
Avec près de 5 500 m annoncés, le tracé de Kigali sera celui présentant le plus de dénivelé positif parmi les récents championnats du monde. Un parcours exigeant, composé de deux circuits : l’un reprenant la partie finale du tracé du contre-la-montre, l’autre incluant le Mont Kigali.
Le Parcours
Ce parcours des championnats du Monde peut être décomposé en 3 temps assez distincts.
Circuit de Kigali : Première partie (9 tours) – km 0 à 134.5
Le circuit dans le centre de Kigali sera vallonné et long d’environ 15.1 kilomètres. Sur cette première partie de course, les coureurs devront effectuer neuf tours. L’arrivée sera située à peu près au même endroit que celle du contre-la-montre. Je détaillerai le circuit en dernière partie.
Mont Kigali et Mur de Kigali – km 134.5 à 176.9


Après avoir bouclé neuf tours du circuit dans le centre de Kigali, les coureurs quitteront la ville pour effectuer une large boucle de plus de 27 kilomètres autour du mont Kigali.
Cette portion interviendra peu après la mi-course et pourrait constituer un tournant, notamment avec l’ascension du mont Kigali et de ses 6 kilomètres à 7 % de moyenne.

Très vite, elle sera suivie par le fameux mur de Kigali, dont les pavés impitoyables ne devraient pas être décisifs cette fois-ci, avant un retour sur le circuit final six kilomètres plus loin.


Circuit de Kigali : Dernière partie (6 tours) – km 176.9 à 267.5
Les premiers kilomètres qui suivront le passage sur la ligne seront également les plus simples du circuit. Les trois premiers kilomètres présenteront le moins de dénivelé et seront même en léger faux-plat descendant. Il n’y aura qu’un seul virage à négocier, un kilomètre après la ligne.

Les kilomètres suivants seront légèrement plus vallonnés, mais sans difficulté technique, et ce jusqu’au cinquième kilomètre. À cet endroit, les coureurs devront négocier un virage à 180° pour entrer aux abords du golfe de Kigali.

Le tracé restera légèrement vallonné tout le long du golf de Kigali, alternant entre faux-plats montants et courtes descentes. Rien d’extrêmement technique sur cette portion, si ce n’est un virage à droite à négocier au kilomètre 6.7, puis un virage sur la gauche au kilomètre 8.4, afin de quitter les abords du golf.


C’est à cet endroit que se situera le pied de la première des deux difficultés répertoriées sur le circuit de Kigali. La côte du golf de Kigali, longue de 800 mètres et affichant une pente moyenne de plus de 8 %.

Pas vraiment de répit au sommet. Une fois le virage au km 9.2 négocié, la route restera vallonnée sur un bon kilomètre avant qu’un nouveau virage à 90° sur la droite ne fasse bénéficier les coureurs d’une courte descente.


Deux autres virages à angle droit s’enchaîneront sur 200 mètres avant que les coureurs ne retrouvent l’avenue principale.


Ils plongeront ensuite dans une descente de plus de 2 kilomètres pour aller chercher le pied de la côte de Kimihurura, une ascension déjà empruntée lors des différents contre-la-montre plus tôt dans la semaine. Il y aura d’abord un virage à 90° au kilomètre 11.1, puis, juste avant d’aborder l’ascension, un virage serré à près de 180° sur la gauche à négocier.



Nous avons pu le voir lors des différents contre-la-montre, cette côte est vraiment difficile. Les très forts pourcentages au pied vont peser lourds dans les jambes.

Au kilomètre 14, à la bascule, les coureurs prendront à gauche sur une courte descente d’à peine 500 m, avant d’entamer les 600 derniers mètres du circuit, une nouvelle fois en montée à 4.3 % de moyenne.

