Les Coureurs Engagés
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La Maglia Rosa

Roglic s’élancera avec le statut de favori sur ce Giro 2025. À l’image de sa préparation pour le Giro 2023, le Slovène a peu couru en ce début de saison. Encore hors de forme au Portugal, il s’est aligné sur le Tour de Catalogne pour envoyer un message clair à ses principaux adversaires : deux victoires d’étapes, dont une belle démonstration en solitaire lors de la dernière journée, le classement par points, celui de la montagne et le général. Il n’a rien laissé en route.
Malgré ses 35 ans, il reste l’un des quatre meilleurs coureurs de Grands Tours, tant qu’il reste sur son vélo. Coureur complet, il sera l’un des leaders les plus à l’aise sur les chronos. Je ne crois pas, en revanche, qu’il ait de véritables références sur les chemins blancs proposés lors de la 9e étape. Ce sera pour moi la principale interrogation, même si je le pense tout à fait capable de figurer parmi les meilleurs.
Avec une approche similaire à celle du Giro 2023, je pense qu’il arrivera encore frais pour la terrible troisième semaine qui attend le peloton. Une semaine où les qualités de grimpeur seront essentielles, et où l’expérience de ces grands rendez-vous fera la différence.

Ayuso semble être le principal adversaire de Roglic cette année. En ce début de saison, il a toujours répondu présent : quatre victoires depuis février, le général de Tirreno et une deuxième place sur le Tour de Catalogne derrière Roglic. En Catalogne, il n’a pas pu résister au Slovène lors de la dernière étape. Certes, nous étions encore assez loin du départ du Giro, mais ce premier affrontement a permis d’esquisser une première hiérarchie entre les deux principaux favoris à la victoire finale.
Concernant les Grands Tours, Ayuso a évidemment moins d’expérience que Roglic. Malgré tout, il a accroché un podium sur la Vuelta 2022 pour son premier GT, avant de prendre la 4e place en 2023 (à plus de 2 minutes du slovène, 3e). L’année dernière, il a été contraint à l’abandon après la 12e étape lors de son premier Tour de France. Au vu de ses performances cette année et les saisons précédentes, difficile d’affirmer avec certitude qu’il battra Roglic. C’est envisageable, il est jeune et en constante progression, mais Roglic ne semble pas encore sur le déclin.
Excellent contre-la-montre, Ayuso devrait être le leader le plus à même de s’en sortir et de prendre quelques secondes précieuses d’avance. Malgré tout, ce Giro se jouera en montagne, et c’est en troisième semaine qu’il faudra répondre présent. Mon principal doute le concernant concerne le Colle delle Finestre. Je ne crois pas qu’il ait de vraies références sur des cols à la fois longs et très pentus. La seule qui me vienne à l’esprit reste l’Angliru 2023, où il termine à plus de 1’40″ de Roglic au sommet.
En début de saison, il semblait qu’Ayuso doive partager le leadership avec Adam Yates. Mais les résultats du Britannique en 2025 ne lui permettent pas de prétendre à ce statut au départ de la course. Il ne se sacrifiera probablement pas d’emblée pour Ayuso, mais de toute façon, les vraies étapes de montagne n’arriveront qu’en troisième semaine.

Tiberi ne cache pas que le podium du Giro est son principal objectif de la saison, une place qu’il aurait probablement pu viser dès l’an dernier sans son incident mécanique sur les pentes d’Oropa. Quoi qu’il en soit, une 5e place pour son premier Grand Tour en tant que leader reste un excellent résultat. Il a ensuite confirmé son potentiel en remportant le Tour du Luxembourg, validant ainsi son statut de coureur de classement général.
Tiberi est un coureur assez complet, mais il semble encore en difficulté sur les ascensions irrégulières, où les changements de rythme sont fréquents. Il trouvera cependant des montées plus à son goût sur ce Giro. Il fait également partie de ceux qui prendront un bel avantage grâce aux contre-la-montre : derrière Roglic et Ayuso, il est sans doute le meilleur des leaders dans l’exercice. Il avait aussi fait preuve d’une belle régularité en montagne sur le Giro 2024, à l’exception de l’étape de Livigno où il avait concédé une minute à ses principaux adversaires, avant de bien réagir les jours suivants.
Son abandon du Tour des Alpes il y a deux semaines pour cause de maladie a perturbé sa préparation, mais cela pourrait finalement s’avérer être un mal pour un bien. Le travail de fond avait déjà été effectué, il pourra utiliser les premiers jours de course pour parfaire sa forme. Il pourrait ainsi arriver un peu plus frais pour la 3e semaine, là où tout se jouera.

