

Un contre-la-montre de 46 kilomètres, légèrement plus court que celui de Glasgow, mais une distance tout à fait acceptable pour une épreuve mondiale. Evenepoel sera évidemment au départ pour défendre son titre sur un parcours taillé pour les purs spécialistes.
Le Parcours
Les coureurs s’élanceront près du vélodrome de Zurich pour ce contre-la-montre. Un chrono qui va se décomposer en 3 temps distincts.
Première partie

Après 200 mètres de course, les coureurs emprunteront la Tramstrasse, qui les mènera à un virage à angle droit au bout de 1.3 km. Le prochain virage ne se présentera qu’un kilomètre plus loin, offrant une section relativement droite. Par la suite, la route va légèrement onduler, sans difficultés particulières, sur les 3.8 kilomètres qui suivront.
Au kilomètre 6, les coureurs devront négocier un double rond-point, ce qui marquera la première véritable complexité du parcours.




Les coureurs poursuivront leur progression sans rencontrer d’obstacles jusqu’au rond-point en dévers situé au kilomètre 8.9. Les 7.7 kilomètres qui suivront seront une section idéale pour les gros rouleurs, leur permettant de déployer toute leur puissance.
Sur cette portion plate longeant le lac de Greifen, aucun obstacle ne viendra perturber leur rythme jusqu’au kilomètre 16.6, où une série de virages droite-gauche marquera une transition plus technique du parcours.



Les 4.3 kilomètres qui suivront resteront relativement peu techniques, à l’image de la première moitié de ce contre-la-montre. Les coureurs devront négocier deux virages successifs dans la commune de Mönchaltorf, situés respectivement aux kilomètres 18.8 et 18.9.
Ensuite, à l’arrivée au kilomètre 21, un virage à droite marquera le début de la deuxième partie du parcours, plus vallonnée et où le terrain se fera plus exigeant.



La Portion vallonnée

La portion vallonnée débutera par une courte côte de 800 mètres à 5.7 % de moyenne. Ce repecho sera suivi d’un replat d’un peu moins de 2 kilomètres, permettant aux coureurs de reprendre souffler légèrement avant d’aborder la principale difficulté du parcours.
Cette ascension de 2.8 km à 4.7 % de moyenne ne posera pas de problème majeur. Elle sera interrompue par deux sections de replat après 900 mètres puis 1.7 km d’ascension. Avec des pourcentages relativement faibles qui ne dépasseront presque pas les 6 %, les meilleurs rouleurs pourront sans doute maintenir leur position aérodynamique tout au long de la montée.
La descente qui suivra, bien que courte (2 kilomètres), sera parsemée de légères ondulations, notamment en traversant Uetikon am See, ajoutant une touche technique à cette portion.

Au kilomètre 28.8, la descente prendra fin, marquant le début d’une nouvelle portion vallonnée. Les coureurs devront immédiatement affronter une courte côte de 600 mètres à environ 6,5 % de moyenne. Après ce premier effort, un court replat leur permettra de récupérer avant de gravir un dernier repecho de 300 mètres à 7 % de moyenne.
Le parcours continuera d’onduler légèrement, sans grandes difficultés, avant que les coureurs n’entament une descente raide mais peu technique. Cette descente les ramènera le long du lac de Zurich, au kilomètre 34, où les derniers kilomètres s’annoncent plus roulants.

Retour vers Zurich

Après avoir affronté la portion la plus difficile du parcours, les coureurs seront récompensés par une fin beaucoup plus simple. Les 12 derniers kilomètres seront quasiment en ligne droite, avec seulement quelques légères courbes à négocier, et un terrain plat. Un final idéal pour les spécialistes du contre-la-montre, qui pourront faire parler toute leur puissance sur cette section rapide.
Météo
Les conditions climatiques devraient être à peu de choses près identiques pour les coureurs demain. Un vent assez faible (environ 5km/h) en provenance du nord-ouest. Favorable sur la la première partie, de côté dans la partie vallonnée et de face sur les 12 derniers kilomètres.
Les Prétendants

