
Présentation de la Course
Cette 119ᵉ édition du Tour de Lombardie reprendra le même tracé que les éditions 2021 et 2023, avec un départ donné à Côme et une arrivée jugée à Bergame. Avec ses 240 km et près de 4 800 mètres de dénivelé positif, le Lombardie sera, comme à son habitude, le cinquième et dernier monument de la saison cycliste.
Le Parcours
Les coureurs entreront rapidement dans le vif du sujet avec la première ascension du jour. La Madonna del Ghisallo, abordée depuis Asso, avant de plonger dans la descente en direction de Bellagio.

Ils longeront ensuite le lac de Côme vers le sud sur un peu plus de 25 km et devront franchir une courte côte non répertoriée de 3.7 km à 5.5 % à la sortie de Calolziocorte, avant de retrouver la plaine sur une quinzaine de kilomètres. Ils atteindront ensuite Almenno San Bartolomeo, où sera situé le pied de la deuxième ascension de la journée : la Roncola Alta.

Cette ascension sera longue de 9.4 km à 6.6 % de moyenne, avec un pied et un sommet beaucoup plus roulants. La partie centrale sera la plus difficile, avec des pourcentages oscillant entre 8 et 9 %.
Le sommet sera suivi de 5 km en faux-plat montant, avant la longue descente vers Ponte Giurino. Immédiatement après, les coureurs attaqueront la troisième ascension répertoriée, la montée de Berbenno. Longue de 7 km à 4.5 % de moyenne, avec une pente régulière et des pourcentages abordables.

S’ensuivra une descente d’une dizaine de kilomètres, puis une portion de plaine aussi longue jusqu’à San Pellegrino Terme, où débutera la quatrième ascension de la journée : le Passo della Crocetta. Au sommet, une section vallonnée mènera directement à la Zambla Alta, ascension suivante du parcours.

Les coureurs retrouveront ensuite une longue descente de 14 km pour revenir dans la plaine. Attention aux 7 premiers kilomètres de la descente, sinueux et techniques.
Une ligne droite de 9 km en faux-plat descendant mènera à Gazzaniga, au pied du Passo di Ganda, dernière ascension du jour, affichant 9.2 km à 7.3 % de moyenne. Les 6.5 premiers kilomètres restent roulants, mais après Orezzo, la route devient étroite et pentue, avec 9.8 % de moyenne sur les 3 derniers kilomètres et un passage à 15 % dans le dernier kilomètre.

Le sommet sera suivi d’une portion valonnée avant la descente technique de Selvino.

Après la descente, une portion de plaine d’environ 10 km, presque en ligne droite, mènera à l’entrée de Bergame.
Avant l’arrivée, il restera la dernière difficulté : le Bergamo Alta. Courte mais pentue, avec une section pavée de 300 m après la porte Garibaldi.

La pente moyenne avoisine 8 % sur les 800 premiers mètres, avec un maximum à 12 %, avant de s’adoucir sur les 400 derniers mètres.


Passer au sommet avec un petit avantage pourrait suffire pour la victoire. La descente suivante de 2.5 km précède les 7 derniers hectomètres de plat jusqu’à la ligne d’arrivée.
Météo
Il fera beau demain, et les températures devraient être agréables, légèrement inférieures à 20°. Le vent soufflera en provenance du sud/sud-ouest en fin d’après-midi. Cela donnera donc un vent majoritairement défavorable du pied du Passo di Ganda jusqu’à l’arrivée. Le vent est cependant annoncé à 5 km/h, il ne devrait donc pas avoir une grande influence sur le scénario de la course.
Le Scenario
Avec un tracé identique aux éditions 2021 et 2023, difficile de s’attendre à des surprises concernant le scénario. Une nouvelle fois, le Passo di Ganda, et plus précisément ses kilomètres les plus pentus, devrait être le lieu où la course finira de se décanter.
C’est ici, à chaque occasion, que Pogacar a placé ses attaques. En 2021, il s’était isolé avant d’être rejoint par Masnada dans la descente. En 2023, il n’avait pas réussi à décrocher le groupe, mais avait creusé dans la descente pour ne jamais être revu.
Certains pourraient être tentés d’anticiper les débats. Malheureusement, la force du team UAE devraient condamner ce genre d’initiative et bloquer la course jusqu’au Passo di Ganda.
Les Prétendants

