
Enchaînement Passo del Tonale / Mortirolo pour cette 17e étape. Malheureusement, comme c’est souvent le cas ces dernières années, le Mortirolo sera franchi depuis Monno et n’empruntera pas la célèbre Dritta Contador. Les 30 derniers kilomètres resteront vallonnés, sans grandes difficultés.
Le Parcours
Pas d’ascensions répertoriées dans les premiers kilomètres, mais la route ne fera que grimper. Après 55 kilomètres où les coureurs seront sans cesse en prise, se dressera la première difficulté répertoriée de la journée.

La descente qui suivra sera longue de 25 kilomètres. Les 10 premiers seront les plus sinueux. Le reste ne sera pas excessivement technique, avec des portions plus proches du faux-plat descendant que de la véritable descente.
Une fois arrivé à Monno, le peloton pourra débuter l’ascension du célèbre Mortirolo.

Malgré les travaux effectués par la municipalité de Monno, pas de Dritta Contador au programme cette année. C’est donc par la route classique de Monno qu’il sera gravi, le versant le moins difficile.
La descente en direction de Grosio sera longue de 14 km et très technique.

Les 20 kilomètres qui suivront la fin de la descente ne seront qu’un enchaînement de courtes côtes. Pas vraiment de répit accordé aux coureurs sur cette portion.

À environ 12 km de l’arrivée, en périphérie de Bormio, les coureurs aborderont la dernière difficulté répertoriée de la journée.

Les 9 derniers kilomètres ne présenteront plus de difficulté et devraient être avalés à grande vitesse, étant principalement en faux-plat descendant.
Météo
À l’inverse d’hier, les coureurs devraient s’élancer au sec, mais la pluie fera son apparition en cours d’étape. Selon le rythme de la course, elle pourrait s’inviter aux alentours de Grosio, avec donc un risque réel de descente du Mortirolo sous la pluie. Déjà technique par nature, cette descente deviendrait encore plus délicate si elle devait se faire sur route mouillée.
Les températures oscilleront entre 23 °C au départ et moins de 15 °C au sommet du Tonale et du Mortirolo. Et sous la pluie, il ne faudra pas s’attendre à une remontée significative des températures par la suite.
Côté vent, pas de quoi bouleverser la course : il changera régulièrement de direction mais restera faible, globalement sous les 10 km/h.
Le Scenario
Sans grande surprise, UAE ne s’est pas intéressée à la victoire d’étape hier, et nous en avons très vite compris la raison. Cela devrait de nouveau être le cas demain, avec le maillot rose de Del Toro grandement fragilisé.
Après avoir perdu Rivera, INEOS a également vu l’abandon de Tarling sur chute. Le Britannique n’est pas le meilleur grimpeur, mais il aurait pu être précieux dans la première phase de course demain, pour contrôler l’échappée si Bernal décidait de viser l’étape.
Quelle sera l’attitude d’INEOS et d’EF demain ? Pour la 16e étape, j’étais persuadé qu’ils ne bougeraient pas trop loin de l’arrivée, et pourtant tout à commencé à se décanter dans Santa Barbara. Tudor a même mis la main à la pâte. Pour cette 17e étape, nous sommes plus dans la configuration des étapes 11 et 15.
Le Mortirolo, bien que gravi par son versant le moins redoutable, sera la meilleure rampe de lancement possible. Entre la descente technique, potentiellement mouillée, et les 30 derniers kilomètres vallonnés, il y a matière à faire exploser ceux qui ne sont pas dans un grand jour. Si rien ne se passe dans le Mortirolo ou sa descente, où si les leaders se regardent dans le faux-plat jusqu’à Le Motte, il y a fort à parier que les leaders arriveront groupés, et que les échappés auront une belle occasion de se jouer la victoire.
Les Prétendants
Les Leaders

Bernal a craqué à deux reprises sur la 16e étape, la seconde fois pour de bon. Arensman, lui, a totalement explosé. Vont-ils de nouveau tenter le tout pour le tout demain ? Difficile d’imaginer qu’ils puissent retrouver leurs jambes en une nuit : l’explication la plus logique, c’est que la situation n’ira qu’en empirant, au moins pour le néerlandais. Arensman devrait maintenant basculer totalement en équipier pour Bernal qui a une place à jouer dans le top 5. On peut imaginer que le colombien a aussi souffert de sa chute en cours d’étape.

Gee, à l’inverse, continue de monter en puissance. Sa forme suit une courbe opposée à celle des deux leaders d’INEOS. Il semble de plus en plus fort et doit sentir l’odeur du podium se rapprocher. Il n’a pas l’équipe pour dynamiter la course, mais il pourra profiter des initiatives d’autres formations pour jouer sa carte.

Carapaz a été très fort hier, probablement le plus fort des leaders derrière Pellizzari. Il a réussi à combler une bonne partie de son retard sur le maillot rose. Lui aussi semble aller en s’améliorant, et il trouve en cette troisième semaine un terrain de jeu parfaitement adapté à ses qualités. Les jambes sont excellentes et la confiance doit être au maximum. Demandera t-il a son équipe de faire le forcing dans le Mortirolo ou bien attendra t-il les étapes 19 et 20 ?

