

Ce jeudi 27 juillet aura lieu l’épreuve individuelle chronométrée des Jeux Olympiques. Il y a trois ans, Roglic remportait largement l’or olympique dans cette discipline, devançant Dumoulin et Dennis.
Le parcours proposé cette année sera bien différent de celui de Tokyo. Assez court avec ses 32.4 kilomètres, il sera aussi relativement plat, n’affichant que 150 mètres de dénivelé positif. Quelques virages autour du Bois de Vincennes, mais aussi et surtout de longues portions en ligne droite, ce parcours est tracé pour les plus purs spécialistes.
Le contre-la-montre individuel n’est une discipline olympique récurrente que depuis les Jeux d’Atlanta en 1996. Depuis cette date, cinq hommes ont été sacrés :
- Indurain (1996)
- Ekimov ( 2000 – 2004)
- Cancellara (2008 – 2016)
- Wiggins (2012)
- Roglic (2021)
Quoi qu’il arrive cette année, un 6e nom viendra s’ajouter à cette liste.
Le Parcours


Le départ de ce contre-la-montre sera donné depuis l’Esplanade des Invalides.
Après seulement 100 mètres, les coureurs aborderont le premier virage sur le Quai d’Orsay, avant de prendre à droite, 400 mètres plus loin, en direction du Boulevard Saint-Germain. S’ensuit une longue ligne droite de 3.8 km jusqu’au passage sur le Pont de Sully.




Après avoir traversé le pont, les coureurs fileront tout droit vers la Place de la Bastille, au km 4.7. Au km 5.1, ils quitteront la place via la rue de Lyon après avoir fait le tour de la Colonne de Juillet, avant de s’engager sur l’avenue Daumesnil.



Au km 6.8, les coureurs bifurqueront à droite sur la rue de Charenton, poursuivant jusqu’au km 8.5, où ils tourneront à gauche sur la rue de Gravelle. Au km 10.1, une nouvelle gauche les mènera sur l’Avenue de Saint-Maurice, direction le Parc Zoologique qu’ils longeront avant de négocier un virage en épingle à droite au km 11.4, les ramenant sur l’Avenue Daumesnil.






Au km 13.2, les coureurs atteindront le Château de Vincennes et l’esplanade Saint-Louis, avant de s’engager sur la route des Pyramides, une ligne droite de 2,5 km avec un rond-point à négocier au km 15.4. Au km 15.8, au niveau de l’entrée de l’hippodrome, les coureurs prendront à gauche au rond-point, cette fois pour emprunter l’avenue de Joinville jusqu’à Nogent-sur-Marne.




Au km 17.6, un virage à gauche les dirigera sur l’avenue de Nogent pour 2 km avant de bifurquer à droite en direction de Vincennes. Là, au km 20.3, ils tourneront à gauche avant un second virage au niveau de l’hôtel de ville au km 21.2. Un enchaînement droite-gauche sur 50 mètres au km 21.6 les mènera en direction du château et de l’esplanade Saint-Louis, au km 22.2.







Les coureurs resteront cette fois-ci sur l’Avenue des Minimes jusqu’au km 23.8 avant de prendre à gauche sur l’Avenue Gallieni. Cette longue ligne droite va les mener à la place de la Nation au km 25.4. Ils feront le tour de la place et s’élanceront rue du Faubourg Saint-Antoine, direction la place de la Bastille au km 27.6.




Après un dernier tour de la place, ils s’engageront sur l’Avenue Henri IV direction le Pont de Sully. Les 4.8 derniers kilomètres emprunteront le même tracé que les 5 premiers, à une différence près : sur le Quai d’Orsay, au lieu de tourner à gauche vers l’esplanade des Invalides, les coureurs iront à droite, direction le Pont Alexandre III où sera jugée l’arrivée.

