Tour de France 2024 – Étape 4 Preview

Retour en France avec cette quatrième étape, et quelle étape ! Une étape courte mais qui affiche 3 600 mètres de dénivelé positif, la montée vers Sestrières et le Galibier et des passages au-dessus des 2 000 mètres d’altitude. Un rendez-vous à ne pas louper pour les suiveurs comme pour les favoris à la victoire finale !


Le Parcours

Les coureurs s’élanceront depuis Pinerolo et entameront quasi immédiatement l’ascension vers Sestrières. Loin d’être la plus difficile en terme de pourcentage, c’est sa longueur qui la rend impressionnante. Beaucoup plus proche du faux plat montant dans sa majorité, les 9 derniers kilomètres seront plus pentus tout en restant largement acceptables.

SESTRIERES
  • 39.9 km à 3.7 %

La descente de 12 kilomètres qui suivra mènera les coureurs jusqu’à Cesana Torinese où débutera la seconde ascension du jour, celle qui ramènera le peloton en France.

COL DE MONTGENEVRES
  • 8.3 km à 5.9 %

Une fois le sommet passé, le peloton entamera la descente de 14 kilomètres en direction de Briançon. Une fois la ville traversée, il prendra la direction du nord sur une longue portion de faux-plat montant jusqu’au pied de la troisième ascension du jour.

COL DU GALIBIER
  • 23 km à 5.1 %
  • Les coureurs passeront par le col du Lautaret et continueront jusqu’au sommet du Galibier, près de 9 kilomètres plus loin. Le tout au-delà des 2 000 m d’altitude
  • Sommet à 19 kilomètres de l’arrivée

Il restera donc 19 kilomètres à parcourir jusqu’à l’arrivée, la très grande majorité en descente, jusqu’à 700 mètres de la ligne.

Les 700 derniers mètres seront en faux-plat montant, légèrement sous les 3 %.


Météo

Le temps sera toujours beau, mais les températures vont chuter avec l’altitude. Autour de 20° au départ, elles passeront sous les 10° au sommet du Galibier.

Le vent sera aussi changeant au cours de l’étape. Plutôt favorable mais faible dans les premières rampes vers Sestrières, il tournera et sera de face lorsque les coureurs franchiront la frontière avec la France. Le vent restera défavorable jusqu’à Valloire, aux alentours de 15 km/h.


Le Scenario

Après un test d’explosivité dans San Luca, la haute montagne se présente sur le Tour dès la 4e étape. Près de 3 900 m de dénivelé positif sur moins de 140 km, cette étape sera tout sauf une partie de plaisir.

Les ascensions ne seront pas les plus difficiles de ce Tour de France, elles seront même très roulantes. Mais leur longueur et la succession de difficultés pourraient faire des dégâts chez certains leaders trop justes en ce début de Tour.

Si en temps normal ce genre d’étape aurait été mis à profit par Visma pour tester Pogacar et mettre UAE en difficulté, les choses pourraient s’inverser demain. J’imagine UAE mener un train très élevé dès les premières rampes vers Sestrières, profitant de ces premiers très roulants pour mettre Politt, Wellens et Sivakov à la planche. En ne laissant pas de temps mort, les équipiers de leurs adversaires devraient décrocher un par un jusqu’au Galibier.

C’est ici que Pogacar devrait attaquer, plus certainement dans les 6 derniers kilomètres après avoir pu profiter au maximum du travail de ses derniers lieutenants avant les plus forts pourcentages de l’ascension. Suivra alors qui pourra, probablement seul Vingegaard sera en mesure de le faire. Mais est-ce que les deux hommes vont collaborer ? S’ils ne s’entendent pas, cela ouvre la porte à un scenario proche de celui de Morzine en 2023 où un homme pourrait rentrer de l’arrière et attaquer.

Quid des chances de l’échappée ? Si le scénario donné ci-dessus se produit, elles ne seront pas très grandes. En revanche, si UAE tarde à venir à l’avant et qu’EF filtre bien, un groupe de grimpeurs non dangereux au général pourrait prendre de l’avance. UAE pourrait aussi être refroidi par ce vent défavorable dans les ascensions. Les pourcentages étant très roulants, être abrité sera un avantage énorme et il pourrait être plus difficile de faire céder leurs adversaires.


Les prétendants

Pogacar a testé Vingegaard sur la deuxième étape et le Danois a parfaitement répondu, sur un terrain où Pogacar devait avoir l’avantage. Malgré le vent défavorable demain, est-ce qu’UAE tentera de mettre Visma sous pression ? Selon moi, ils doivent tenter et se saisir de toutes les occasions qui se présenteront à eux. Si Pogacar attaque, il y a de grandes chances que seul Vingegaard soit en mesure de suivre. En cas d’arrivée au sprint, le Slovène aura l’avantage.

Tout le monde ou presque sera mis à la planche dans l’équipe. Almeida et Yates seront très certainement les deux derniers hommes utilisés pour propulser Pogacar. Si Tadej et Jonas se regardent, cela favorisera un retour de l’arrière d’un petit groupe, et ces deux hommes devraient en faire partie. L’un d’eux pourrait avoir quartier libre pour attaquer.