Remco Evenepoel s’élancera ce dimanche pour défendre son titre de champion du monde, acquis l’année dernière en Écosse. Le Belge a réalisé une saison exceptionnelle, malgré une lourde chute au Pays Basque qui aurait pu avoir des conséquences bien plus graves.
Après sa troisième place sur le Tour et une victoire lors du premier contre-la-montre, Evenepoel a accompli un exploit inédit : remporter à la fois le titre olympique en contre-la-montre et l’épreuve en ligne. Ce double triomphe l’a propulsé un peu plus dans la légende à seulement 24 ans.
En 2024, Evenepoel a pris un ascendant définitif sur Filippo Ganna faisant de lui, sans conteste, le meilleur rouleur du monde.
Il a participé à six contre-la-montre cette année, avec un bilan impressionnant : quatre victoires, une troisième place et une quatrième place à l’Itzulia, où il a chuté en début de parcours. Lors des deux seules fois où il a été battu, le terrain favorisait plus ses adversaires : un effort court et punchy sur l’Itzulia face à Roglic, et un contre-la-montre vallonné en fin de Tour contre Pogacar et Vingegaard. Sur des terrains plus adaptés à ses qualités, il a été intraitable, comme aux Jeux Olympiques, où il n’a laissé aucune chance à Filippo Ganna.
Le parcours de Zurich, quant à lui, semble taillé pour les pur rouleurs. Il est peu technique et est légèrement vallonné, favorisant les capacités de Remco. Les descentes, bien que potentiellement les seules sections où il pourrait concéder un peu de temps, sont relativement courtes et ne devraient pas lui poser de gros problèmes.

Ganna a vécu une saison 2024 difficile, marquée par des hauts et des bas. Dès l’hiver, sa préparation a été perturbée par des problèmes physique, et il lui a fallu plusieurs semaines pour atteindre un niveau compétitif. Il avait planifié sa saison autour de deux objectifs majeurs : le Giro et les Jeux Olympiques.
Sur le Giro, Ganna a réussi à s’imposer lors du deuxième contre-la-montre, échouant de peu sur le premier, qui se terminait par une montée, face à Pogacar. Cependant, c’est aux JO que ses ambitions ont pris un coup. Il est passé à côté de son principal objectif, battu pour 15″ sur un parcours qui, sur le papier, était tracé pour lui. Derrière, il n’a pu décrocher que la médaille de bronze en poursuite par équipes sur piste, un résultat en deçà de ses attentes.
Dans les semaines qui ont suivi les JO, Ganna a semblé loin de son meilleur niveau. Physiquement à la peine et peut-être aussi mentalement affecté, il semblait accuser le coup d’une saison marquée par les sacrifices, notamment avec son choix de ne pas courir les classiques, en vue des JO. Cette décision, combinée à l’échec de son objectif olympique, a peut-être eu un impact plus important qu’imaginé sur son moral et ses performances.
Le retour de Ganna pour les championnats du monde a surpris beaucoup de monde. Participer au contre-la-montre individuel et à l’épreuve par équipe montre son envie de se rattraper et le fait qu’il se sente d’attaque, mais de nombreuses questions persistent quant à son niveau actuel. En pleine possession de ses moyens, Ganna serait un prétendant évident pour le podium, voire pour la victoire. Cependant, ses performances post-JO ont montré des signes de faiblesse, et il est difficile de prévoir dans quelle condition il se présentera aux mondiaux.
De plus, l’environnement chez INEOS Grenadiers ne semble pas propice à une préparation optimale pour une telle échéance, même s’il sera accompagné par l’équipe nationale à Zurich. L’équipe traverse une période compliquée, marquée par le départ de plusieurs membres clés, aussi bien des coureurs que du staff. Le départ le plus important est sans doute celui de Dan Bigham, « monsieur performance », qui a exprimé son mécontentement concernant un manque de moyens et de latitude pour exercer correctement son travail. Une situation préoccupante pour les coureurs qui peuvent sous-performer, mais plus grave encore pour l’équipe au global.
Avec ces incertitudes autour de sa forme et les difficultés internes de son équipe, il est difficile de savoir si Ganna sera en mesure de rivaliser avec Evenepoel dimanche.
L’Italie comptera aussi sur Affini, fraîchement couronné champion d’Europe. L’Italien est allé chercher une très belle victoire, profitant de l’absence des meilleurs dans l’exercice. Il réalise de très bons chronos sur cette deuxième moitié de saison, mais semble tout de même un ton en dessous de ce qui se fait de mieux dans l’exercice. Un top 5 serait un excellent résultat.