Un parcours peu technique dans l’ensemble, offrant ainsi aux purs spécialistes l’opportunité de briller par leur puissance.
Météo
Les températures avoisineront les 20°C. La pluie est attendue dans la matinée et devrait persister au moins jusqu’en milieu d’après-midi. Plus les coureurs s’élanceront tard, plus ils auront de chances d’éviter la pluie et même d’espérer une chaussée en cours de séchage si les averses cessent.
Le vent sera relativement faible, soufflant entre 6 et 8 km/h, en provenance du nord / nord-est.
La Meilleure Approche
Les principaux prétendants sont assez facilement identifiables au départ de cette course. Cependant, il est intéressant de plonger un peu dans le passé pour comprendre quelle est la meilleure préparation avant une échéance telle qu’une épreuve contre-la-montre, que ce soit lors d’un championnat du monde ou des jeux olympiques.
JEUX OLYMPIQUES
En 2021, Roglic avait dû quitter les routes du Tour de France après une chute survenue au début de l’épreuve. Le Slovène abandonne au soir de la 8e étape, le 3 juillet. Vingt et un jours plus tard, il est au départ de la course en ligne où il ne prend qu’une timide 28e place. Quatre jours après, il devient champion olympique du contre-la-montre, devançant son dauphin de plus d’une minute.
En 2016, Fabian Cancellara avait abandonné le Tour de France au soir de la 17e étape, le 20 juillet, afin de se reposer et préparer les Jeux Olympiques au mieux. Un mois plus tard, il remporte le contre-la-montre olympique. Rohan Dennis avait suivi le même chemin, mais un problème avec son vélo le jour du contre-la-montre l’empêche de terminer sur le podium.
CHAMPIONNATS DU MONDE
En 2023, Evenepoel était en préparation pour la Vuelta et ne prend part qu’à deux courses entre le 25 juin et le 11 août, date du contre-la-montre. Ganna, son dauphin, adopte une approche différente en participant au Tour de Wallonie qu’il remporte deux semaines plus tôt, ainsi qu’aux mondiaux sur piste cinq jours avant l’épreuve chronométrée.
En 2022, Foss et son dauphin Küng suivent des parcours similaires à l’approche du championnat du monde de contre-la-montre, chacun participant à une course par étapes d’une semaine fin août puis à deux classiques début septembre. À l’inverse, Evenepoel venait tout juste de sortir de la Vuelta, qu’il venait de remporter. Ceci explique certainement qu’il ne prenne « que » la 3e place, à 9 secondes de Foss.
En 2021, Ganna a suivi un programme incluant le Tour de Norvège fin août, suivi des championnats d’Europe, dix jours avant la course chronométrée des championnats du Monde. Van Aert, après une longue pause post-JO, remporte le Tour of Britain sept jours avant le contre-la-montre, qu’il perdra pour seulement six secondes.
En 2020, une année particulière, la différence d’approche entre le vainqueur (Ganna) et le second (Van Aert) est notable. Ganna a pris part à Tirreno-Adriatico dix jours avant le contre-la-montre, tandis que Van Aert sortait du Tour de France, seulement cinq jours avant les mondiaux.
Il apparaît clair, du moins sur les dernières années, que la fraîcheur prime avant tout lorsqu’il s’agit d’un contre-la-montre. Entre deux concurrents de niveau similaire, ceux qui auront eu le plus d’occasions de se reposer, ou tout du moins, ceux qui auront fait le moins d’efforts prolongés à l’approche de l’épreuve, semblent avantagés. Là réside toute la différence avec l’épreuve en ligne, où le manque de fond se paye sur la longue distance.
Les Prétendants


Ganna a connu un début de saison assez compliqué, des problèmes physique l’ont tenu éloigné du vélo quelques semaines, gâchant sa préparation. Cela s’est très vite senti, notamment lors du chrono en Algarve où l’italien était très loin du compte. Du mieux sur Tirreno, battu seulement pour 1″ par un Ayuso stratosphérique.
Pippo a axé sa saison autour de deux grands axes : les deux chronos du Giro et les JO, où il veut chercher l’or sur le chrono mais aussi sur la piste. Il a même fait l’impasse sur les classiques dans cet optique. Concernant le Giro, il a subit la loi de Pogacar sur le premier c.l.m. Le slovène accusait 47″ de débours au pied de la côte et finir avec 17″ d’avance. Ce jour-là, ce n’est pas Ganna qui a été mauvais, il a même été très bon compte tenu de la difficulté dans le final. Il prend sa revanche logiquement quelques jours plus tard en collant 28″ à Pogacar sur le second chrono, plus plat cette fois-ci.
A Paris il trouvera un tracé parfaitement adapté à ses qualités de rouleur. Il est tout à fait capable d’encaisser du dénivelé, mais il pourra mieux s’exprimer sur un parcours plus plat comme celui proposé.
L’année dernière pour les championnats du Monde, il avait pris part à la poursuite par équipe ainsi qu’à la poursuite individuelle (pas à son programme jusqu’à la veille de l’évènement) avant de s’aligner sur le chrono. Cela avait forcément joué sur sa préparation. Pour les JO, les épreuves sur piste se dérouleront après les épreuves sur route, ce qui devrait lui permettre de mieux aborder cette échéance.
Un bémol à noter tout de même. Cette année, ce n’est pas Cioni qui l’accompagnera dans la voiture. L’homme qui l’a aidé et accompagné dans ses succès sera cette fois-ci en soutien de celui qui devrait être son principal rival : Joshua Tarling.