Après un Tour d’Oman intéressant, Gaudu a vu sa saison chamboulée par deux chutes, notamment sur Tirreno. Sa reprise sur le Tour de Romandie était loin d’être rassurante : sur l’étape de Thyon 2000, il finit a plus de 6′. Il sera loin d’être en forme au départ du Giro, et il le sait : il s’attend à passer dix jours difficiles. Heureusement pour lui, mis à part la 7e étape, il n’y aura pas d’étapes véritablement montagneuses.
Le contre-la-montre étant un de ses points faibles, il perdra du temps sur les meilleurs, mais avec seulement 40 km au total, le débours ne devrait pas être catastrophique. On peut imaginer un scénario similaire à celui de la Vuelta 2024, avec une montée en puissance progressive, mais peut-être que cela arrivera un peu trop tard.

Bernal viendra sur ce Tour d’Italie avec le classement général pour ambition. L’ancien vainqueur du Giro 2021 a finalement assez peu couru cette année, en grande partie à cause de sa chute sur la Clásica Jaén. Difficile de savoir exactement où il se situe par rapport aux autres prétendants au top 10, sa 7e place sur le Tour de Catalogne, il y a plus d’un mois, étant son dernier résultat officiel. Il reviendra d’un long stage en Colombie. Ces peu de jour s de courses pourraient néanmoins être une bonne chose en vue d’un pic de forme en 3e semaine. Après quelques années de galère, sa saison 2024 était prometteuse au regard de ses performances sur les courses par étapes d’une semaine. Espérons pour lui que cela se poursuive et se transpose sur les Grands Tours.
Il partagera le leadership avec Arensman. Récent deuxième du Tour des Alpes, le Néerlandais est apparu en très bonne forme, semblant s’améliorer au fil des étapes et seulement battu par un Storer exceptionnel. On peut remonter un peu plus tôt dans la saison pour trouver son podium sur Paris-Nice également. Il réalise une très belle saison jusqu’ici. Il commence aussi à devenir un habitué des top 10 sur les Grands Tours, preuve de sa régularité. En effet, entre 2022 et 2024, il a terminé 6e d’une Vuelta et, à deux reprises, 6e du Giro. Très bon rouleur, il gagnera lui aussi du temps dans l’exercice face à bon nombre de ses concurrents pour le top 10.

L’une des sensations du Giro 2023 sera de retour, avec cette fois-ci le général dans le viseur. Il s’agit bien sûr de Gee, 9e du dernier Tour de France. Le Canadien ne cesse de progresser et d’impressionner, au point d’apparaître comme un nom crédible dans la course au top 5 pour le maillot rose.
Sans être le meilleur grimpeur du plateau, il a régulièrement impressionné dans ce domaine, capable de très bien limiter les dégâts pour ensuite miser sur ses qualités de rouleur afin de reprendre du temps. Sa saison 2025 laisse présager de très belles choses pour lui au mois de mai, surtout après l’avoir vu monter en puissance sur le Tour des Alpes, où il est allé chercher une belle 3e place au général.

