

Pas de répit dans les 100 derniers kilomètres de cette 14ᵉ étape. Quatre cols à gravir, et pas des moindres, avec l’enchaînement Tourmalet – Aspin – Peyresourde avant de prendre la direction de Bagnères-de-Luchon et le pied de l’ascension vers Superbagnères. Le Tour n’y est plus passé depuis l’édition 1989.
Le Parcours
Assez peu de choses à signaler sur les 70 premiers kilomètres de cette étape jusqu’à Luz-Saint-Sauveur. Il n’y aura bien que le sprint intermédiaire, situé au kilomètre 70 comme point notable.
Une fois sortis de Luz-Saint-Sauveur, les coureurs aborderont l’ascension du mythique col du Tourmalet.

Ils basculeront en direction de La Mongie, pour rejoindre le pied de la descente à Sainte-Marie de Campan. Une descente longue de 17 kilomètres, assez sinueuse dans sa première partie, mais bien plus roulante sur ses 8 derniers kilomètres jusqu’à Sainte-Marie-de-Campan.

Une fois sortis de Sainte-Marie-de-Campan, la route s’élève immédiatement. Les coureurs emprunteront le col d’Aspin. Une ascension où seuls les 5 derniers kilomètres sont répertoriés, mais la route grimpera sur un peu plus de 12 kilomètres.

La descente sera longue de 12.5 kilomètres et bien plus sinueuse que celle du Tourmalet.

Elle se terminera à Arreau et sera immédiatement suivie d’un faux plat montant d’une dizaine de kilomètres jusqu’à Estarvielle.
Ici débutera alors l’ascension du col de Peyresourde sur un peu plus de 7 kilomètres. Les coureurs auront déjà eu l’occasion d’en aborder une partie lors du contre-la-montre de la treizième étape.

La descente qui suivra sera longue de 13 kilomètres et mènera les coureurs jusqu’à Bagnères-de-Luchon. Il y aura ensuite une très courte portion de plaine pour rejoindre Saint-Mamet, où l’ascension finale jusqu’à la station de Luchon-Superbagnères pourra débuter.

Météo
Après les fortes chaleurs de ces derniers jours, attention au choc thermique lors de cette quatorzième étape. Les températures descendront sous les 20 °C et avoisineront même les 10 °C au sommet du Tourmalet et de Superbagnères. Quelques risques de pluie sont annoncés dans l’après-midi, mais rien n’est confirmé pour le moment.
Le vent soufflera toute la journée en provenance du nord, mais il restera assez faible, aux alentours de 7 à 8 km/h. Il poussera les coureurs jusqu’au pied du Tourmalet, sera de côté dans la majorité de l’ascension, puis de face vers le sommet et dans la descente. L’ascension de Superbagnères se fera avec un vent de côté dans ses premiers kilomètres, puis de face dans toute sa portion finale.
Le Scenario
Le Tour n’est pas encore terminé, mais dans la tête des adversaires de Pogacar, le coup doit être très dur à encaisser. Quel sera le scénario de course demain ? Cela dépend de plusieurs éléments.
Tout d’abord, est-ce que Pogacar vise une nouvelle victoire d’étape ? Si c’est le cas, nous devrions voir UAE contrôler la formation de l’échappée, et maintenir un écart suffisant pour permettre au Slovène de récupérer les derniers fuyards dans l’ascension de Superbagnières. La dernière montée ne sera pas excessivement difficile, il ne faudra donc pas laisser trop de champ aux échappées. UAE pourrait même recevoir l’aide de certaines équipes voulant préserver une place dans le top 10, en fonction de qui sera dans l’échappée.
Le deuxième élément à prendre en compte est de savoir si Visma va tenter de persévérer dans sa stratégie face à Pogacar. Il est clair pour tout le monde que cela n’a pas fonctionné lors de la douzième étape. Pire, cela semble même s’être retourné contre eux. Mais ont-ils réellement le choix ? Que peuvent-ils faire d’autre ? Se résigner immédiatement et se concentrer sur la deuxième place et les victoires d’étape ? Ou bien tenter encore, en sachant qu’il y a de toute façon assez peu de chances que Vingegaard perde cette deuxième place au général ?
Dernier élément à prendre en compte : la bataille pour le podium. Evenepoel a montré des signes de faiblesse lors de la douzième étape, et cela n’a clairement pas échappé à ses adversaires directs, en premier lieu, Lipowitz et la Red Bull, Johannessen et Onley. S’il montre encore quelques signes de fragilité dans les premières ascensions demain, on peut imaginer que ses rivaux voudront imprimer un rythme soutenu pour l’empêcher de recoller et le placer le plus loin possible.
Tout cela fait que l’échappée pourrait bien ne pas avoir assez d’avance au moment d’aborder l’ascension vers Superbagnières.
Les Prétendants