Il est indéniable que Tarling est LA sensation du contre-la-montre de ces deux dernières années. Le Britannique a impressionné dès sa première saison chez les professionnels en 2023, décrochant le bronze aux championnats du Monde avant de remporter l’or aux Championnats d’Europe un mois plus tard.
Le jeune Joshua est une véritable machine à rouler et est promis à dominer la discipline dans les années à venir. À seulement 20 ans, il s’est hissé dans le top 3 mondial, battant même Evenepoel lors du Chrono des Nations. Toutefois, il ne faut pas surinterpréter ce résultat obtenu lors d’un chrono de fin de saison. Le seul qu’il n’a pas encore battu reste Ganna.
Tarling a participé à peu de véritables contre-la-montre en compétition cette année. Il a remporté largement son championnat national et a été logiquement battu par Evenepoel lors du chrono du Dauphiné, sur un parcours vallonné.
Le parcours des JO lui permettra de déployer toute sa puissance, et il devrait être dans le match pour la victoire. Concernant le parcours en lui-même, il semble malgré tout ne pas l’apprécier plus que ça et aurait préféré un tracé plus sinueux pour lui convenir parfaitement.
Il ne serait pas surprenant qu’il soit en tête dès le premier intermédiaire. Cependant, un élément notable dans presque tous les chronos qu’il a disputés chez les pros est sa tendance à avoir du mal à accélérer en seconde moitié de parcours. Un élément bien évidemment à relativiser tant le coureur est une machine, mais c’est un point de comparaison intéressant avec d’autres spécialistes. Cela était le cas aux championnats du Monde et également lors des Championnats d’Europe (où il n’avait cependant pas grand-chose à craindre face à Bissegger). Sur son talent et ses capacités, cela ne l’empêchera pas d’accumuler les podiums et les victoires, mais contre le top mondial, comme Ganna et Evenepoel qui semblent mieux gérer leurs efforts, cela pourrait lui jouer des tours.
Est-ce qu’il ne partirait pas un peu trop fort ? Un petit défaut qu’il corrigera sans doute avec l’expérience. Et cela n’a rien à voir avec la distance du c.l.m, l’année dernière il avait couvert les 80 km d’un chrono en Grande bretagne en 1h35, soit un peu plus de 50 km/h de moyenne. Son avantage se trouvera peut-être sur de plus longs chrono où il est capable de maintenir une vitesse élevée sur une très longue période. Quoi qu’il en soit, une médaille l’attend cet été à Paris. De quel métal ?

Quel Tour de France réalisé par Evenepoel ! Je dois l’avouer, je ne l’attendais pas aussi haut. Troisième à la pédale, loin derrière Pogacar certes, mais encore plus loin devant les autres.
Avec Ganna et Tarling, Evenepoel fait partie de ce qui se fait de mieux actuellement dans l’exercice chronométré. Il n’est pas devenu champion du monde par hasard ! Inutile de refaire tout son historique, le Belge performe aussi bien sur les chronos plats que vallonnés. Le tracé proposé à Paris ne sera donc pas un problème, le belge étant extrêmement puissant. En revanche, quelques petites bosses auraient pu lui donner un net avantage sur ses deux principaux rivaux.
Le seul point noir concernant ses chances de décrocher l’or vient justement de son Tour de France. Ce n’est pas nouveau : disputer un Grand Tour en tant que leader à seulement une semaine d’un contre-la-montre n’est pas la meilleure des préparations. Le seul contre-exemple qui me vient en tête est Wiggins en 2012.
En 2022, Remco s’était aligné sur le c.l.m de Wollongong juste après avoir remporté la Vuelta. Résultat, une troisième place derrière Küng et Foss, chose qui ne serait jamais arrivée en temps normal. Sur son talent et ses capacités naturelles, il devrait tout de même être dans le match pour le podium. Mais face à Ganna et Tarling, qui auront préparé spécifiquement cet événement, je ne serais pas étonné qu’il ne puisse se battre pour la médaille d’or. Ce serait même l’inverse qui m’étonnerait, lorsqu’on lit dans la presse qu’il ne se sentait pas au mieux sur le vélo en milieu de semaine.