Ciccone va enfin retrouver le Giro, trois ans après sa dernière participation. L’Italien entretient une histoire d’amour assez compliquée avec cette course ces dernières années, entre chutes, Covid et autres maladies. Dans la lignée de ses saisons 2023 et 2024, il semble encore avoir franchi un cap cette année. La principale évolution concerne les chronos. Il n’est pas devenu un bon rouleur du jour au lendemain, mais il semble désormais en mesure de limiter la casse, comme on a pu le constater sur le Tour des UAE ou Tirreno.
Assez décevant sur Tirreno et un ton en dessous sur le Tour des Alpes, il a en revanche signé de très belles performances sur le Tour des Émirats et Liège-Bastogne-Liège. Mon interrogation principale le concernant tient à sa capacité à être régulier sur trois semaines. Malgré quelques tentatives, il n’a jamais accroché un top 10 sur un Grand Tour (11e du Tour l’année dernière comme meilleur résultat). Face à une adversité plus abordable, c’est un objectif qui me semble réalisable ici, d’autant plus qu’il reste l’un des meilleurs grimpeurs du peloton si l’on regarde la liste des concurrents.

Rubio sera la carte pour le classement général chez Movistar. Le Colombien a réalisé un début de saison assez anonyme si on le compare à certains de ses équipiers. Septième du dernier Giro, il prendra le départ avec l’espoir d’améliorer ce résultat. Il fait partie de ceux qui attendront la dernière semaine avec impatience, les deux premières étant les plus compliquées pour lui avec les deux chronos et l’étape des Strade Bianche. J’ai du mal à imaginer mieux qu’un top 10, à moins qu’il ne puisse bénéficier d’une carte blanche pour reprendre du temps en échappée.

Landa ne pourra malheureusement pas compter sur la présence de Paret-Peintre, qui s’était avéré être un atout de poids pour O’Connor lors du dernier Giro. Un point négatif, certes, mais rien de rédhibitoire pour l’expérimenté Espagnol, qui a réalisé un bon début de saison. Il s’aligne ici avec le statut de leader de son équipe et de clair prétendant au podium. Il va souffrir lors des deux chronos et perdra probablement trop de temps sur Roglic et Ayuso pour espérer le récupérer lorsque la montagne arrivera. En revanche, s’il affiche le même niveau que sur le Tour 2024, le podium est une option plus qu’envisageable au vu de la troisième semaine qui attend le peloton.
Un peu à l’image de Roglic, il n’y a aucun signe qui pourrait laisser penser qu’il est sur le déclin. En regardant sa saison 2024, on peut même penser que c’est tout l’inverse, malgré ses 35 ans ! Il devrait être de nouveau être l’un des tout meilleurs lorsque les grosses échéances arriveront. Le seul problème pour lui restera un potentiel « jour sans » comme il l’a vécu sur la Vuelta 2024. Quelque chose d’assez imprévisible, mais si cela devait de nouveau arriver, pas certain qu’il ne dispose de l’équipe pour limiter la casse.

Carapaz n’a vraiment pas connu un bon début de saison, ce qui rend difficile de le situer clairement. L’Équatorien peut parfois être sur courant alternatif, viser le général avant de se tourner vers les victoires d’étapes si la forme n’est pas au rendez-vous. Alors qu’il faisait partie des coureurs les plus réguliers au classement général entre 2019 et 2022, il n’a plus accroché le podium d’un Grand Tour depuis sa deuxième place sur le Giro 2022. En forme, il est un prétendant clair au top 5, mais à l’heure actuelle, il est difficile de savoir dans quel état il abordera ce Giro.

Un peu à l’image de Carapaz, difficile de situer Simon Yates. Le Britannique s’est montré assez discret en ce début de saison. Son faible nombre de jours de course jusqu’ici s’explique peut-être par le fait qu’il devrait également s’aligner sur le Tour de France en soutien de Vingegaard. S’il sera leader unique sur le Giro, sera-t-il malgré tout en assez bonne forme pour viser le podium, avec le Tour en tête ? Rien n’est moins sûr. D’autant que Yates ne brille pas forcément par sa régularité lorsqu’il s’agit de jouer le classement général d’un Grand Tour. S’il est plus proche de son niveau de 2023 que celui de 2024, il sera dans les 10 malgré tout.

