
Présentation de la Course
112e édition de La Doyenne, quatrième Monument de la saison 2026. Une classique longue de 259.5 km cette année, la plus longue depuis l’édition 2014. Une course d’endurance rendue encore plus éprouvante par l’enchaînement de côtes dans le final, dont les emblématiques Côte de La Redoute et Côte de La Roche-aux-Faucons.
Comme ces dernières années, le départ sera donné à Liège, cap plein sud vers Bastogne, avant de faire demi-tour pour remonter vers Liège, où l’arrivée sera jugée. Un parcours désormais bien connu, même s’il n’a pas toujours été ainsi. En effet, de 1992 à 2018, l’arrivée était placée à Ans, en haut d’une côte. Depuis 2019, les organisateurs ont choisi de recentrer l’arrivée au cœur de Liège. Tout d’abord sur le Boulevard d’Avroy, puis sur le Quai des Ardennes depuis 2020.
Quelques ajustements sont à noter cette année par rapport à l’édition 2025. Les principales modifications concerneront la portion de la remontée vers Liège. On notera le retrait de la côte de Mont-Le-Soie mais l’ajout du Col du Maquisard, à la sortie de Spa. Le col du Maquisard sera placé juste avant la côte de Desnié, à un moment clé de la course. Les 45 derniers kilomètres resteront inchangés.
Le Parcours
Comme souvent, une échappée devrait se former dans les premiers kilomètres. Ils seront maintenus à distance respectable, avant que le peloton n’accélère et ne les reprenne en approche du dernier tiers de course. De légers changements sur cette première partie de course, mais rien qui ne devrait impacter le scenario.

La première partie de la course jusqu’à Bastogne ne compte qu’une seule ascension répertoriée. Il faudra attendre le retour vers le nord pour franchir la seconde. Ensuite, tout s’accélère avec neuf difficultés concentrées dans les 90 derniers kilomètres. Rien d’étonnant donc à ce que la course reste calme jusque-là.
Cependant, l’enchaînement des côtes et la distance finiront par user les organismes. Tout devrait réellement s’embraser à 47 kilomètres du but. Le déclencheur sera sans doute la Côte de Desnié, apparue pour la première fois en 2021. Ou peut-être même le Col du Maquisard, nouveau venu sur cette édition 2026.

Le sommet est placé à moins de 47 kilomètres de la ligne. Quelques encablures plus loin, une fois la descente avalée, les coureurs feront face à l’incontournable Côte de La Redoute.

Un sommet situé à 34 kilomètres de l’arrivée. Comme lors des dernières éditions, les coureurs ne grimperont pas l’intégralité de la côte : ils bifurqueront sur la droite après les forts pourcentages, au bout de 1.6 km d’ascension, pour plonger vers Hotchamps. Une descente qui mènera directement à une côte non répertoriée de 2.6 km à 3.4 % de moyenne, jusqu’à Cornemont.

Retirée du tracé en 2022 puis réintroduite en 2023, la Côte des Forges est une nouvelle fois au programme cette année. Elle se dressera quelques kilomètres après la descente reliant Cornemont aux Forges.

Les coureurs aborderont ensuite une section majoritairement descendante sur un peu moins de 10 kilomètres, qui les mènera au pied de ce qui, pendant longtemps, a servi de juge de paix sur cette épreuve : la Roche-aux-Faucons.

Tout d’abord, les premiers 1 300 mètres présentent une pente moyenne de 10.4 %. C’est souvent là que la première vraie sélection s’opère parmi les favoris, à moins que le grand favori ne soit déjà seul en tête. Au sommet, une courte descente d’environ 500 mètres précède un kilomètre de plat, avant que ne débute la seconde partie de la côte : près de 2 kilomètres à 5.5 % de moyenne. Moins exigeante, certes, mais si un coureur a déjà puisé dans ses réserves pour rester dans le bon groupe ou recoller dans la portion roulante, une nouvelle accélération ici peut s’avérer rédhibitoire, comme on a pu le constater sur certaines éditions récentes.
Les Derniers Kilomètres
Cinq kilomètres en faux-plat descendant attendent ensuite les coureurs, avant qu’ils n’entament la courte mais rapide descente vers Liège. Il restera alors deux derniers kilomètres plats à parcourir, avec un ultime virage placé à 800 mètres de la ligne d’arrivée, là où sera sacré le nouveau vainqueur.

Météo
Le beau temps est attendu ce dimanche, avec des températures douces autour de 15°C. Le vent soufflera en provenance du Nord-Est, mais sa vitesse restera modérée, environ 10 km/h de moyenne. Cela donnera tout de même un vent défavorable durant tout le final de la course, à partir de la côte de la Redoute. Le vent sera notamment de face sur la fin de La Roche aux Faucons, jusqu’au dernier virage sur le quai des Ardennes.
Le Scenario
Avec de nouveau Pogacar et Evenepoel au départ, peu de surprises sont à attendre côté scénario. UAE devrait contrôler la course et imprimer un rythme très soutenu dans l’enchaînement Maquisard – Desnié. On peut ensuite s’attendre à une attaque dévastatrice de Pogacar dans La Redoute. Le suive qui pourra.
Les Favoris

Pogacar sera le leader incontesté de son équipe et le grand favori à sa propre succession. Cette année, il ne remportera pas les cinq Monuments, Van Aert s’en étant assuré lors de Paris-Roubaix. Cela n’aura aucun impact sur sa motivation dimanche, surtout face à Evenepoel et Seixas qui sont en excellente forme.
Le scénario semble écrit d’avance avec une attaque dévastatrice du Slovène dans La Redoute, attaque que personne n’a réussi à suivre en 2024 ni en 2025. Il ne semble pas moins fort cette année, on peut même penser qu’il est encore un cran au-dessus.
Si un homme tient sa roue, il restera La Roche-aux-Faucons pour faire la différence, ainsi que sa pointe de vitesse si nécéssaire, qui lui a déjà permis de s’imposer.