INEOS dispose d’un contingent de rouleurs exceptionnel. Après Ganna et Tarling, penchons nous sur Sheffield. L’Américain est souvent dans l’ombre des trois machines à rouler précédemment mentionnées, mais il a su s’imposer comme une référence dans l’exercice chronométré ces dernières saisons.
Sheffield a terminé deuxième du chrono en Algarve, à 16 secondes d’Evenepoel, deuxième du chrono en Romandie, et troisième du premier chrono sur le Giro 2024. Ses seules contre-performances cette année ont eu lieu lors de Tirreno et du second chrono du Giro, deux loupés ayant une seule et même cause : les chutes. Ce n’est pas la première fois que cela lui arrive, tout le monde se souvient encore de sa lourde chute lors des championnats du Monde 2022, alors qu’il était en lice pour un top 5.
Heureusement pour lui, le parcours des JO 2024 n’est pas technique et ne devrait donc pas lui causer de problèmes à ce niveau-là. En temps normal, si les trois favoris sont au sommet de leur forme, le podium lui serait inaccessible. Cependant, il peut tout à fait prétendre à la place de « meilleur des autres ». De plus, compte tenu des éléments mentionnés concernant Evenepoel, l’Américain possède une petite chance de venir titiller le Belge pour la troisième place.

Cette année, les résultats de Küng en contre-la-montre sont assez difficiles à analyser. Sa saison avait bien commencé en Algarve avec une troisième place, mais le premier chrono en Suisse était très court et le second, un chrono en côte, ne correspondait pas à ses qualités. Lors de son championnat national, il s’est imposé aisément face à Bissegger, mais il n’a pas vraiment confirmé lors du chrono du Tour, terminant à la 10e place, à une minute d’Evenepoel.
En examinant ses derniers face-à-face avec le top 3 lors de grandes échéances, il apparaît clair qu’il n’évolue pas dans la même catégorie. En 2022, il avait une chance unique de profiter de la méforme de Ganna et d’un Evenepoel en sortie de Vuelta, mais il n’a pas su saisir cette opportunité.
Le Suisse s’est très intelligemment retiré du Tour avant le week-end dans les Alpes pour éviter de se fatiguer inutilement et profiter de quelques jours supplémentaires pour se préparer. Est-ce que cela sera suffisant ? Difficile d’imaginer qu’il puisse soudainement élever son niveau au point de rivaliser avec les trois favoris. En revanche, il devrait faire partie de ceux qui espèrent une relative fatigue d’Evenepoel pour jouer une place sur le podium.
Mes Choix
En prenant tous les éléments en compte, Ganna et Tarling semblent être les deux favoris. La jeunesse de Tarling et le niveau qu’il a déjà réussi à atteindre laissent présager d’une immense carrière. Il part avec le rôle de favori pour un grand nombre de personnes, qu’il le veuille ou non. Il a certainement réussi à combler une partie du retard qu’il avait sur Evenepoel et Ganna, mais j’ai encore du mal à le voir au-dessus des deux de manière absolue. À 100 % de leurs capacités, je place toujours l’Italien et le Belge devant lui, du moins en 2024.
Il ne faut évidemment jamais sous-estimer Evenepoel, surtout lors d’un contre-la-montre. Mais le Belge l’a dit lui-même, il pourrait bien ne pas être à 100 % pour ce contre-la-montre à cause de son Tour de France. S’il s’attend à être en meilleure condition dans une semaine pour la course en ligne (ce que je crois aussi), il pourrait être trop juste pour rivaliser demain avec Ganna et Tarling.
Une médaille d’or pour Ganna, une poignée de secondes devant Tarling. Je pense que le parcours donne un léger avantage au gabarit de Ganna et à sa puissance. Pour la troisième place, en prenant en considération tous les éléments mentionnés ainsi que ses déclarations, j’hésite beaucoup à placer Evenepoel. Je pense que c’est une chance unique pour un outsider d’aller chercher une médaille, et je me dirige donc vers Sheffield. En espérant qu’il reste sur son vélo !