Météo
Des risques de pluie sont annoncés en début de matinée ainsi qu’en fin d’après-midi. Normalement, la route devrait rester sèche durant la course. Les températures ne devraient donc pas être caniculaires, avec en moyenne 26° prévus dans l’après-midi.
Le Scenario
La grande question est de savoir à quel moment la course va véritablement se décanter. Le placement du mont Kigali, situé à près de 100 km de l’arrivée, pourrait déjà jouer un rôle clé.
Difficile d’imaginer un groupe s’isoler définitivement d’aussi loin, mais une équipe de grimpeurs solides pourrait utiliser ces 6 km à 7 % de moyenne pour faire exploser une bonne partie des équipiers adverses. Il y a malgré tout fort à parier que les choses sérieuses ne commenceront réellement qu’au retour sur le circuit, au cœur de Kigali.
Celui-ci est très exigeant et offre très peu de zones de récupération. Les deux ascensions principales, la côte du golf de Kigali et le mur de Kimihurura, reviendront très rapidement, chaque boucle ne faisant que 15 km. Ce sera une lutte constante pour rester aux avant-postes, une bataille physique et psychologique. Voeckler l’a dit, la dernière heure « ne sera même plus une course de vélo ». Sur la course u23, les coureurs sont arrivés au compte goute.
D’autres éléments seront bien sûr à prendre en compte, comme la qualité de l’air et les températures, deux sujets que les coureurs et coureuses évoquent très souvent depuis leur arrivée à Kigali. L’altitude également, puisque la course se déroulera entre 1 400 et 1 800 mètres. Nous ne sommes pas en très haute montagne, mais cela pourrait malgré tout peser sur les organismes.
Pour toutes ces raisons, il me paraît peu probable qu’un mouvement parti de loin puisse tenir jusqu’au bout, en tout cas pas pour le podium. Il faudra savoir s’économiser et utiliser ses cartouches au moment opportun.
En revanche, certaines nations d’outsiders devront absolument chercher à isoler les leaders adverses (on pense évidemment à Pogacar et Evenepoel) et tenter de prendre un coup d’avance. Dans ce rôle, on peut penser à la France, véritable équipe de dynamiteurs lors des derniers championnats du monde. L’Espagne et l’Italie pourraient aussi décider de se mêler à la fête.
La Slovénie aura neuf coureurs au départ, mais elle ne semble absolument pas armée pour contrôler un peloton sur plus de 200 kilomètres. Je ne serais pas étonné de voir la Belgique prendre les choses en main. Avec ce qu’Evenepoel a montré sur le chrono, il doit avoir confiance en ses chances de réaliser le doublé. Paradoxalement, cela pourrait bien profiter indirectement à Pogacar, car les Belges assureraient alors le travail de contrôle derrière les attaquants.
Une fois que le peloton aura subi une cure d’amaigrissement, les attaques pourront commencer à pleuvoir du côté des favoris. Un leader isolé aura bien du mal à contrôler tout le monde, et certains pourraient se retrouver piégés. Malgré tout, lors des courses chez les jeunes, il semblait assez évident que sur ce circuit, un homme fort pouvait facilement reprendre plusieurs dizaines de secondes dans chacune des ascensions.
Les Prétendants

Pogačar prendra le départ de cette course avec, comme bien souvent, le statut de favori. Le champion du monde sortant aura évidemment à cœur de défendre son titre à Kigali.
Une statistique est particulièrement parlante : depuis le début de l’année 2023, il a pris part à 32 courses d’un jour. Sur ces 32 courses, il n’est sorti que 5 fois du podium, pour un total de 16 victoires. Autrement dit, il a remporté 50 % de ses courses d’un jour lors des 3 dernières saisons.
Est-il pour autant imbattable ? Probablement pas. En tout cas, pas en 2025. Il a parfois montré quelques signes de faiblesse cette saison, avec une domination bien moins écrasante qu’en 2024. Un premier exemple : sur les Strade Bianche, où il a eu du mal à se défaire de Pidcock. Puis sur l’Amstel Gold Race, où il a été rejoint dans le final par Evenepoel et Skjelmose, avant d’être battu au sprint. Et enfin, plus récemment, au Canada. Sur le Grand Prix de Québec, où il n’a jamais réussi à reprendre le groupe d’échappés et s’est classé seulement 29ᵉ puis sur le Grand Prix de Montréal, où il a laissé la victoire à son coéquipier McNulty.
Pogačar a d’ailleurs expliqué qu’il avait été malade avant ces courses au Canada, ce qui pourrait justifier ces prestations décevantes. Ses difficultés se sont aussi confirmées lors du contre-la-montre des Mondiaux, où il a manqué le podium et terminé très loin d’Evenepoel. Malgré tout, il espère être à 100 % pour la course en ligne et considère que sa participation aux courses canadiennes faisait partie de sa préparation en vue de Kigali.
Il possède certes très peu de défauts, mais le circuit de Kigali semble parfaitement taillé pour lui. Avec énormément de dénivelé positif et une succession de côtes où il pourra exploiter son punch, le parcours correspond à ses qualités. La côte de Kimihurura, en particulier, avec sa pente raide et son revêtement pavé. Sa capacité à développer une puissance énorme tout en restant assis sur son vélo pourrait s’avérer être un atout décisif ici.
Quel sera le rôle de Roglič lors de ces championnats du monde ? Le vétéran slovène a délibérément choisi de ne pas s’aligner sur le contre-la-montre afin de préserver sa fraîcheur et d’être à 100 % de ses moyens pour la course en ligne. Difficile toutefois d’imaginer que toute l’équipe soit exclusivement tournée vers Pogačar. Il se pourrait bien que certains aient carte blanche pour tenter leur chance à l’avant, tout en servant éventuellement de relais, comme ce fut le cas pour Tratnik l’an dernier. Sur le Tour de France, on a vu un Roglič plus offensif qu’à l’accoutumée, un style qu’il pourrait conserver ce dimanche. Le voir anticiper et prendre un coup d’avance serait une option très intéressante pour la Slovénie.
Dernièrement, Roglič a pris part à assez peu de courses d’un jour. Ce n’est pas un format qui lui réussit particulièrement, en dehors de sa victoire sur Liège-Bastogne-Liège en 2020 et de quelques bons résultats sur les semi-classiques italiennes. Peut-être est-ce la distance, ou tout simplement le format même, qui ne lui convient pas vraiment. De plus, le fait qu’il soit arrivé très tard à Kigali ne lui laissera pas beaucoup de temps d’adaptation.
Les slovènes seront 9 au départ, mais ne semblent pas disposer d’une équipe suffisamment forte pour tenir la course. Si d’autres nations veulent lancer les débats de loin et mettre les slovènes en difficulté, ce parcours vallonné sera un terrain de jeu idéal. Pogačar devra rester attentif pour ne pas se faire piéger. Pas certain qu’il ai cette année les capacités pour réaliser un solo d’anthologie comme en 2024.

