se radoucit après 500 m, et il restera 6.7 km à parcourir à la bascule.

Après une courte descente de 800 m, un virage à 90° sur la droite amènera les coureurs sur une nouvelle portion de transition en très léger faux plat descendant, longue de 1.8 km. Puis, à 4.2 km du but, un nouveau virage à 90° sur la droite les conduira au pied de la difficulté suivante. La côte de Pagnuelo sera encore plus courte que les précédentes, et les plus gros pourcentages seront situés dans les 250 premiers mètres. Au sommet, à 3.7 km de l’arrivée, place à une descente roulante de 1.7 km, qui mènera les coureurs dans les deux derniers kilomètres de course.

Il restera alors 3 virages à angle droit à négocier : le premier à 2 km du but, le second aux 900 mètres, et enfin le dernier aux 600 mètres. Après ce dernier virage, la route va de nouveau s’élever, pour afficher 4.4 % de moyenne sur les 600 derniers mètres, jusqu’à la ligne.

600 derniers mètres

Météo

Le temps sera très couvert ce dimanche à Montréal, avec des risques de pluie dans le courant de l’après-midi. Les températures ne devraient pas excéder 18°. Le vent sera présent et soufflera en provenance du nord-est, à une vitesse moyenne d’environ 20 km/h, avec des rafales annoncées à plus de 40 km/h. Un vent plutôt favorable dans Camillien Houde, mais majoritairement défavorable sur les 8 derniers kilomètres du circuit. La côte de Polytechnique notamment se fera avec un vent de face, tout comme la majeure partie des portions de transition qui mèneront aux deux derniers kilomètres.


Le Scenario

L’absence de Pogacar rebat évidemment toutes les cartes. Là où les coureurs se seraient normalement battus pour la deuxième place au mieux, beaucoup vont voir cette course à Montréal comme probablement l’unique chance de leur carrière de devenir champion du monde. Il y a bien évidemment des nations et des coureurs plus favoris que d’autres. On peut penser à Evenepoel, Seixas ou encore Del Toro, qui apparaissent sur le papier comme les hommes à battre. Cependant, aucun d’entre eux ne semble a priori en position de dominer comme Pogacar le fait, et l’aurait fait. Et c’est en cela que la course sera difficile à lire : en l’absence du meilleur cycliste au monde, le nombre de prétendants à la victoire augmente drastiquement.

Comment la course va-t-elle se dérouler ? Plusieurs éléments sont à souligner. Tout d’abord, le circuit des championnats du monde sera identique à celui du GP de Montréal du 13 septembre, remporté par Del Toro. Ensuite, bien que le circuit soit identique, la course des championnats du monde sera plus longue de 60 km, soit environ 90 minutes d’effort supplémentaire. Enfin, et malgré cette distance rallongée, il y aura 100 km de plat en début de course avant l’entrée sur le circuit, mais seulement 12 tours à effectuer (au lieu de 16 lors du GP Montréal). Au final, le dénivelé positif sera identique sur les deux courses, malgré les 60 km supplémentaires des championnats du monde.

L’ajout des 100 km de plat ne devrait pas, dans l’absolu, avoir une incidence énorme sur les jambes des principaux favoris, tous étant des coureurs très endurants. Le dénivelé positif (environ 3 800 m) restera lui aussi dans l’ordre de l’acceptable pour des profils plus puncheurs que grimpeurs. Difficile de faire une vraie comparaison avec l’un des parcours récents des championnats du monde : Montréal sera bien moins difficile que Kigali (5 500 m de D+), mais aussi que Zurich, qui affichait près de 4 500 m de D+.

En prenant ces éléments en compte, il apparaît donc clair que les grimpeurs devront rendre la course la plus difficile possible dès l’entrée sur le circuit. Les 100 premiers kilomètres ajouteront de la distance, mais pas énormément de difficulté si l’on prend ce parcours dans sa globalité. En revanche, il faudra bien quelqu’un pour rouler dans le peloton sur ces deux premières heures et demie de course, mais ce sera alors une aide en moins avant même l’entrée sur le circuit. La France et la Belgique pourraient bien couper la poire en deux et mettre chacune un homme à l’avant.

