Strade Bianche 2026


C’est sans aucun doute l’une des épreuves les plus attendues de l’année. Ce samedi 7 mars marquera la 20e édition des Strade Bianche, une épreuve traversant les magnifiques paysages toscans par les célèbres « sterrati ».
Née en 2007 sous le nom de Monte Paschi Eroica, en référence à la plus ancienne banque du monde basée à Sienne, la course a rapidement gagné en prestige. Depuis, Sienne n’est plus seulement la ville du Palio, cette course de chevaux historique, mais aussi un rendez-vous incontournable du calendrier cycliste. En quelques années, les Strade Bianche se sont imposées parmi les plus grandes classiques, séduisant autant les coureurs que les passionnés.
Aujourd’hui, l’épreuve est devenue une véritable référence mondiale. Chaque saison, l’élite du peloton s’y retrouve pour tenter d’inscrire son nom à un palmarès déjà marqué par d’immenses champions. En 2024, l’organisation avait innové en franchissant la barre des 200 kilomètres pour faire entrer la course dans une autre dimension. Cette année, elle a décidé de calmer le jeu après une édition 2025 « de la démesure ».
Les coureurs devront affronter 64 km de chemins blancs, contre 82 l’an passé, répartis en 14 secteurs distincts. La majorité des changements interviennent dans la première moitié de course, ce qui ne devrait pas bouleverser le scénario habituel mais rendra l’épreuve globalement moins difficile. Le défi reste tout de même redoutable, avec un enchaînement d’ascensions courtes sur asphalte et gravier. Le final, lui, reste inchangé : la mythique montée de la Via Santa Caterina avant l’arrivée majestueuse sur la Piazza del Campo.
Le Parcours

Les Sterrati

Les Secteurs Clefs
Le parcours se découpe en quatre sections de chemins blancs bien distinctes. Les quatre premiers secteurs, de longueur moyenne et plutôt abordables, se situent dans les 50 premiers kilomètres de l’épreuve. Ils ne constitueront qu’une simple mise en bouche pour le peloton avant les choses sérieuses.
La tension montera d’un cran avec l’enchaînement des secteurs 4 et 5. Les coureurs y affronteront 20 km de sterrati sur une portion de seulement 21 km. À ce stade, le rythme devrait s’accélérer nettement avant d’aborder les points stratégiques de la journée.
Le véritable défi débutera réellement au kilomètre 100.7, à l’entrée du sixième tronçon. Le redoutable enchaînement entre San Martino in Grania et le Monte Sante Marie marquera la première grande sélection. Ce sont d’ailleurs les deux seuls secteurs de la course classés 5 étoiles par l’organisation.
Placé à plus de 80 km de l’arrivée, le secteur du Monte Sante Marie reste le grand juge de paix. Son exigence physique en fait le théâtre privilégié des attaques décisives ces dernières années. Après l’usure des kilomètres précédents, ce tronçon sera incontestablement le point clé de cette 20e édition.

Les 70 derniers kilomètres de course regrouperont les sept secteurs restants du parcours. Bien qu’ils soient plus courts, certains se révèlent particulièrement exigeants.
Deux secteurs décisifs se détachent dans cette ultime partie de l’épreuve. Le Colle Pinzuto et Le Tolfe seront en effet empruntés à deux reprises par les coureurs. Leur difficulté, combinée à leur proximité immédiate avec l’arrivée, en fait des points stratégiques majeurs.


Le Circuit

Jusqu’en 2023, le secteur Le Tolfe marquait la fin des chemins blancs avant que les coureurs ne plongent vers Sienne. Cependant, depuis 2024, le programme a radicalement changé sous l’impulsion des organisateurs.
Un circuit de 31 kilomètres a été introduit dans la phase finale, ajoutant quatre secteurs de sterrati supplémentaires. Peu après avoir franchi Le Tolfe, les coureurs devront ainsi aller chercher le secteur 11, celui de Strada del Castagno, long de 700 mètres.
À peine deux kilomètres plus loin, une côte de 2 kilomètres à 5.3 % de moyenne se dressera devant eux. Cette ascension se divise en deux parties distinctes, séparées par un replat au milieu.
Le début de la seconde portion de cette montée est particulièrement difficile. Elle présente une section très raide de 300 mètres avec une pente moyenne affichant 10 %. Le sommet de cette côte sera situé à 34.3 km de l’arrivée.