Storer réalise jusqu’ici une excellente saison, avec pour seule ombre au tableau sa 15e place sur le Tour des Émirats, due aux bordures. 5e de Paris-Nice avec, en prime, une victoire d’étape, c’est surtout sa prestation sur le Tour des Alpes qui a impressionné. Alors que tout le monde pensait la course ouverte, l’Australien a littéralement écrasé ses concurrents, se montrant de très loin le plus fort. Deux hypothèses : soit il a franchi un nouveau cap et jouera sans aucun doute le top 10 (voire mieux) sur le Giro, soit il était en pic de forme bien trop tôt.
Il avait pris la 10e place du Giro en 2024, signant ainsi son premier top 10 sur un Grand Tour. Il avait su se montrer régulier tout au long des trois semaines, y compris lors de la dernière étape où certains avaient connu de terribles défaillances. Ses qualités de grimpeur sont indéniables, mais sera-t-il toujours aussi en forme en troisième semaine, lorsque la haute montagne arrivera ?

Piganzoli peut-il améliorer son résultat de l’année passée et aller chercher un top 10 ? L’adversité semble bien plus relevée cette année; faire un fond de top 10 serait déjà une très belle performance pour le jeune Italien. Il progresse constamment et semble un ton au-dessus de ses performances de 2024. Le top 10 reste difficile, mais un résultat pas totalement inenvisageable s’il parvient à récupérer du temps lors d’une échappée. Un top 15 semble malgré tout plus réaliste.

Pour son dernier Grand Tour, Bardet aura la lourde tâche de guider une équipe PicNic en difficulté au niveau des points UCI, tout en encadrant Poole. Jusqu’à la dernière étape du Tour des Alpes, les deux semblaient un petit ton en dessous de Ciccone et Gee, eux-mêmes bien en deçà des performances de Storer et Arensman. Bardet a été ralenti par les chutes cette année, mais le peu de jours de course dans les jambes, combiné à son expérience, pourrait peut-être lui permettre de faire la différence en troisième semaine. Poole va, lui, prendre le départ de son troisième GT, le premier avec le statut de leader. Nous l’avions vu très remuant l’année dernière sur la Vuelta, allant chercher 3 podium d’étapes, tout en restant performant en 3e semaine.

La Maglia Ciclamino
À la faveur du changement de barème d’attribution des points mis en place en 2014, les sprinteurs se jouent désormais le Ciclamino. Les étapes sont réparties en 3 catégories différentes.



En ce qui concerne les sprint intermédiaires, il y en aura 3 par étapes, exception faite des deux contre la montre. Sur chaque étape il y aura un sprint intermédiaire appelé « KM RedBull ». Les 3 premiers à franchir cette ligne se verront attribuer un bonus en temps de 6, 4 et 2 secondes.
Les deux autres sprint intermédiaires compteront en revanche pour le classement par points.

Les Favoris
Cette année, 7 étapes semblent adaptées aux sprinters, de quoi leur offrir un très grand nombre de points. Il sera difficile pour un coureur incapable d’enchaîner les podiums sur les sprints massifs de prétendre à ce maillot. Avec deux SI par étape, ce seront 24 pts supplémentaires à aller chercher tous les jours, mais cela ne devrait pas être suffisant pour qu’un baroudeur ne vienne contrecarrer les plans des sprinters, surtout quand les meilleurs d’entre eux sont assez polyvalents.

Après avoir vu probablement le meilleur Pedersen de sa carrière lors de la saison des classiques, le Danois passe désormais en mode « Grand Tour ». À certains moments, il a semblé avoir perdu un peu de puissance au sprint, mais paraît tout de même plus incisif au terme d’une course d’usure, comme sur Paris-Roubaix ou le Ronde. Malgré la faible adversité sur les sprints massifs, je ne pense pas qu’il puisse dominer. En revanche, il sera toujours bien placé pour marquer de gros points sur les sprints massif, tout en ayant la capacité d’aller chercher des points aux sprints intermédiaires en échappée. Avec ce qu’il a montré dernièrement, il devrait être l’un des sprinters les moins en difficulté sur les étapes casse-pattes.