Une fois arrivés à Montréal, les choses sérieuses pourront commencer. La France devrait alors prendre les commandes et durcir immédiatement, pour commencer un écrémage par l’arrière et surtout fatiguer au maximum des coureurs comme Van der Poel et Van Aert. Les nations outsiders (USA, Italie ou Grande-Bretagne, entre autres) tenteront de créer les coups de loin ou de s’y insérer dès que possible.

La course devrait être difficilement contrôlable si des nations s’allient aux avant-postes pour tenter de mettre en échec la stratégie des Français et des Belges. Le parcours en lui-même est sélectif, mais pas autant qu’on pourrait le croire. Il faudra vraiment y imposer un rythme soutenu à chaque tour pour transformer ces championnats du monde en guerre d’attrition.


Les Favoris

Comme d’habitude, la Belgique se présente avec une équipe compétitive qui aura pour ambition le titre mondial. Un bon mix de rouleurs et de puncheurs, pour pouvoir accompagner au mieux les deux leaders désignés, Evenepoel et Van Aert. Les deux arriveront à Montréal en ayant eu deux approches totalement différentes.

Du côté d’Evenepoel, c’est l’enchaînement Tour de France – Klasikoa – Stage – course canadienne qui a été privilégié. Son début de saison en dents de scie a pu très facilement être analysé après coup. Avec l’objectif « secret » du Tour des Flandres, Evenepoel n’était pas en conditions optimales pour performer sur les longues ascensions, ni même pour répondre à Seixas et Pogacar sur LBL. Une fois l’été arrivé et son poids de forme atteint, c’est un tout autre coureur qui s’est présenté au départ du Tour, surtout en montagne lors des deux dernières semaines. Deuxième du Tour, le Belge a même réussi à retrouver son niveau de 2024, avant de remporter une nouvelle fois la Klasikoa quelques jours plus tard.

Sur les courses canadiennes, il est apparu en forme, mais l’impression laissée dans les côtes à Québec s’est confirmée sur le GP Montréal : il n’était pas aussi tranchant. Incapable de lâcher Ciccone à Québec, il a aussi été mis en difficulté par Seixas et Del Toro dans la côte Camillien-Houde, et est apparu très nerveux. En revanche, sur les portions de transition et les faux-plats, il semblait vraiment très puissant. Un signe, peut-être, qu’il était encore un peu trop musclé pour pouvoir suivre les plus purs grimpeurs dans Camillien-Houde. Dimanche dernier il a écrasé le c.l.m sur un parcours plat, une performance dans la lignée de ce qu’il a montré sur les portions de transitions lors des deux courses canadiennes.

Van Aert, lui, sort tout juste d’une Vuelta où il aura été omniprésent. Nous l’avons vu s’améliorer au fur et à mesure que la course progressait, au point même de jouer le classement de la montagne jusqu’à deux jours de l’arrivée. Le Belge est l’auteur d’une excellente saison, entre son podium sur MSR, mais aussi et surtout sa victoire sur Paris-Roubaix lors de la période des classiques. Sa blessure en juin, qui l’a empêché de courir le Tour de France, aura peut-être finalement été un mal pour un bien, tant il est apparu fort sur la fin de la Vuelta.

Comment faire cohabiter ces deux coureurs aux profils si différents ? C’est la question à laquelle la Belgique doit absolument répondre. Evenepoel aura besoin d’une course d’attrition, courue sur un rythme très soutenu avec peu de temps de repos, pour maximiser ses chances. Paradoxalement, la manière dont Pogacar rend les courses difficiles convient parfaitement à Remco. Mais si la Belgique décide d’imposer un gros tempo, cela mettrait très certainement en péril les chances de Van Aert d’aller chercher le titre.