À cause de sa chute lors de sa préparation hivernale, Evenepoel a vécu une saison très étrange. Parfois, il semblait littéralement voler sur la route, et d’autres fois il était totalement hors du coup, comme à Liège, sur le Dauphiné ou encore au Tour de France. Malgré tout, les choses semblent être rentrées dans l’ordre depuis début septembre.
Ses belles performances sur le Tour de Grande-Bretagne ont été confirmées lors du contre-la-montre des Championnats du monde. Dimanche dernier, le Belge a en effet remis les pendules à l’heure de manière impressionnante. Il a écrasé l’épreuve, allant même jusqu’à rattraper Pogačar avant l’arrivée. Comme il l’a lui-même déclaré, il est dans sa meilleure forme de la saison. Son programme, allégé par la force des choses, pourrait d’ailleurs faire toute la différence sur un parcours aussi exigeant que celui de Kigali, en cette fin de saison.
Malgré tout, certains points restent à soulever. Tout d’abord, l’absence de Benoot sera vraiment dommageable. Il représentait un point de référence essentiel pour l’équipe de Belgique, qui devra comme souvent assumer une partie du contrôle de la course, surtout avec Evenepoel parmi les grands favoris.
Ensuite, une autre absence de taille était connue de longue date : celle de Van Aert. Lors de son sacre à Wollongong en 2022, et plus récemment aux JO de Paris en 2024, Van Aert avait joué un rôle déterminant. Véritable paratonnerre, il concentrait une grande partie de l’attention sur lui et allant chercher les attaques des autres favoris, permettant ensuite à Evenepoel de sortir du groupe sans être immédiatement pris en chasse. Cette fois-ci, le scénario pourrait être bien plus compliqué à reproduire, à moins d’être supérieur physiquement à ses adversaires.
Un parcours très vallonné mais surtout peu technique comme celui proposé à Kigali sera parfait pour lui.

Del Toro affiche une forme incroyable en cette fin de saison, avec sa sur dominance sur les semi-classiques italiennes. Cette année, il a remporté 7 des 19 courses d’un jour auxquelles il a pris part cette année (mais majoritairement des .1 et .pro). Plus récemment, il a réalisé une très belle prestation sur le chrono des championnats du monde qu’il finit à la 5ᵉ place. Pas de doute, la forme est toujours très bonne
Son principal problème va résider dans la faiblesse de son équipe. Il ne pourra pas compter sur eux dans les moments difficiles et sera certainement rapidement livré à lui-même. Cela va considérablement compliquer sa course. Il lui faudra avoir les jambes, mais aussi et surtout la tête afin de sentir la course et ne pas brûler des cartouches inutiles.
Autre interrogation : sa capacité à encaisser une course aussi longue. Il n’a pris part qu’à 3 courses de +250 km, sans jamais jouer les premiers rôles. Et surtout pas sur des courses avec autant de dénivelé. Le Mexicain a encore passé un cap cette année, c’est indéniable, et le mentionner parmi les favoris semble logique tant son talent est énorme.