Une dizaine de kilomètres plus loin, les coureurs se présenteront devant le 12e secteur (Montechiaro, 3,3 km). Une fois ce secteur achevé, à un peu moins de 23 km de l’arrivée, les coureurs retrouveront la route principale en direction du Colle Pinzuto. Ils franchiront une seconde fois le Colle Pinzuto (13e secteur) puis Le Tolfe (14e secteur), avant de foncer vers Sienne avec un peu plus de 10 km à parcourir.
Les Derniers Kilomètres


Après le 14e et dernier secteur, il restera 11,7 kilomètres à parcourir pour atteindre Sienne. Comme on peut le voir, à 1 800 mètres de la ligne, la route va commencer à s’élever légèrement avec l’entrée dans la ville.
Après avoir franchi la Porta di Fontebranda et être entrés dans le dernier kilomètre, la route s’élèvera davantage et sera pavée. Les coureurs prendront ensuite à gauche la via Santa Caterina.

Cette fameuse rue étroite, qui est une véritable muraille, contribue à la renommée du final à Sienne. Une côte de 250 mètres avec une pente moyenne de plus de 12 %, atteignant un pic de 16 % au sommet de la Santa Caterina. À la crête, les coureurs effectueront un virage serré sur la droite.


Aux 300 mètres, la route commencera à descendre. Le dernier virage serré à droite surviendra à 120 mètres de la ligne, conduisant à une descente avec une pente moyenne de 7 % jusqu’à la Piazza del Campo et l’arrivée.

Météo
Beau temps attendu à Sienne ce samedi. Des températures autour de 16° et un vent très faible qui ne devrait pas influer sur la course.
Le Scenario
Cette année, l’organisation fait un léger pas en arrière en raccourcissant le parcours et en réduisant le kilométrage de sterrati. Est-ce que ce changement aura un impact réel sur le déroulement de la course ? Peu probable.
La sélection naturelle devrait s’opérer dans San Martino in Grania avant une explosion totale dans le Monte Sante Marie. On peut s’attendre à voir la formation UAE prendre les commandes pour lancer Pogacar. C’est un scénario que nous avons déjà observé ces dernières années sur ces routes.
La grande question est de savoir si un ou plusieurs coureurs parviendront à suivre le slovène cette fois-ci. Derrière lui, le groupe de chasse aura du mal à s’organiser. Les attaques devraient de nouveau se multiplier parmi les poursuivants pour tenter de décrocher une place sur le podium.
Les Favoris

Pogacar s’élance avec l’ambition claire de décrocher une quatrième victoire record sur les Strade Bianche. Toute son équipe sera dévouée à sa cause, et le scénario semble déjà écrit à l’avance. On peut s’attendre à une première attaque dans le Monte Sante Marie. Si des adversaires parviennent à s’accrocher, il portera sans doute l’estocade dans « son » secteur, le Colle Pinzuto.
Derrière le grand favori, Del Toro attire inévitablement l’attention. L’an dernier, le Mexicain avait brillé avec une deuxième place sur la Clasica Jaen puis sur l’étape de Sienne lors du Giro. Ce parcours lui convient à la perfection. S’il n’est pas contraint de se sacrifier trop tôt, il devrait accompagner les principaux poursuivants de Pogacar, à minima. On pourrait alors le voir jouer le podium, à la manière de Wellens en 2025.

En dehors de Pogacar, Pidcock est probablement le coureur à qui cette épreuve convient le mieux. Ses statistiques parlent pour lui : quatre participations et quatre tops 5, dont une victoire et une deuxième place. L’an dernier, il fut le seul capable de suivre le Slovène jusqu’à son attaque décisive dans le Colle Pinzuto.
Son début de saison confirme une très bonne forme, dans la lignée de son excellente année 2025. S’il semble difficile de le voir battre Pogacar à la pédale, il gardera l’espoir de l’accrocher le plus longtemps possible. Au départ de Sienne, il fait figure de favori logique pour la deuxième place sur le podium.

Paul Seixas est indéniablement la sensation de ce début de saison. De sa première victoire chez les pro en Algarve à sa démonstration hors norme sur l’Ardèche Classic, le jeune Français a déjà prouvé qu’il pouvait rivaliser avec des coureurs confirmés du WT. Ce samedi, il s’attaque toutefois à un monument d’une tout autre envergure. Son objectif est clair : se tester face à l’élite sur les chemins blancs toscans.
La question brûle les lèvres : sera-t-il capable d’accrocher le podium dès sa première participation ? Statistiquement, l’exploit est immense. Parmi les vainqueurs récents, seuls Wout van Aert et Julian Alaphilippe avaient réussi à monter sur la boîte pour leur première. Des champions comme Pidcock, Van der Poel ou même Pogacar avaient, eux, échoué lors de leur première tentative.
Le jeune prodige s’est montré particulièrement explosif au Portugal, même si les efforts courts et violents ne sont pas forcément son exercice de prédilection. Son profil de pur grimpeur semble davantage taillé pour les ascensions longues que pour les montées sèches de Toscane. Cependant, son ascension fulgurante depuis la fin d’année 2025, et le cap énorme passé cet hiver, en fait un homme à surveiller de près.