Et si, pour maximiser les chances de chacun, les rôles des deux devaient s’inverser ? En 2022 et 2024, Van Aert marquait leurs adversaires, permettant ainsi à Evenepoel d’attaquer. Selon moi, Van Aert devrait être celui qui attaquera dimanche. Cela aurait pour résultat de permettre à la Belgique de ne pas avoir à gérer la course, et Evenepoel pourrait alors se concentrer sur ses deux principaux adversaires, Seixas et Del Toro. Dans le final, cela pourrait aussi leur permettre de se retrouver à deux dans un groupe de tête, et de jouer le surnombre. Une chose peut-être impossible si Van Aert tente de rester avec les principaux favoris lors de la course. Dans les côtes, Evenepoel a semblé un petit ton en dessous de ses deux adversaires, mais il sera redoutable dans les portions de transitions. Attention à ne pas lui laisser 10 m, sous peine de ne jamais le revoir.

Sur le papier, la Belgique a toutes les cartes en mains pour repartir avec le titre, à eux de jouer correctement.

Pas de secret ni de suspense dans la composition de l’équipe de France : dimanche, ce sera tout pour Seixas. Le jeune Français a réalisé une saison hors norme, remportant sa première course WT ainsi que la Flèche, et finissant deuxième des Strade et de LBL, derrière Pogacar à chaque fois. Sa 4e place sur le Tour et sa récente médaille de bronze sur le c.l.m de Montréal viennent déjà parachever ce qui est probablement la meilleure saison de l’histoire pour un coureur de 19 ans.

Dimanche, il a une chance d’aller chercher une nouvelle médaille sur la course en ligne, sur un parcours où il a fini 2e il y a à peine deux semaines. À l’image d’Evenepoel, lui aussi aura besoin d’une course d’attrition, et peut-être même davantage que le Belge, car il doit arriver seul sur la ligne. Le face-à-face avec Del Toro a confirmé que, parmi les favoris, il possède le moins bon sprint. S’il venait à arriver sur la ligne avec l’un des deux, le résultat ne serait probablement pas différent.

La France va devoir courir comme UAE le fait avec Pogacar pour essorer ses adversaires, mais en a-t-elle les moyens ? L’effectif ne manque pas de qualité, mais il reste assez loin de ce qu’UAE peut proposer, et surtout, Seixas n’est pas Pogacar. Si la Belgique joue un jeu de dupes et laisse la France seule aux commandes, pas certain qu’elle puisse tenir la course. Seixas a déjà plusieurs fois montré son manque d’expérience, et cela pourrait de nouveau lui jouer des tours, s’il sent la course lui échapper.

Ce problème de leadership unique fait que la France va s’enfermer dans un scénario sans grande possibilité d’en sortir : soit Seixas est à l’avant et se débrouille, soit il n’y est pas et l’équipe doit rouler. Avec l’effectif présent à Montréal, j’ai du mal à imaginer un coup tactique ou un co-leadership caché, l’absence de Barré est un vrai coup dur en ce sens.

Parmi les 3 grands favoris, c’est celui que j’imagine le moins en mesure de s’imposer. Ses chances ne sont pas nulles, loin de là, mais il lui faudra lâcher Evenepoel et Del Toro pour décrocher l’or.

Del Toro vient compléter le trio des grands favoris à la succession de Pogacar. Et être le successeur de Pogacar est exactement ce pour quoi UAE l’a prolongé. Le Mexicain réalise encore une saison de très haut niveau, et ne cesse de prouver qu’il sera l’un des hommes qui comptent dans le futur. Il a continué sa moisson de courses WT cette année, en remportant l’UAE Tour, Tirreno et le Dauphiné, le tout avant d’aller décrocher son deuxième podium en grand tour, en prenant la 3e place du dernier Tour de France.