L’équipe d’Australie est pleine de qualité avec notamment un quatuor Vine – Hindley – Plapp – Storer.
Les deux premiers sortent d’une Vuelta plus que réussie (Vine : deux victoires + maillot grimpeur / Hindley : 4ᵉ au général). Plapp a assez peu couru depuis le Tour, difficile de savoir son état de forme. Sa 7ᵉ place sur le c.l.m individuel n’est pas forcément un excellent résultat, avant le titre de champion du monde du relais mixte. Storer a été plus en vue sur les semi-classiques italiennes, avec notamment une victoire sur le Mémorial Pantani.
Le vrai problème pour eux est qu’aucun des 4 n’est vraiment un spécialiste des courses d’un jour. Celui signant les meilleurs résultats sur les courses d’un jour est Storer, et encore, jamais sur des parcours aussi longs et usants. Malgré tout, il sort d’une saison très aboutie, peut-être même la meilleure de sa carrière jusqu’ici.
Pour Vine et Hindley, tout dépendra de leur capacité de récupération. Deux semaines après la fin de la Vuelta, les deux devraient se trouver dans cette fameuse zone de « surcompensation ». En 2024, O’Connor (deuxième de la Vuelta) avait terminé sur le podium des championnats du monde, quand Evenepoel réalisait le doublé Vuelta / champion du monde en 2022.
Ce n’est donc pas quelque chose d’impossible à réaliser. Peut-être que Vine, qui a pu courir un peu plus à l’économie sur la Vuelta, aura de meilleures chances. Sa deuxième place sur le chrono la semaine dernière à peine une minute d’Evenepoel est un indicateur clair que le corps réagit très bien et qu’il est en parfaite condition pour réaliser quelque chose dimanche.

Carapaz aura été absent des pelotons pendant près de 3 mois après son podium sur le Giro. Il a repris sur les semi-classiques italiennes et a prolongé jusqu’au Tour du Luxembourg. Une préparation qui semble avoir porté ses fruits, l’Équatorien a semblé s’améliorer de jour en jour, jusqu’à terminer à la 3ᵉ place au général du Tour du Luxembourg.
Il n’est pas vraiment un spécialiste de ces courses d’un jour, son plus gros coup d’éclat restant bien évidemment sa victoire sur les JO de Tokyo en 2021. Son record sur les championnats du monde est loin d’être excellent, avec comme meilleur résultat une 22ᵉ place à Imola en 2020. Il n’a globalement jamais brillé sur des parcours de plus de 250 kilomètres.
Il y a malgré tout certains motifs d’espoir, comme le fait que l’altitude ne lui posera pas de problème. Car, pour rappel, Kigali est située à environ 1 500m au-dessus du niveau de la mer.

C’est une drôle de saison qu’a vécue Ayuso. Elle avait pourtant très bien commencé, avec des victoires sur la Faun-Ardèche Classic et le Trophée Laigueglia, suivies d’un succès au général de Tirreno-Adriatico et d’une deuxième place en Catalogne.
Derrière, les choses se sont compliquées avec ses chutes sur le Giro, qui l’ont contraint à l’abandon. La Vuelta a ensuite été ajoutée à son programme, presque en dernière minute. Il est très vite apparu qu’il n’avait pas les jambes pour jouer le général sur trois semaines. Et pourtant, il repart d’Espagne avec deux victoires d’étape, un bilan finalement très positif. Cette Vuelta aura sans doute contribué à parfaire sa condition physique en vue des Championnats du monde, qui constituent pour lui un objectif majeur. Il l’a d’ailleurs affirmé : il vient ici avec la victoire en ligne de mire.
Il est néanmoins intéressant de se pencher sur son historique en courses d’un jour, notamment au niveau WorldTour. Il n’y a jamais réellement brillé, sa meilleure performance restant une 11ᵉ place sur la Clásica San Sebastián en 2023. En revanche, il se montre bien plus performant sur les courses de catégorie .1 ou .Pro, où l’adversité est moins relevée. Autre point à noter : il n’excelle pas particulièrement sur les courses longues et ne possède quasiment aucune référence sur des tracés supérieurs à 220 kilomètres.