Del Toro a craqué à quatre kilomètres de l’arrivée. Avec la défaillance d’Ayuso, UAE a peut-être perdu le général, ou est en train de le perdre. Simple jour sans ? Mauvaise gestion de l’effort ? Ou bien le début de la fin pour le jeune Mexicain, qui découvre les joies d’un rôle de leader sur un Grand Tour en troisième semaine ? Début de réponse demain, même s’il devrait être en mesure de tenir le choc sur cette étape bien moins difficile.

Pellizzari est enfin libéré depuis l’abandon de Roglic. Et dès sa première journée comme leader, il s’est montré parfaitement à la hauteur. Remuant dans le final, il parvient même à déposer un Carapaz déchainé dans le dernier kilomètre, après avoir attaqué à plus de 11 km de l’arrivée. Il est celui qui a réalisé la plus grosse performance dans la dernière ascension, preuve de son excellente forme. Tout cela lui permet même d’opérer un joli rapproché au classement général. Clairement l’un des hommes à suivre sur cette troisième semaine.

Yates s’est enfin dévoilé, et il est indéniable que le Britannique est en forme ! Avec les abandons de Roglic, la défaillance d’Ayuso et un Del Toro en difficulté, il doit plus que jamais sentir qu’une victoire finale sur ce Giro est possible. Son équipe semble malgré tout assez faible, pas certain que ce soient eux qui fassent exploser la course.

Je pensais que Storer était sur la pente descendante, et finalement… non. L’Australien a réalisé une excellente performance aujourd’hui, terminant l’étape avec S. Yates. Il semble un peu juste par rapport à certains des coureurs cités plus tôt dans la course au podium, mais si les jambes continuent de répondre, il pourrait se montrer plus offensif dans les jours à venir.
Les Echappés

Zana semble aller de mieux en mieux au fil des jours. Il était un peu juste sur la 15e étape et n’a pas réussi à rentrer sur Verona, mais les signes étaient plutôt encourageants. Une nouvelle chance s’offre à lui demain.

Démonstration tout en maîtrise d’Astana sur l’une des étapes reines de ce Giro, avec le doublé Scaroni / Fortunato. Si les deux devraient ressentir le contrecoup demain, Astana ne restera certainement pas les bras croisés à regarder l’étape se dérouler. Poels s’est bien économisé aujourd’hui, il devrait être la carte maîtresse pour demain, à n’en pas douter.

Cette 17e étape sera l’une des toutes dernières chances de Bardet. Le Français s’est plusieurs fois montré à l’avant au cours de ce Giro. Il était fort sur la 15e étape mais n’a pu aller chercher que la 4e place. Nous devrions le voir à l’avant demain. Poole, il est temps de prendre une échappée.

Est-ce que Verona peut remettre le couvert ? Il a été l’auteur d’une excellente performance lors de la 15e étape et Lidl vole littéralement sur ce Giro. Avec les jambes qu’il a montrées ce week-end, le voir de nouveau à l’avant jouer sa carte est tout à fait envisageable.

Je garderai un œil sur Stork. L’Allemand a fait bonne impression ce week-end et hier aussi. Dans Santa Barbara, il a imposé un gros rythme qui a bien permis d’émincer le peloton des favoris avant l’attaque de Storer. Avec un peu de liberté demain, et des jambes comme celles qu’il a eues lors des deux dernières étapes, il sera un sacré client.

Piganzoli, prends l’échappée je t’en supplie.
Mes Choix
Avec ce qu’INEOS a montré depuis le début du Giro, cette étape semble parfaitement taillée pour relancer leur stratégie. Malheureusement, Arensman a totalement craqué et Bernal a semblé atteindre ses limites. Avec EF, je les aurais bien imaginé hausser le rythme dans le Mortirolo, avant de lancer leurs leaders à l’avant. Le sommet du Mortirolo est certes encore loin de l’arrivée, mais on a vu Bernal tenter sa chance à plus de 90 kilomètres de l’arrivée.
Par ce versant, le Mortirolo reste exigeant, surtout en troisième semaine, à condition que certaines équipes veuillent en faire un point de bascule. Les meilleurs descendeurs pourront profiter de la descente vers Grosio pour creuser ou rentrer sur ceux qui auront anticipé. La lutte entre le groupe de tête et les poursuivants promet d’être intéressante dans un final où l’effort restera constant.
À la veille d’une étape de transition, une offensive des leaders pourrait bien compromettre les ambitions des échappés. Le problème, c’est qu’aucun d’entre eux ne dispose d’une équipe suffisamment forte pour maintenir un rythme élevé une fois la descente du Mortirolo terminée. Si les leaders s’attaquent, ils se retrouveront entre eux, et personne ne se sacrifiera vraiment. Un peu comme lors de la 15e étape, j’imagine donc un possible regroupement ou une phase plus attentiste au moins jusqu’à Le Motte, permettant aux échappés de reprendre du champ.
Si INEOS était restée au complet et que ses deux leaders n’avaient pas craqués, j’aurais certainement donné moins de chances aux baroudeurs. Pour demain, je pars de nouveau sur une victoire de l’échappée et je persiste et signe avec Poels. Astana court très juste depuis le début du Giro et a enfin été récompensée hier. Pourquoi pas aller chercher le back to back. Un oeil aussi sur Zana.