Plus récemment, il est apparu sur les courses canadiennes : très en retrait à Québec, il a vite redressé la barre en s’imposant sur le GP Montréal, dont le circuit sera identique à celui proposé dimanche. Inutile de préciser donc qu’il trouvera un parcours totalement taillé pour ses qualités, et que son kick sera un atout primordial en cas de sprint sur la ligne.

Face à Seixas, il ne devrait pas y avoir photo, mais face à Remco au terme de 270 km, je n’en mettrais pas ma main à couper. Je n’ai aucun doute sur sa capacité à tenir sur la durée : il suffit de voir ses championnats du monde de l’année passée. Le Mexicain avait été le seul à pouvoir accompagner Pogacar, mais, dérangé par des problèmes intestinaux, avait dû lâcher prise. Malgré cela, il avait tout de même pris la 7e place de la course.

Cette performance de l’année passée est aussi ce qui me fait relativiser le fait qu’il ait une équipe un peu faible pour l’entourer. Il ne pourra pas marquer tout le monde, et devra se concentrer en priorité sur Evenepoel et Seixas. Dans un sens, les effectifs belge et français seront « son » équipe.

C’est un risque à prendre pour Del Toro que de ne se concentrer que sur deux hommes, mais avec les effectifs français et belges qui voudront tout faire pour contrôler la course, il lui faudra « simplement » rester dans leurs roues, pour ne pas se faire surprendre au moment où l’un des deux autres attaquera. Il ne pourra pas trop se permettre de traîner en queue de peloton dimanche, pour ne pas se retrouver à faire des efforts inutiles.

D’après ses propres mots, Van der Poel pense que le parcours des championnats du monde est trop difficile pour lui. Mais c’était aussi censé être le cas à Zurich en 2024, où il était venu chercher la 3e place. Montréal présentera bien moins de dénivelé positif, et surtout les 100 premiers kilomètres seront plats. Rien d’extraordinaire pour lui. L’absence de Pogacar, et sa manière de courir, sera aussi une aubaine pour lui : plus la course se décantera tard, plus il restera dans le jeu.

Sa reprise au Luxembourg était justement attendue pour situer son niveau à une semaine des championnats du monde. S’il a d’abord déçu sur l’étape reine, en ne se testant pas sur des efforts courts, il a été l’auteur d’un numéro incroyable sur la dernière étape, en allant s’imposer après un raid solitaire de 176 km, sur un tracé présentant 2 900 m de dénivelé positif.

Et si ce raid était justement un aperçu de la course que le Néerlandais voudra mener ? Il est clair que si les principaux favoris se font la guerre à chaque passage dans la côte, il sera obligé de les laisser partir à un moment. Mais s’il décide d’anticiper d’assez loin, sera-t-il immédiatement suivi par ces mêmes favoris ? Pas sûr, et c’est en cela qu’il pourrait réaliser un gros coup. Sur le papier, je ne pense pas que le tracé soit trop dur pour lui, mais le rythme des favoris pourrait effectivement le sortir du jeu. C’est pour cela que je pense qu’il maximiserait ses chances de résultat en étant offensif, et en dictant le rythme de sa propre course.

Après un transfert plus que réussi chez Q36.5 l’année dernière, Pidcock avait démarré sa saison 2026 avec de grandes ambitions. Tout partait bien, au point de le voir en mesure d’accrocher Pogacar sur Milan-Sanremo, seulement battu au sprint par le Slovène. Mais sa lourde chute sur le Tour de Catalogne est venue perturber la suite de sa saison. Il a pris le départ du Tour en juillet, conclu à la 9e place, sans jamais peser au classement général. Une déception après son podium sur la Vuelta 2025.