Un premier test passé avec brio pour Vingegaard dans la côte de San Luca, un second l’attend demain. Ce terrain lui convient parfaitement et si j’avais quelques doutes sur sa forme en ce début de Tour, sa performance lors de la deuxième étape est rassurante. Les pourcentages sont trop faciles demain pour que lui ou Pogacar ne craquent, à moins que la longueur des ascensions ne fasse son effet. Il ne serait pas étonnant que les deux soient encore seuls dans leur monde. Est-ce que le Danois passera des relais à Tadej s’ils sont tous les deux, comme cela était le cas dans le final de la deuxième étape ?

EF fera évidemment tout pour conserver le maillot demain, à commencer par filtrer l’échappée. Aucun des 40 premiers ne sera autorisé à prendre l’échappée, ce qui fait quand même un bon petit paquet d’hommes à surveiller. Sur ce type d’étape, avec en plus l’altitude, je ne pense pas que Carapaz sera mis en difficulté. En tout cas, pas par d’autres hommes que les intouchables Vingegaard et Pogacar. Si jamais les deux se regardent, Carapaz devrait faire partie de ceux qui parviendront à rentrer et pourquoi pas tenter d’attaquer et de prendre du champ dans la descente. Je ne suis pas certain qu’il soit immédiatement pris en chasse par les deux leaders, ils lui reprendront aisément du temps sur le chrono. Moins rapide au sprint que Pogacar, il dispose malgré tout d’une bonne pointe de vitesse qui lui permettra de se défendre sur la ligne si cela s’avère nécessaire.

Evenepoel a réalisé une excellente entrée en matière sur ce Tour. Bien que les ascensions soient très roulantes, l’étape de demain sera un test grandeur nature pour le prodige belge. Il n’est pas un pur grimpeur mais peut parvenir à jouer avec les meilleurs en travaillant beaucoup en amont. Je ne pense pas que lui non plus soit en mesure d’accrocher Vingegaard ou Pogacar à la pédale, mais il pourrait aussi faire partie de ce petit groupe derrière les deux monstres. On ne lui laissera ce pendant pas l’occasion de contrer.

Roglic s’est étonnamment loupé lors de l’étape de San Luca, un mélange de mauvais placement et d’une petite panne de jambes. Rien d’alarmant jusqu’ici, mais demain sera un test pour lui et sa forme actuelle. En forme, il doit être l’un des meilleurs, pas loin du niveau de Jonas et Tadej. J’ai quelques doutes, des doutes qui trouveront certainement leur réponse dès demain et qui conditionneront la suite de son Tour. Je ne pense pas qu’il explosera quoi qu’il arrive, il sera au pire dans ce second groupe de favoris derrière les deux monstres.

Une étape parfaite pour Rodriguez et son moteur diesel. L’Espagnol n’est pas un grand fan des ascensions courtes et punchy comme San Luca, mais il se trouvera dans son élément demain dans cette succession de longs cols. J’ai évoqué plus tôt le scénario de Morzine 2023, étape que l’Espagnol avait remportée en profitant du marquage entre les deux leaders. Demain, il pourrait de nouveau se retrouver dans le même rôle, mais il lui faudra réussir à s’isoler, son manque de pointe de vitesse ne jouant pas en sa faveur.

Ciccone se retrouve à jouer le général en l’absence de Tao. Toujours placé parmi les 15 meilleurs après les deux premières étapes, il va aborder cette première échéance montagneuse dans un rôle d’outsider. Avec ce qu’il a montré sur le Dauphiné, il doit être en mesure de rester en contact avec les meilleurs derrière l’intouchable duo. S’il parvient aussi à recoller, son tempérament offensif, ses qualités de descendeur et sa pointe de vitesse seront de véritables atouts.

Les échappés

Le scénario échappée n’est pas celui que je privilégie, mais c’est une option qui n’est pas totalement à écarter. Cela voudrait dire qu’EF a parfaitement réussi à filtrer (aucun homme du top 40 à l’avant) et qu’UAE a attendu un peu trop longtemps avant de se mettre en route. Dans cette configuration particulière, je retiendrais 3 noms en particulier : Johannessen, Kwiatkowski et Lutsenko.


Mes Choix

Je ne pense pas qu’EF parviendra à empêcher un homme dangereux au général de sortir ; ils devront alors rouler pour maintenir un écart assez faible. Cela signifie que lorsque UAE enclenchera, les fuyards n’auront pas assez d’avance pour résister au retour du peloton. Dans le Galibier, Pogacar et Vingegaard parviendront à s’isoler, mais le Danois refusera de collaborer. Pogacar ne voudra pas faire l’effort seul avec ce vent de face, et les deux commenceront à se marquer, favorisant un retour de l’arrière. Des contres pourraient être tentés et dans ce scénario, deux noms me plaisent : Carapaz et Rodriguez.


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