Lorsqu’on observe ses prestations des deux derniers jours, il est indéniable que Pogacar est supérieur à n’importe qui sur ce Tour de France. Avec des températures plus fraîches, il pourrait même bénéficier d’un avantage supplémentaire, lui qui a tendance à mieux performer dans ce type de conditions que sous une forte chaleur. Ou, du moins, ses prestations dans des conditions plus fraîches sont moins impactées que celles de ses adversaires. Si UAE décide de contrôler la course pour jouer la victoire, il sera difficile de la lui contester.

Est-ce que Visma et Vingegaard ont déjà abandonné l’idée de gagner ce Tour de France et se concentreront plutôt sur la deuxième place ? Leur plan lors de la douzième étape a échoué, car malheureusement, leur leader n’était pas au niveau attendu. Mais il fallait tenter quelque chose. Jorgenson a très vite montré ses limites, et Vingegaard s’est complètement écroulé dans le final de l’ascension d’Hautacam. Si ce jour-là n’était qu’un simple jour sans, on peut espérer qu’ils se défendent un peu mieux en direction de Luchon–Superbagnères. Le chrono d’hier était malgré tout bien plus encourageant. Malgré tout, voir le danois totalement inverser la tendance semble relever du miracle.
En tout cas, la question du co-leadership est bel et bien réglée, Jorgenson se sacrifiera totalement pour son leader, à moins qu’on ne l’autorise à prendre l’échappée pour jouer la victoire d’étape. Si Visma abandonne son plan initial pour viser les étapes, alors voir Kuss lever les bras depuis l’échappée est une vraie possibilité.

Le coup de moins bien d’Evenepoel lors de la douzième étape et son chrono raté ont confirmé ce que je pensais depuis le début de ce Tour de France. Le Belge ne me semblait vraiment pas en excellente condition, et cela s’est confirmé. Il est évidemment qu’il est très loin du niveau de Pogacar et Vingegaard, mais je le pense tout de même en mesure de jouer avec les autres prétendants au podium comme Lipowitz, Roglic, Johannessen et Onley. Demain donnera une réponse précise, et peut-être définitive, sur son vrai niveau dans ce Tour de France. Si les choses continuent d’empirer, je ne pense pas que cela s’arrangera dans les Alpes.

Lors de la montée vers Hautacam, Lipowitz a dû réaliser que le podium du Tour de France pouvait être bien plus qu’un simple rêve. Avec un Evenepoel en bien moins bonne condition que l’an dernier, et l’allemand qui ne cesse de se révéler et d’étonner, tout devient possible. Bora devrait tenter de mettre la pression sur Evenepoel afin de voir s’il s’agissait simplement d’un jour sans lors de la douzième étape, ou bien si le mal est plus profond.
Roglic, lui, a clairement semblé en dessous de son équipier sur la douzième étape, mais a montré sur le cronoscalata(exercice qui lui convient à la perfection) que ses jambes sont toujours là. Le podium semble être un objectif tout à fait atteignable, pour l’un comme pour l’autre. J’ai cependant tendance à croire, si je me fie à ce que nous avons cu, qu’une journée avec enchaînement de cols bénéficiera plus à Lipowitz qu’à Roglic.

Désormais très loin au général et ne représentant pas une menace immédiate pour aucun coureur du top 10, Enric Mas devrait se tourner vers la chasse aux étapes. Il est loin du niveau de forme qu’il atteint parfois sur son Tour national, mais il reste malgré tout un excellent grimpeur, et le terrain de demain devrait lui convenir. En échappée, peu d’hommes pourraient se montrer aussi forts que lui en haute montagne.