À domicile, la Suisse va bien évidemment compter sur ses deux meilleures cartes. La saison de Küng, en ce qui concerne les chronos, a également été marquée par des hauts et des bas. Le passage de Lapierre à Wilier a nécessité un travail sur le vélo de chrono et un temps d’adaptation. Champion national du chrono, il a ensuite obtenu une décevante huitième place aux JO avant de remporter le dernier chrono de la Vuelta, sans grande adversité. Alors que les planètes semblaient alignées pour que le Suisse décroche un troisième titre européen, il a été battu par Affini.
Il est difficile de le situer correctement dans la hiérarchie, même s’il apparaît bien en dessous du niveau affiché par Evenepoel et Ganna. Dans ses meilleurs jours, il devrait se battre pour la troisième place de ces championnats du monde. Le parcours lui convient plutôt bien, même si j’ai des doutes quant à la distance. Küng n’est entré dans le top 3 d’un chrono de plus de 40 km que deux fois en carrière (hors championnat national). Ces deux performances ont eu lieu sur le chrono des Nations, face à une adversité bien moins relevée. Si l’on regarde les chronos de plus de 45 km, il n’a réalisé que deux top 10 en carrière (dont une victoire sur le chrono des Nations).
Si je ne suis pas particulièrement confiant quant aux chances de Küng de terminer sur le podium, je le suis encore moins pour Bissegger. Il y a quelques saisons, le Suisse semblait être devenu le spécialiste des chronos courts. Cependant, depuis deux ans, ses résultats sont globalement assez décevants. En regardant ses performances sur des parcours de plus de 40 km, on ne trouve qu’un seul top 3, lors du chrono des Nations 2023. Ce jour-là, il est battu par Evenepoel et Tarling (excusez du peu), mais c’est un résultat assez isolé dans sa carrière. Difficile donc d’en tirer quelque chose de vraiment positif sur la durée, surtout au vu de ses performances en 2024.
Courir à domicile leur donnera certainement ce supplément d’âme qui leur permettra de surperformer, mais le podium me semble assez difficile à aller chercher.

Ce n’est plus une surprise pour personne, Tarling s’est imposé comme l’un des tout meilleurs dans l’exercice chronométré depuis deux ans. À seulement 19 ans, il avait déjà décroché un podium aux Championnats du Monde 2023, dans les traces d’un certain Evenepoel
Performant sur tout type de distance, les longs chronos ne posent aucun problème au Britannique. C’est même sur ces efforts qu’il semble le mieux exprimer son potentiel, comme en témoigne sa prestation lors d’une épreuve chronométrée de 80 km à l’été 2023 et ses résultats sur les chronos de plus de 40 km qu’il a déjà couru chez les pros.
Tarling a pris part à très peu de contre-la-montre cette année, avec une seule victoire lors de ses championnats nationaux. Battu par Evenepoel sur le Dauphiné, il termine aussi quatrième des JO, en partie à cause d’une crevaison en début de course. Cependant, sa performance lors du chrono en début de Vuelta a surpris : grand favori pour revêtir le premier maillot rouge, il ne prendra finalement que la 6e place, à 8″ de McNulty.
Un élément que j’avais remarqué avant le chrono des JO et qui semble s’être confirmé depuis concerne la difficulté de Tarling à accélérer dans les dernières sections de ses contre-la-montre, peu importe la distance. Cela s’est vu lors des Championnats du Monde 2023, des Championnats d’Europe, aux JO, et plus récemment lors du chrono de la Vuelta.
Ce manque de régularité dans la gestion de l’effort devient problématique principalement face aux meilleurs mondiaux comme Evenepoel et Ganna. Son niveau est si élevé par rapport au reste des concurrents en temps normal que cela n’a qu’un impact modéré avec eux. Sur les longues distances, s’il ne parvient pas à bien doser son effort tout au long du parcours, cela pourrait compromettre ses chances de remporter le titre mondial, surtout face à Evenepoel.