J’étais assez sceptique en début d’année sur le transfert de Pidcock vers Q36.5, et pourtant cette saison m’a donné tort sur toute la ligne. Le Britannique, au-delà de réaliser de très loin sa meilleure saison sur route jusqu’ici, a atteint l’un de ses objectifs principaux : terminer sur le podium d’un Grand Tour.
Il est désormais entré dans une autre catégorie, tout en restant un excellent coureur de classiques. Sur les courses d’un jour vallonnées, il répond très souvent présent. Cette année encore, il est entré dans le top 10 de Liège-Bastogne-Liège et a terminé sur le podium de la Flèche Wallonne et des Strade Bianche. Ce parcours de Kigali, avec ses ascensions courtes mais explosives, devrait particulièrement lui convenir.
Le véritable point d’interrogation réside dans sa condition physique à la sortie d’une Vuelta éprouvante. Il l’a reconnu lui-même : il n’a pas eu l’occasion de s’entraîner réellement depuis la fin de l’épreuve et ignore comment ses jambes vont réagir. Difficile donc d’avoir des certitudes, s’il n’en a pas lui-même. Malgré tout, au vu du profil du parcours, il faut s’attendre à ce qu’il soit une nouvelle fois au rendez-vous.

Pas de Pellizzari, malheureusement tombé malade avant les championnats du monde. Les espoirs italiens reposeront quasi exclusivement sur Ciccone. Le grimpeur italien réalise une très bonne saison, malgré les différentes chutes et problèmes de santé dont il a été victime.
Une statistique est très intéressante à noter. Depuis le Tour de Lombardie 2024, Giulio a pris part à 4 courses d’un jour (toutes au niveau World Tour). Résultat : 3ᵉ du Tour de Lombardie, 2ᵉ de Liège-Bastogne-Liège, et victoire sur la Klasikoa. Lors de l’année écoulée, il s’est clairement imposé comme un spécialiste de ce type de course, surtout sur celles typées grimpeur et grimpeur-puncheur.
Compte tenu de son profil, ce parcours des championnats du monde avec son enchaînement de côtes jamais excessivement longues semble lui convenir à la perfection.
La vraie question réside, comme bien souvent, dans sa condition physique. Il avait abordé la Vuelta dans une forme qui le plaçait parmi les tout meilleurs. Malheureusement, des problèmes de santé ont mis un gros coup d’arrêt à ses performances. Il a malgré tout continué pour aider son équipe avant de redresser la tête lors d’une toute dernière journée. Sa performance sur la Bola del Mundo est un motif d’espoir. Si ses problèmes sont derrière lui, être allé au bout de cette Vuelta pourrait bien être un vrai avantage dans sa préparation au championnat du monde. Et d’après ses déclaration en milieu de semaine, la forme est vraiment bonne.
Aucun autre coureur ne se démarque spécialement dans cette équipe, mais l’effectif reste solide.

Peu de choses sont sûres et certaines dans ce monde, mais imaginer que Ben Healy animera la course en ligne fait partie de ces choses. L’Irlandais aime tout particulièrement ces tracés longs et vallonnés. Il réalise une saison de haute volée avec, entre autres, un podium sur Liège-Bastogne-Liège et un top 10 sur le Tour, avec plusieurs prestations absolument incroyables. 7ᵉ des derniers championnats du monde, il a été régulièrement placé cette année sur les classiques World Tour auxquelles il a pris part.
Après une longue coupure suite au Tour de France, il a repris au Luxembourg et a terminé à la 6ᵉ place au général. La forme semble vraiment bonne d’après ce qu’il a montré sur cette course par étapes.
Concernant la distance et le dénivelé du parcours de Kigali, cela ne lui posera pas de problème, et jouera même à son avantage comparé à d’autres coureurs bien moins résistants. Surtout que les côtes ne seront jamais excessivement longues.
Comme d’habitude avec lui, ce ne sont pas les jambes qui me font douter, mais la tête. Lorsqu’il est deux tons au-dessus de tous ses compagnons d’échappée, comme lors de la 6ᵉ étape du Tour 2025, peu importe la manière dont il court. Mais sur un championnat du monde, les choses sont bien différentes. Il ne pourra pas se permettre d’attaquer à tout va, ou de suivre tous les coups. De plus, son manque de pointe de vitesse l’oblige à arriver seul s’il veut espérer une place sur le podium.