Jordan Jegat va-t-il enfin être autorisé par son staff à prendre une échappée sur ce Tour de France ? Le grimpeur français évolue à un très bon niveau et figure actuellement dans le top 15 du général. Il a souffert lors de la douzième étape avec l’arrivée de la haute montagne, incapable de rester au contact des meilleurs. Malgré tout, il a affiché un niveau intéressant et pourrait avoir son mot à dire en échappée, en fonction bien évidemment de sa composition.

Higuita ne joue pas le général, mais il a pourtant réalisé une très belle étape lors de la douzième journée. Rassurant quant à sa condition physique. Il ne faut pas oublier qu’Astana est venu ici avec l’objectif de viser les victoires d’étape, et pourquoi pas le maillot à pois. Demain pourrait être une belle occasion de combiner ces deux objectifs. Et avec ce qu’Higuita a montré vers en restant le plus possible au contact des favoris lors de la 12e étape, il pourrait viser assez haut au sein d’une échappée.

À l’attaque sur la 12ᵉ étape, Skjelmose devrait de nouveau tenter sa chance en échappée demain. Il aura besoin de soutien, car les 70 premiers kilomètres ne comporteront pas assez de dénivelé pour permettre à un grimpeur comme lui de sortir seul. On peut imaginer que Milan sera intéressé, notamment grâce au Sprint Intermédiaire placé avant le pied du Tourmalet. Le danois vise le classement du meilleur grimpeur, un objectif difficile face à Pogacar, mais qui pourrait aussi compliquer ses ambitions de victoire d’étape. En effet, s’il doit cumuler les efforts au sommet de chacune des ascensions pour prendre un maximum de points, il pourrait lui en manquer dans le final pour jouer la victoire.

Ineos s’est jetée à corps perdu dans la bataille lors de la douzième étape, envoyant plus de la moitié de l’équipe en échappée. Sans succès, malheureusement pour eux, mais demain sera une nouvelle chance. Carlos Rodriguez et Arensman ne sont plus en lice pour le général, leur niveau n’étant pas suffisant pour jouer avec le top 10 à la pédale. En échappée cependant, si on leur laisse le champ libre, ils devraient trouver un terrain bien plus à leur convenance, avec cet enchaînement de cols parfaitement adapté aux qualités de grimpeurs qu’ils possèdent.
Mes Choix
Si les leaders venaient pour se jouer la victoire, les choses sont assez simples : difficile de voir Pogacar battu, avec Vingegaard très certainement second derrière le Slovène. Le problème étant de savoir quelle stratégie Visma décidera d’adopter. Je ne suis pas certain que le Danois et son équipe aient déjà baissé les bras. Ce serait compréhensible pour un ancien double vainqueur du Tour de France, qui ne voudra certainement pas se contenter de la deuxième place. Et encore une fois, il est important de noter que, peu importe ce qu’ils tenteront, il y a très peu de chances pour que Vingegaard perde cette deuxième place. Alors, faire deuxième avec 4 minutes de retard ou 7 à Paris, quelle différence ?
Cela ne devrait pas forcément les empêcher de tenter de placer un homme à l’avant, soit comme coureur satellite, soit comme coureur capable de jouer la victoire d’étape si le groupe des favoris ne revenait pas dans le final. J’ai le sentiment qu’il y aura malgré tout toujours une équipe pour rouler derrière, que ce soit Visma, Uno-X ou même Arkéa, pour protéger des places au général. Le tout faisant indirectement le jeu des UAE, qui n’auront qu’à reprendre le manche dans le final pour propulser Pogacar.
En échappée, même si d’excellents grimpeurs sont à l’avant, ils auront besoin d’un large matelas pour espérer contenir le retour de Pogacar et Vingegaard. Matelas qu’ils pourraient bien ne pas posséder. Je me dirige donc vers une nouvelle victoire de Pogacar, avec Vingegaard second et de nouveau Lipowitz, qui pourrait bien s’affirmer comme le troisième meilleur grimpeur de ce Tour.
Et si jamais l’échappée allait au bout ? Je partirais sur une victoire d’Arensman. Mas et Higuita étant deux noms qui me plaisent aussi pour de belles places.