Plus récemment, il était aussi du déplacement sur les deux courses canadiennes, et a terminé par deux fois dans le top 10. Sur le papier, le tracé de Montréal lui convient très bien, mais il a semblé assez clair qu’il n’était pas au niveau pour rivaliser avec Seixas et Del Toro lors de la répétition générale. Si sa condition physique ne s’améliore pas d’ici dimanche, lui non plus ne pourra pas se permettre de se laisser dicter le rythme de course s’il veut espérer lever les bras sur la ligne : il lui faudra certainement prendre les devants. En revanche, si nous retrouvons l’homme capable d’accrocher Pogacar dans la Cipressa et le Poggio, alors il aura son mot à dire à la pédale. Lui aussi dispose d’un bon kick, indispensable en cas d’arrivée groupée.

Les USA se présenteront au départ avec de grandes ambitions. L’équipe est compétitive, avec notamment ce qui semble être leurs deux plus grandes chances de médaille : Simmons et McNulty. McNulty l’a prouvé l’année passée en s’imposant à Montréal, un circuit qui lui convient et qu’il apprécie. Simmons y a pris la 3e place en 2025, et la 4e en 2026. Comme c’est le cas pour beaucoup de coureurs, les deux Américains devront absolument anticiper les débats pour maximiser leurs chances de ramener un résultat. Et cela ne devrait pas les déranger, tant ils comptent parmi les plus gros moteurs du peloton. Dans la côte, ils ne feront pas le poids face aux favoris à la pédale, mais attention à ne pas leur laisser un trop gros coup d’avance, car ils pourraient être très difficiles à revoir.

Simmons a vraiment fait de ces longues échappées sa spécialité : c’est un coureur doté d’une capacité de résistance inouïe. Il suffit de se rappeler sa performance hors norme sur le Lombardia 2025 pour s’en convaincre. Ce jour-là, il avait été le premier à attaquer, dès le départ de la course, et le dernier à être repris par Pogacar, avant de terminer son aventure à la 4e place. Un coureur complet, qui n’a pas peur des raids solitaires. Attention à lui.

L’Italie va aligner son équipe la plus compétitive sur un championnat du monde depuis longtemps. À la vue de l’effectif, elle est indéniablement l’une des nations avec le plus de profondeur. Le vrai point négatif est que, malgré la qualité de ses coureurs, elle ne possède pas un homme réalistiquement en mesure d’aller chercher la victoire à la pédale, face à Evenepoel, Seixas ou Del Toro. Mais est-ce que cela ne serait pas un mal pour un bien ?

Ciccone, Pellizzari, Scaroni et même Piganzoli ont récemment montré être en très bonne forme, et tous devraient apprécier le parcours. Ne pas avoir de leader unique, même si Ciccone semble peut-être émerger un peu plus, offrira de nombreuses options à l’Italie. Ils n’auront pas à contrôler la course, mais devront se glisser dans toutes les attaques, voire les provoquer, pour toujours avoir un coup d’avance.

La question que je me pose est de savoir s’il sera demandé à Ciccone de rester au contact des leaders le plus longtemps possible, ou bien si lui aussi sera libre. Après l’avoir vu à Montréal, il semble évident qu’il ne pourra pas suivre les meilleurs jusqu’au bout lorsqu’ils attaqueront. Mais il est aussi celui qui a montré le plus de garanties sur les très longues courses vallonnées : 3e du Lombardia 2024 derrière Pogacar et Evenepoel, 2e de LBL 2025 derrière Pogacar, et 6e des Mondiaux 2025. S’ils jouent correctement leurs cartes, les Italiens seront des outsiders très dangereux avec une chance de ramener une médaille.

Après une année 2025 exceptionnelle, Healy est apparu très loin de ses standards en 2026. Inexistant, ou ne pesant que très peu sur les courses, je ne pensais pas le citer ici initialement. Sa récente performance sur le GP de Montréal m’a fait changer d’avis : il a enfin commencé à ressembler au Ben Healy de la saison passée. Alors, réveil trop tardif ou pile dans les temps ? Je penche pour la deuxième solution. Avec deux semaines en plus pour parfaire sa condition, je pense qu’il répondra présent lors de ces championnats du monde, sur un parcours qui va lui aller à la perfection.