Pogacar s’avance évidemment comme le grand favori à sa propre succession. Il a l’occasion de rentrer un peu plus dans l’histoire, en devenant non seulement codétenteur du plus grand nombre de Lombardie remportés, mais surtout le seul à le faire cinq fois d’affilée. La forme du moment est excellente : ses victoires aux championnats du monde et aux championnats d’Europe en sont la preuve. Mais il disposera en plus d’une équipe cinq étoiles. UAE sort l’artillerie lourde pour accompagner son leader vers un nouveau succès.
Lors des championnats du monde et des championnats d’Europe, seuls deux hommes ont un temps réussi à accompagner Pogacar lors de ses attaques. Et parmi ces deux hommes, l’un se trouve être son équipier, Del Toro. Le Mexicain réalise une saison exceptionnelle, notamment cette fin d’année, avec un enchaînement solide sur les classiques italiennes. Encore victorieux en solitaire jeudi, la forme est toujours au rendez-vous. Lorsque Pogacar attaquera dans le Passo di Ganda, il y a fort à parier qu’on lui demandera de contrôler et de désorganiser la chasse derrière. Ce rôle lui permettra de s’économiser et, pourquoi pas, de viser lui aussi un bon résultat.

Comme sur les championnats du monde et les championnats d’Europe, le deuxième homme sur ce Tour de Lombardie devrait très certainement être Evenepoel. Le Belge n’aura une nouvelle fois pas réussi à tenir la roue de Pogacar. Sur les championnats du monde, il y avait eu ce problème de selle qui avait impacté sa course, mais aucune excuse sur les championnats d’Europe. Le Slovène est encore un ton au-dessus du Belge. Difficile d’imaginer que la tendance s’inverse en à peine une semaine. Evenepoel devrait céder, à un moment ou un autre, sur l’attaque de son adversaire.
Il ne faudra pas qu’il commette, à nouveau, l’erreur d’attendre du soutien de ses rivaux, car soit il ne viendra pas, soit ils ne seront pas en mesure de l’aider à reprendre du temps à Pogacar. Il sera intéressant de voir s’il ne bascule pas trop loin et s’il sera capable de combler son retard dans la plaine.

Paul Seixas aura évidemment été l’attraction des derniers championnats d’Europe. À à peine 19 ans, le jeune Français est monté sur la troisième marche du podium, seulement précédé par Pogacar et Evenepoel. Excusez du peu. La forme qu’il affiche en cette fin de saison est excellente. Il a certes souffert à Kigali, sur une course beaucoup plus longue et sélective, mais il sera intéressant de voir ce dont il sera capable sur ce Tour de Lombardie.
Même s’il semble évident qu’il n’est pas encore au niveau des deux de devant, il paraît tout à fait probable de l’imaginer se battre pour une belle place finale. Et pourquoi pas même pour la dernière marche du podium, si un petit groupe venait à se former derrière les deux solos Evenepoel et Pogacar.

Skjelmose a réalisé une très bonne fin de saison. Il aura longtemps été un prétendant au podium avant de devoir céder sous les coups de Healy sur les championnats du Monde. Il est également entré dans le top 10 des championnats d’Europe. Très bon grimpeur et en grande forme, il semble particulièrement résistant sur les longues courses vallonnées. Il devra capitaliser sur sa condition du moment pour tenter d’aller chercher une nouvelle belle place demain. Attention toutefois à ne pas se brûler les ailes en essayant de suivre Pogacar et Evenepoel lorsque le Slovène passera à l’attaque. Le danois semble très bien sentir la course de manière générale. C’est notamment ce qui lui avait permis d’aller chercher une victoire de prestige sur l’Amstel, plus tôt dans l’année.

