

Le dernier tiers de cette 12ᵉ étape verra les meilleurs grimpeurs de ce Tour émerger dans les Pyrénées, avec l’enchaînement Soulor / Hautacam. Le retour d’Hautacam, trois ans après la démonstration de Van Aert et Vingegaard, sera un petit événement de ce Tour de France.
Le Parcours
Cette douzième étape peut clairement être divisée en deux grandes parties. Les 120 premiers kilomètres ne présenteront quasiment aucune difficulté, si ce n’est la première ascension répertoriée du jour, qui devrait avoir peu d’influence sur le scénario de la course.
En revanche, les 60 derniers kilomètres seront d’une toute autre nature. Les coureurs aborderont d’abord le col du Soulor, avant de basculer en direction d’Arrens. Ils trouveront sur leur chemin une descente sinueuse longue de 7.5 km.


Ils enchaîneront presque immédiatement avec la seconde difficulté répertoriée de la journée.

La descente du col des Bordères sera plus longue que celle du Soulor, mais se fera en deux temps, avec une courte côte qui viendra la couper en son milieu.

Une fois arrivés à Argelès-Gazost, les coureurs n’auront qu’une courte transition d’à peine trois kilomètres avant de se retrouver au pied de la dernière difficulté de la journée, et non des moindres : l’ascension d’Hautacam.

Météo
Il fera de nouveau beau et chaud demain pour cette douzième étape. La température devrait excéder les 30 °C dans la plaine, mais elle baissera progressivement à mesure que les coureurs prendront de l’altitude, pour tomber sous les 23 °C.
Le vent soufflera du Nord / Nord-est et poussera les coureurs sur les 120 premiers kilomètres. Une bonne partie de l’ascension du Soulor se fera également avec un vent portant.
Le vent sera de face dans la descente du col des Bordères jusqu’à Argelès-Gazost.
L’ascension vers Hautacam se fera en revanche avec un vent de côté ou de face en fonction des virages. La force du vent restera modérée malgré tout, environ 12km/h en moyenne.
Le Scenario
Enfin, le premier vrai test en haute montagne pour les coureurs du Tour de France. Du côté de UAE, les coéquipiers de Pogacar l’avaient annoncé : le Slovène veut prendre sa revanche à Hautacam. En 2022, il avait en effet cédé sous le rythme infernal de Wout van Aert, alors porteur du Maillot Vert, qui avait permis à Vingegaard de prendre son envol et de distancer le Slovène.
La perte d’Almeida est un gros coup dur, mais cela empêchera-t-il UAE de prendre les commandes du peloton ? On peut aussi imaginer que Visma voudra imposer un rythme infernal dès le col du Soulor, pour deux raisons.
La première : Vingegaard et son staff le répètent, ils veulent tenter par tous les moyens de fatiguer Pogacar et de le pousser dans ses retranchements, seule chance, selon eux, de pouvoir le battre. S’ils attendent Hautacam et forcent une course de côte, cette stratégie ne paiera probablement pas.
La seconde raison est que ses adversaires doivent absolument tester le Slovène après sa lourde chute de la veille. Elle semble être à première vue sans conséquence, mais entre 24 et 48 heures après une chute, des séquelles peuvent encore être présentes et l’handicaper grandement dans ses performances.
Les Prétendants

Ce n’est pas un secret : Pogacar vise cette étape. Cependant, après l’abandon forcé d’Almeida, le Slovène a déclaré que l’équipe devait revoir ses plans, notamment en montagne. Est-ce que cela signifie que UAE ne roulera pas pour la victoire demain ? J’en doute.
Après sa chute, s’il est en condition, le Slovène voudra envoyer un message : laver l’affront subi en 2022 et mettre encore plus de temps entre lui et ses adversaires dès la première véritable échéance montagneuse.
Je m’attends donc à ce que UAE prenne les choses en main assez tôt, pour s’assurer qu’une échappée sans coureur satellite de la Visma ne puisse partir. Le rythme sera élevé dès le col du Soulor, et Visma pourrait même y contribuer.
Si Sivakov est toujours malade, ce sera un gros problème pour Pogacar. Il faudra alors compter sur un retour en forme d’Adam Yates, que nous n’avons toujours pas vu jusqu’ici. C’est le jour où le Britannique doit absolument hausser le niveau, au risque de voir son leader se retrouver isolé assez vite.
Les conséquences de la chute d’hier rendent l’issue de l’étape un peu plus incertaine, mais au vu de ses premières déclarations, je continue de faire de Pogacar mon favori pour la victoire.

Je m’attends à ce que Visma impose un rythme très élevé dans cette étape, peut-être même dès la portion de plat, afin de contrôler l’échappée et de durcir la course avant même le pied du col du Soulor. Dans les ascensions, ils ne faibliront pas, et mettront tout en œuvre pour isoler Pogacar et le mettre en difficulté. Le staff l’a dit, l’équipe mise sur le fait que Vingegaard a démontré une excellente capacité de récupération, surtout lors des étapes courues sous la chaleur. Un élément qui lui a permis de prendre le dessus sur Pogacar en 2022 et 2023.
On a vu régulièrement Jorgenson tenter d’attaquer, et ce qui est frappant, c’est que Pogacar lui-même saute systématiquement dans sa roue. Des attaques assez peu tranchantes, l’Américain n’étant pas le coureur le plus explosif, mais cela montre bien que le Slovène ne veut lui laisser aucun espace.
Demain, je m’attends à ce que Jorgenson attaque de nouveau pour faire monter la pression sur Pogacar, avant de laisser la main à Vingegaard.
Est-ce que le Danois réussira à sortir vainqueur du mano a mano avec le Slovène, chose qu’il n’a plus réussie depuis le Tour 2023 ? Réponse demain.