Après sa belle huitième place en 2023, Grégoire a connu plus de difficultés lors des deux éditions suivantes. Lors de ce début de saison, ses deux dernières sorties ont été particulièrement convaincantes et instructives.
Sa victoire sur la Faun-Drôme Classic et sa deuxième place sur le Trofeo Laigueglia prouvent sa bonne forme. Il est intéressant de noter qu’il n’était pas forcément le plus fort physiquement sur ces épreuves. Pourtant, son très bon sens tactique lui a permis d’obtenir deux très bons résultats.
Il ne me semble pas encore en mesure de jouer le podium face aux tout meilleurs. Malgré tout, ce qu’il a montré dernièrement doit lui laisser espérer une place entre la 5e et la 10e.

Une petite mention s’impose pour Van Aert et ses statistiques affolantes sur cette épreuve. En quatre participations, il compte quatre tops 4, dont une victoire et deux troisièmes places. Cependant, son hiver a été perturbé par une blessure à la cheville.
Son retour lors de l’Omloop ne s’est d’ailleurs pas déroulé comme prévu. Il revient sur les Strade Bianche après quatre ans d’absence, mais je n’ai pas d’immense attente le concernant. Il pourrait très bien être distancé dès le secteur du Monte Sante Marie. Son manque de rythme face à une telle adversité risque de se payer samedi.

Douzième en 2024 et quatrième l’an passé, Healy s’apprête à disputer ses quatrièmes Strade Bianche. Ces courses longues et difficiles conviennent parfaitement à son profil. Sa saison 2025 fut exceptionnelle, marquée par de nombreuses places d’honneur sur les classiques de plus de 200 km.
Son début d’année peut poser question après des prestations plutôt anonymes sur les premières classiques françaises. Cependant, sa saison 2025 avait débuté de manière similaire avant sa 4e place sur les chemins toscans. Ce n’est donc pas un nom à exclure pour un nouveau top 5 ce samedi.

Bilbao est également un nom très intéressant à cocher pour une place dans les dix premiers. Sur ses quatre participations, l’Espagnol n’a d’ailleurs jamais quitté ce fameux top 10. Cependant, il n’a jamais fait mieux que cinquième jusqu’à présent.
Si le parcours semble lui convenir, il paraît tout de même un peu limité face aux tout meilleurs. Bilbao devrait logiquement être encore dans le jeu demain. Toutefois, le podium me semble difficile à imaginer.

Pour une potentielle surprise dans le top 10, je citerais le jeune Albert Philipsen. L’an passé, il avait pris une anonyme 25e place pour ses débuts. Pourtant, son résultat ne raconte pas toute l’histoire de sa course.
Présent dans l’échappée matinale, le Danois a été victime de deux crevaisons au pire moment. Ces incidents ont ruiné ses chances d’obtenir un résultat. Loin d’abandonner, il a tout de même terminé à seulement cinquante secondes de la 10e place.
Sans ces mésaventures, il aurait sans doute été bien plus proche de ce top 10 dès sa première saison néo-pro. L’expérience acquise l’an dernier lui sera précieuse samedi. Il aura l’occasion de confirmer son immense potentiel.
Mes Choix
Sauf impondérable, Pogacar devrait aller chercher sa 4e victoire. L’équipe UAE devrait écrémer le peloton dans le sixième secteur avant de propulser Pogacar dans le septième. Dès lors, la vraie question est de savoir si un ou plusieurs hommes seront en mesure de le suivre lors de son attaque dans le Monte Sante Marie. L’année dernière, Tom Pidcock avait réussi cet exploit avant de céder dans le final, sur les pentes du Colle Pinzuto. Même si certains parviennent à rester avec le Slovène, le résultat ne devrait pas être différent.
En revanche, je pense que Del Toro pourrait jouer un rôle clé dans le final. Le Mexicain est capable de rester au contact de Pogacar et des hommes qui l’auront suivi. Il pourrait tout aussi bien peser sur le petit groupe de chasse si Pogacar s’isole, et profiter de ne pas avoir à relayer pour garder de la fraîcheur. Pour cette raison, je placerais Del Toro en second derrière son leader.
Pour compléter ce podium, je vois Pidcock prendre la troisième place. Si je devais prendre un pari, je dirais que seuls Pidcock et Del Toro seront en mesure de suivre Pogacar lorsqu’il portera son attaque. Le mexicain ne relayera pas le britannique lorsque Pogacar partira seul, il sera alors en mesure de le distancer lui aussi dans le final.