Vingegaard ayant décliné l’invitation, Skjelmose devrait être le fer de lance de la sélection danoise. Sa saison aura été grandement perturbée par les chutes, mais lorsqu’il est parvenu à rester sur son vélo, il a sorti quelques performances de tout premier plan. On pense notamment à sa victoire surprise sur l’Amstel Gold Race, où il a réglé Pogačar et Evenepoel au sprint.
De manière générale, Skjelmose est un coureur qui performe plutôt bien sur les courses d’un jour depuis trois saisons, avec plusieurs top 10 à la clé, que ce soit sur Liège-Bastogne-Liège, la Flèche Wallonne ou encore sur les classiques canadiennes en fin de saison. Il a enchaîné les courses canadiennes puis le Tour du Luxembourg pour préparer ces Mondiaux, et a affiché une forme plus que convaincante, allant même chercher la victoire sur la 3ᵉ étape de l’épreuve luxembourgeoise.

Depuis plusieurs années, l’équipe de France fait partie des principales animatrices des championnats du monde. Quelle sera sa stratégie dimanche ? Voeckler n’a jamais eu peur de demander à ses coureurs de lancer la course de loin, parfois même de très loin. Sur un tracé aussi difficile et exigeant que celui de Kigali, il n’est pas certain que ce soit la meilleure option.
L’effectif tricolore reste néanmoins de qualité, avec plusieurs coureurs ayant récemment affiché une très belle forme. On pense notamment à Julian Alaphilippe, vainqueur du Grand Prix de Québec, ou encore à Sivakov, deuxième de cette même course derrière lui.
Si un coureur devait bénéficier d’un statut un peu plus protégé que les autres, ce pourrait bien être le pensionnaire de l’équipe UAE. Il a déjà prouvé sa capacité à briller sur des courses d’un jour très montagneuses et au kilométrage élevé, comme en témoigne sa 6ᵉ place sur le Tour de Lombardie 2024.
Pour Alaphilippe, la difficulté résidera probablement dans la longueur et l’exigence du parcours. Sur un tracé de ce type, j’ai du mal à l’imaginer encore en lice pour la victoire dans le tout dernier tour. En revanche, son sens de la course et sa capacité à dynamiter le peloton en font une carte précieuse pour lancer les hostilités avant l’approche du final, ou pour obliger les autres nations à assumer la poursuite.

Simmons sera évidemment la meilleure carte des États-Unis. L’Américain a réalisé une excellente saison, avec notamment des victoires en Catalogne et sur le Tour de Suisse, mais aussi un nombre incalculable de démonstrations en échappée.
Sur le Tour de France, il a paru tout simplement increvable. Le problème reste son sens de la course, souvent perfectible. Et sur un parcours aussi exigeant que celui des championnats du monde, la moindre erreur tactique pourrait lui coûter très cher. En revanche, concernant son niveau de forme, peu de doutes : sa troisième place sur le Grand Prix de Montréal témoigne de jambes qui tournent parfaitement bien.
Sans être forcément un spécialiste des courses d’un jour, il est tout à fait capable de résultats. De plus, la distance ou même le dénivelé affiché à Kigali ne devraient pas lui faire peur.
Mes Choix
C’est un parcours que j’imagine un peu trop difficile pour les purs punchers, même si les ascensions, en dehors du mont Kigali, resteront dans leurs cordes.
Je me tournerais plutôt vers des profils hybrides, grimpeurs-punchers, sans forcément miser sur les purs grimpeurs. Comme je le disais, je ne suis pas convaincu qu’une attaque lointaine puisse mener au podium. J’imagine davantage une course où, à l’image du Tour des Flandres, le plus fort finit toujours par s’imposer. C’est en tout cas ce qui s’est passé sur la course u23, et qui sait ce qui se serait passé chez les juniors si Noval n’avait pas chuté. C’est pourquoi je place, sans grande surprise, Pogacar comme favori pour la victoire dimanche. Une victoire en solitaire, mais avec un numéro bien moins long que celui qu’il avait tenté à Zurich.
Sa performance de dimanche dernier ne m’inquiète pas outre mesure, l’effort sera bien différent, et surtout, il semble avoir pleinement confiance en ses capacités.
Derrière, les places sur le podium pourraient s’ouvrir dans un second groupe, qui se jouerait la deuxième et la troisième place. Dans ce scénario, on assiste souvent à des mouvements de course étranges, où personne ne veut fournir l’effort de trop. Et ce sont justement ceux qui osent tenter leur chance qui sont bien souvent récompensés. Dans ce rôle, Healy me paraît très séduisant pour une des deux places restantes. Le cœur voudrait Ciccone, mais j’ai l’intuition que Del Toro sera l’auteur d’une grande course.