Evenepoel l’a dit lui-même, il se présente en très bonne forme pour ce Liège-Bastogne-Liège. Bien qu’il soit conscient de la supériorité de Pogacar, il ne compte pas pour autant se contenter des seconds rôles. Il devra cependant être bien mieux placé s’il espère avoir une chance de suivre le Slovène lorsque celui-ci attaquera dans La Redoute.
Ses problèmes de placement sont récurrents, mais ils semblent s’être un peu estompés depuis son passage chez RedBull. Il tentera de l’accompagner, mais y parviendra-t-il ? Jusqu’ici, il a toujours cédé sous les assauts de Pogacar, et il est difficile d’imaginer un scénario différent ce dimanche.
Il pourra tout de même s’appuyer sur ses qualités de rouleur pour lisser son effort et tenter de combler l’écart dans les portions plus roulantes. Malgré tout, je ne le pense pas capable de rester dans la roue de Pogacar jusqu’à la ligne.

Seixas sera encore l’une des attractions principales, comme sur toutes les courses auxquelles il a pris part cette année. Sa première moitié de saison 2026 est impressionnante. Il a performé partout où il est passé et est actuellement le coureur le plus victorieux depuis le début de l’année. Excellent grimpeur et très bon rouleur, il a récemment dompté le Mur de Huy. Le fossé entre ses performances de l’an dernier et celles de cette saison est tout simplement ahurissant.
À tel point que la question se pose : a-t-il déjà réussi à combler l’écart qui le séparait d’Evenepoel ? Nous l’avons vu sur les courses très longues et vallonnées en fin de saison 2025, lors des championnats du monde, de Lombardia ou des championnats d’Europe, le jeune Français était alors très loin du niveau du Belge et du Slovène. L’opposition sera donc très intéressante cette année, car je pense que Seixas s’affirme déjà comme un meilleur grimpeur qu’Evenepoel actuellement.
Si un homme peut potentiellement espérer accrocher Pogacar dans La Redoute, ce sera lui. Je l’imagine tout de même céder avant la fin et, surtout, j’ai encore des doutes sur sa capacité à sprinter sur le plat si cela devait s’avérer nécessaire. Particulièrement face à des coureurs comme Evenepoel ou Pogacar. Les ascensions en elle-même ne seront pas un problème mais, comme l’a récemment souligné Evenepoel, une course de 260 km est un tout autre morceau que La Flèche.

La doublette Skjelmose – Ciccone mènera l’équipe Lidl ce dimanche. L’Italien avait pris la deuxième place ici même derrière Pogacar l’année passée, pendant que Skjelmose terminait au sein du peloton de chasse. Le Danois a encore prouvé sa grande forme sur l’Amstel Gold Race la semaine dernière, seulement battu au sprint par Evenepoel.
Il reste cependant difficile d’imaginer un scénario où l’un des deux parviendrait à bousculer la hiérarchie qui se dessine avec les trois grands favoris. Aucun d’eux ne semble en mesure de rivaliser à la pédale dans La Redoute. De plus, ils ne possèdent pas les mêmes qualités de rouleurs que Pogacar, Seixas ou Evenepoel pour espérer rentrer sur eux dans le final.

Malgré sa victoire d’étape sur le Tour des Alpes, Pidcock n’a pas été rassurant dans les ascensions. De retour de blessure, il semble qu’il sera trop juste pour jouer les premiers rôles dimanche. C’est vraiment dommage, tant il semblait fort en ce début de saison. Un Pidcock en pleine forme aurait peut-être eu son mot à dire dans la bataille pour le podium.
Mes Choix
Pogacar, Evenepoel et Seixas arrivent tous les trois sur Liège-Bastogne-Liège dans une forme excellente. Sauf incident de course, il n’y aura aucune excuse et chacun devrait être à sa place. C’est une opposition qui s’annonce passionnante sur le papier, même si elle pourrait rendre la lutte pour le podium assez prévisible. Si ces trois coureurs performent au niveau attendu, il y a de grandes chances qu’ils trustent les trois premières marches.
Pogacar reste l’immense favori et devrait, une nouvelle fois, parvenir à s’imposer en solitaire. Je ne pense pas qu’Evenepoel parviendra à le suivre dans La Redoute, mais je suis moins catégorique concernant Seixas. Si le Français réussit à accrocher sa roue à cet endroit, je l’imagine tout de même finir par céder au plus tard dans La Roche-aux-Faucons.
Derrière, Evenepoel ne lâchera absolument rien jusqu’au bout cette fois-ci. Je pense qu’il sera même en mesure de reprendre le Français dans le final pour aller chercher la deuxième place lors d’un sprint à deux.
J’ai gardé une liste de favoris assez restreinte, et j’aurais même pu me contenter des trois premiers cités. Malgré tout, il reste d’autres noms intéressants qui peuvent espérer accrocher une place dans les cinq premiers, notamment Schmid ou Grégoire.
Le problème avec les courses qui explosent sous les attaques de Pogacar ou d’Evenepoel, c’est que des hommes parviennent souvent à s’extirper d’un gros groupe de contre sans être pris en chasse. Tout cela rend le scénario assez difficile à lire derrière les intouchables.