La Red Bull n’a pas connu un début de Tour de France exceptionnel, loin de là même. Le seul point positif étant peut-être le bon chrono de Lipowitz. Et l’Allemand va enfin arriver sur un terrain qui lui convient. Assez peu punchy, ses dix premiers jours n’étaient pas vraiment taillés pour lui, à la différence de ces étapes où les cols vont s’enchaîner.
Nous l’avons vu, il était le troisième homme sur le Dauphiné, et il a certainement l’espoir de le devenir aussi sur le Tour de France. Je ne pense pas qu’il roulera, et encore moins qu’il se sacrifiera pour Roglic. J’imagine plutôt les deux faire leur course chacun de leur côté, et la route décidera de qui sera leader ce week-end.
Ces trois étapes dans les Pyrénées seront décisives pour le leadership au sein de l’équipe. Je ne sais pas à quoi m’attendre de Roglic demain. Dans ses grands jours, il devrait se battre pour la troisième place ici. Mais depuis le départ de ce Tour de France, on a pu le sentir peut-être un peu moins concerné, en tout cas moins concentré, et souvent pris à revers dans les cassures.
Ce qui est aussi assez inquiétant, c’est son manque de punch sur les dix premiers jours, sur des étapes qui auraient dû lui convenir, mais sur lesquelles il n’a jamais pesé. À voir donc si l’arrivée dans la montagne lui sera bénéfique, ou si son Tour de France continuera sur la même lancée que depuis le départ.

D’après Evenepoel et son staff, le Belge aurait perdu plus de poids que l’année dernière afin de préparer les échéances montagneuses. Cela s’est surtout traduit par une grosse perte de punch pour le moment, ce qui était pourtant devenu une vraie arme chez lui lors des deux ou trois dernières saisons.
De mon côté, je suis un peu inquiet justement à cause de cette perte de poids, qui pourrait finalement s’avérer plus handicapante qu’autre chose. L’étape de demain apportera des réponses quant à sa forme. Je ne me prononcerai pas à l’avance, mais je reste assez sceptique, surtout vu ce qu’il a montré sur le Dauphiné. Il était bien loin de la forme affichée lors du Tour 2024, alors qu’il affirmait être arrivé sur ce même Dauphiné avec les mêmes jambes que sur le Tour.
Espérons pour lui qu’il ait comblé ce gros déficit afin de pouvoir jouer ses chances pour le podium demain, et à Paris.
Il lui sera certainement impossible de suivre Vingegaard et Pogacar, et je pense qu’il ne devrait même pas essayer de calquer sa course sur eux.
Mes Choix
Premier duel en montagne demain entre Pogacar et Vingegaard. Le Danois accuse près d’1 minute 20 de retard sur le Slovène, en grande partie à cause de son contre-la-montre manqué lors de la cinquième étape. Je pense qu’UAE et Visma auront une approche similaire dans le contrôle de l’étape, avec des objectifs différents : UAE pour jouer la victoire, Visma pour tenter d’isoler Pogacar le plus tôt possible et le fatiguer.
Une fois cela fait, et le peloton réduit à quelques unités seulement, nous devrions voir les premières attaques dans Hautacam. J’imagine que Jorgenson sera le premier à lancer les hostilités. On l’a vu, Pogacar saute immédiatement dans sa roue. Le problème, c’est que ses attaques sont téléphonées et peu explosives, ce qui permet au Slovène de les suivre sans difficulté. Cela pourrait tout de même permettre à Vingegaard de contrer, et j’imagine les deux favoris s’isoler.
Pogacar pourrait aussi choisir d’attaquer en premier pour forcer ce duel, un mano-à-mano dans lequel il aurait davantage de chances de s’imposer. On l’a vu : Vingegaard semble avoir comblé une partie de son retard sur Pogacar par rapport à ce que l’on a observé sur le Dauphiné. Mais cela s’est produit sur des efforts relativement courts, où il a pu suivre le Slovène tout en semblant, à deux reprises, légèrement craquer juste avant que Pogacar ne soit lui aussi forcé de se rasseoir.
Le problème demain ne sera pas de suivre l’accélération de Pogacar, si elle survient, mais bien de tenir sa roue une fois qu’il aura trouvé son rythme de croisière. Ce n’est pas la même chose de suivre une attaque de vingt secondes juste avant le sommet d’une côte, que de devoir soutenir un effort prolongé à haute intensité sur plusieurs kilomètres.
S’il n’est pas trop handicapé par sa chute et ses éventuelles douleurs, je pense que Pogacar s’imposera en solitaire au sommet de d’Hautacam. Vingegaard prendra la deuxième place.
Pour la troisième, les choses me paraissent plus ouvertes. Comme je l’ai dit, je suis assez sceptique sur le niveau d’Evenepoel, et je ne serais pas étonné qu’il ne soit pas le troisième homme de ce Tour de France. L’étape et l’avenir me donneront peut-être tort, mais pour demain, je vais placer Lipowitz sur la troisième marche du podium. L’allemand trouvera un terrain à sa convenance et n’a surtout pas froid aux yeux lorsqu’ils s’agit d’attaquer.