Pidcock aura longtemps été dans le coup sur les championnats du monde à Kigali, avant de totalement exploser du groupe Evenepoel, terminant 10ᵉ à plus de neuf minutes au final. Le Tour de Lombardie est construit différemment de la course des mondiaux, et sa capacité à jouer les premiers rôles dépendra de la manière dont seront abordées les ascensions précédant le Passo di Ganda.
Il ne devrait évidemment pas être en mesure de suivre Evenepoel et Pogacar, mais il devrait selon toute vraisemblance faire partie du petit groupe qui se formera derrière eux. Le punch qu’il a montré dernièrement lui sera très utile une fois à Bergame. On peut l’imaginer tenter d’attaquer dans le Bergamo Alta pour se défaire de ses compagnons de chasse, ou même essayer d’aller décrocher une place au sprint derrière.

Healy a pris le départ des deux dernières éditions du Tour de Lombardie, sans toutefois parvenir à y réaliser de gros résultats. Étonnant, tant on le sait adepte des parcours difficiles et exigeants. Il a encore prouvé, lors des championnats du monde de Kigali, quel excellent coureur il était, mais surtout, dans quelle forme il se trouve.
Lui non plus ne devrait pas être en mesure de suivre les deux favoris, mais il fait figure de prétendant naturel au groupe de chasse. Son problème restera le même : son manque de pointe de vitesse pourrait l’empêcher de jouer le podium. Si le groupe de chasse arrive ensemble sur Bergame, il devra miser sur une attaque en solitaire. Une option tout à fait envisageable dans la portion de plaine, surtout si l’entente derrière n’est pas bonne. On le sait, il est particulièrement fort pour se créer ce type d’opportunités.
Mes Choix
Avec ce que Pogacar montre depuis deux ans, et plus récemment sur ses dernières courses, difficile d’imaginer que quelqu’un soit en mesure de le suivre au moment de son démarrage. Derrière, il faudra que le groupe de chasse s’entende s’il veut espérer maintenir un espoir de revoir le Slovène avant l’arrivée.
Il est presque certain qu’Evenepoel tentera de nouveau de suivre Pogacar. Est-ce que l’écart entre les deux s’est vraiment resserré ? Si cela est peut-être vrai sur des efforts courts, il n’en demeure pas moins toujours inférieur sur les efforts longs. Le Passo di Ganda est suffisamment long pour permettre à Pogacar d’asphyxier Evenepoel lors de son attaque et de creuser l’écart avant la descente. Une descente dans laquelle il devrait continuer à prendre de l’avance, étant plus à l’aise sur le vélo que le Belge.
La tendance pourrait s’inverser sur la portion de plaine entre le pied de la descente et l’entrée de Bergame, mais sans doute pas suffisamment pour qu’Evenepoel puisse espérer rentrer sur Pogacar. Il existe néanmoins une possibilité : celle que Del Toro puisse revenir sur Evenepoel. On l’a vu lors des championnats d’Europe, en tentant de suivre Pogacar le Belge s’était peut-être un peu mis dans le rouge et avait dû lever le pied. Cela avait permis non seulement à Seixas, mais aussi à Ayuso et même à Scaroni, de revenir sur lui dans l’ascension de Saint-Romain-de-Lerps.
Et si ce scénario se produisait de nouveau samedi, avec cette fois-ci Del Toro dans le rôle de l’homme rentrant sur Evenepoel ? Il ne participera évidemment pas à la chasse, mais le Belge n’aura d’autre choix que de rouler s’il veut encore espérer la victoire. Il pourrait alors emmener sur un plateau le Mexicain jusqu’au podium de ce Tour de Lombardie. Même si Del Toro basculait avec un léger retard sur Evenepoel au sommet du Passo di Ganda, ses talents de descendeur devraient lui permettre de combler tout ou partie de ce retard. Je l’imagine donc prendre une place sur le podium, aux côtés de Pogacar et Evenepoel.