L’Irlandais est un adepte de ces courses éreintantes, vallonnées et punchy. Médaillé de bronze à Kigali, Healy fait évidemment partie des hommes en droit de rêver à l’or en l’absence de Pogacar. Son énorme point faible étant sa pointe de vitesse, le puncheur irlandais est condamné à arriver seul sur la ligne s’il veut s’imposer. Très résistant, à l’image de Simmons, il est lui aussi un adepte des longs raids, et devrait de nouveau nous gratifier d’un de ces numéros dont il a le secret.

Le duo Ayuso/Mas portera haut les espoirs de l’Espagne sur ces championnats du monde. Les deux auront connu une saison faite de hauts et de bas. Pour Ayuso, tout débutait parfaitement sous ses nouvelles couleurs, jusqu’à cette lourde chute sur Paris-Nice. En dessous des attentes sur le Tour de France, il aura tout de même terminé dans le top 10. Sur le papier, il doit apprécier le circuit de Montréal avec ses côtes punchy. Difficile de vraiment juger de sa forme malheureusement. Sa chute lors du GP de Québec a certainement conditionné son rôle d’équipier, deux jours plus tard à Montréal. Plus de peur que de mal, semble-t-il malgré tout.

Pour Mas, les choses sont allées de mieux en mieux au fil de la saison. Après un début d’année presque anonyme, il a terminé en apothéose en remportant la Vuelta, après avoir tant de fois fini sur le podium. Lors de ces 3 semaines, il a sorti ses meilleurs chiffres en montagne, signe que les jambes tournent bien. Ces dernières années, il a régulièrement performé sur les grosses classiques de fin de saison en sortie de Vuelta : 2e du Lombardia 2022 et 5e en 2024, 8e des championnats du monde en 2024. La vraie question est de savoir si le contrecoup de la victoire n’aura pas été trop fort, et s’il a pu maintenir son niveau de forme. Cependant, à la différence d’Ayuso, ce tracé semble loin d’être idéal pour lui. Son manque de punch pourrait bien être rédhibitoire en ce qui concerne ses chances de victoire, voire de podium.


Mes Choix

Je m’attends à ce que la France et la Belgique mettent un homme aux avant-postes sur les 100 premiers kilomètres, afin de contrôler gentiment le peloton. Je n’imagine pas de gros mouvement de course avant l’entrée sur le circuit, à un peu plus de 170 km de l’arrivée. À compter de ce moment-là, les choses sérieuses commenceront réellement.

Certains outsiders décideront de prendre les devants tôt dans la course, justement pour forcer Evenepoel et Seixas à cramer rapidement leurs équipiers et à s’isoler. Simmons, Healy, Van der Poel et les Italiens me semblent être les suspects idéaux pour commencer à décanter la course de loin, autour de 7 à 8 tours de l’arrivée. Je pense même que Van Aert pourrait lui-même se joindre à un second coup, qui partirait un peu après, forçant alors les Français à prendre seuls le contrôle de ce qui restera du peloton.

Une fois tous ses équipiers utilisés, Seixas n’aura d’autre choix que d’attaquer, emmenant a minima Evenepoel et Del Toro dans sa roue. Evenepoel pourrait profiter de la présence de Van Aert aux avant-postes pour s’économiser, et laisser le Français et le Mexicain faire une partie du travail. Dans une course devenue presque incontrôlable, les différents groupes auront explosé, et les 3 favoris reprendront les différents groupes un à un, jusqu’au moment où, comme lors du GP de Montréal, Seixas et Del Toro fausseront compagnie à Evenepoel pour reprendre Simmons, dernier rescapé de ce qui constituait la première échappée du circuit. Del Toro s’imposera au terme de ce sprint à 3, devant Simmons et Seixas.


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