Après avoir marqué l’histoire en remportant sa quatrième Vuelta, Roglic sera bien présent aux championnats du monde, aligné aux côtés de Pogacar sur la course en ligne, mais aussi pour le contre-la-montre.
Ancien champion olympique de la discipline, le Slovène aurait sans doute préféré un parcours encore plus vallonné. Sur les portions planes, il risque d’afficher un déficit de puissance face à des spécialistes comme Evenepoel, Tarling et Ganna. Cependant, il pourra tenter de combler cet écart sur la section centrale, plus vallonnée, qui correspond mieux à ses qualités.
Je reste néanmoins incertain quant à sa capacité à déloger l’un des trois hommes du podium, si ceux-ci sont à leur meilleur niveau. Ganna, en revanche, semble loin de son meilleur état de forme cette saison. Si l’Italien n’est pas dans le coup, Roglic pourrait alors se glisser dans la lutte pour les places d’honneur.
Il devrait être dans la fenêtre parfaite pour profiter de la surcompensation en sortie de Vuelta. Cela s’est très rarement confirmé pour les coureurs lors d’un contre-la-montre mais plus sur les épreuves en ligne. Le dernier contre-exemple étant Evenepoel sur les JO, mais le belge est un coureur à part.

Les États-Unis arrivent avec deux belles cartes à jouer pour ce contre-la-montre. Tout d’abord, McNulty a réalisé une très bonne saison dans l’exercice chronométré, avec 4 victoires et une solide cinquième place aux JO. Il a même réussi à battre des spécialistes tels que Tarling, Küng et Van Aert lors du chrono d’ouverture de la Vuelta.
Bien qu’il ait peu de références sur les contre-la-montre longs de plus de 40 kilomètres, sa dernière performance notable remonte aux mondiaux 2023, où il a pris une impressionnante 4e place, juste derrière les trois intouchables. Malgré ses excellents résultats cette année, il semble difficile d’imaginer McNulty renverser la hiérarchie des favoris. Cependant, ces performances doivent lui donner la confiance nécessaire pour viser un nouveau top 5.
Sheffield est sans doute l’un des coureurs les plus frustrants à suivre sur un contre-la-montre. Doté d’un immense talent, il a cependant du mal à éviter les chutes, ce qui empêche souvent ses résultats de refléter son véritable niveau à la pédale. Ces chutes régulières lui coûtent cher, mais cela fait malheureusement partie du sport.
Sur un parcours peu technique, comme celui des Mondiaux, Sheffield devrait être en mesure de laisser parler sa puissance sans se soucier de ses problèmes habituels. Il a déjà prouvé, que ce soit sur le Tour d’Algarve ou lors du Giro (avant sa chute dans le final du deuxième chrono), qu’il est capable de rivaliser pour les places d’honneur. Battre des coureurs comme Evenepoel, Tarling ou Ganna semble toutefois être un défi trop ambitieux, mais un top 5 est un objectif tout à fait réaliste. Une défaillance d’un des favoris pourrait même ouvrir la porte à un podium pour l’Américain, qui figure parmi les outsiders sérieux.
Mes Choix
Evenepoel fait office d’immense favori demain et, à moins d’un problème, il semble difficile de voir qui serait en mesure de la battre. Tarling sera mon choix pour la seconde place du chrono. Très talentueux mais encore un ton en dessous de Remco, à la pédale je ne le pense pas en mesure de le battre. Enfin Sheffield pour compléter le top 3. Avec ce qu’il a montré dernièrement je suis très sceptique concernant les capacités de Ganna à terminer sur la boîte.