Début de saison assez compliqué pour Groves, qui attend toujours sa première victoire. Le vainqueur du classement par points de la dernière Vuelta (sur laquelle il s’était aussi imposé trois fois), ainsi que de la précédente, aura à cœur de profiter d’un plateau abordable pour scorer. Un plateau abordable comparé à celui de l’année passée, mais tout de même plus relevé que sur ses deux précédentes Vuelta. Il devrait être un bon concurrent dans la bataille pour le ciclamino, lui aussi étant un sprinter tout à fait capable d’encaisser du dénivelé tout en pouvant signer des podiums sur les sprints massifs.

Visma va aligner sa doublette Kooij – Van Aert sur le Giro. Le Néerlandais est, sur le papier, le meilleur sprinter du plateau, et d’assez loin. Reste à voir quel sera son état de forme après son retour de blessure (fracture de la clavicule fin mars). Sa présence signifie cependant une chose assez importante : Van Aert ne devrait pas disputer les sprints massifs. Dans ce cas-là, difficile d’imaginer le Belge en mesure d’aller chercher le ciclamino. Kooij est en plus un sprinter qui encaisse bien le dénivelé. S’il est à son vrai niveau, il pourrait bien collectionner les victoires et prendre un avantage assez conséquent au classement par points.

Depuis 2023 et son passage chez Q36.5, Moschetti s’est un peu retrouvé, et cette saison 2025 semble enfin être la confirmation. Quatre victoires et des podiums sur la Nokere ainsi que sur le Grand Prix de l’Escaut : l’Italien a eu l’occasion de mettre quelques beaux noms à son tableau de chasse cette année. Selon les circonstances de course, il n’est pas exclu qu’il puisse aller chercher une victoire. Je suis plus sceptique quant à sa capacité à se battre sur trois semaines pour aller chercher le ciclamino.

Milan Fretin réalise jusqu’ici un très bon début de saison, avec déjà trois victoires au compteur, plus que sur toute sa saison 2024. Il a aussi su se montrer très régulier en se plaçant cinq fois dans le top 5 et deux fois dans le top 10 des sprints auxquels il a pris part. Une valeur sûre pour les top 10 / top 5 sur les sprints de ce Giro. Trop juste pour espérer jouer le haut du classement par points malgré tout.

Bennett semble revivre depuis son arrivée chez Décathlon. Il n’est certes plus celui qu’il était lors de sa période Quick-Step, mais il a montré être toujours capable de s’imposer et d’aller chercher de belles places sur les sprints massifs. S’il trouve de la régularité il pourrait bien figurer dans ce classement, même si finir premier sera, à mon sens, trop difficile. Sur le papier, il est peut-être le meilleur sprinter derrière Groves.

La Maglia Azzurra
Mis à part l’an dernier avec la présence écrasante de Pogacar, le Giro reste historiquement un Grand Tour favorable aux attaquants. Sur les 10 dernières éditions, seuls trois vainqueurs du classement de la montagne figuraient également dans le top 10 final : Froome, Pinot et donc Pogacar en 2024.
Concernant la répartition des points sur les trois semaines, le déséquilibre reste frappant : près de 50 % des points maximum disponibles seront attribués sur les seules étapes 16, 17, 19 et 20.
Depuis 2023, l’organisation du Giro a modifié partiellement le barème de son classement de la montagne. Désormais, lorsqu’une étape se termine au sommet d’un col, les trois premiers à franchir ce dernier bénéficient d’un nombre de points bonifié. Cette année, deux étapes sont concernées : les 7e et 16e. Il y aura bien une arrivée au sommet sur la 20e, mais Sestriere étant catégorisée en 3e catégorie, les points ne seront pas bonifiés. En 2024, six étapes bénéficiaient de cette règle, offrant un net avantage à Pogacar, toujours très bien placé dans les étapes clés.
Voici le barème appliqué pour les différents types d’ascensions (entre parenthèses étant les points attribués si le col est aussi l’arrivée de l’étape) :





Semaine 1
Je prends ici la semaine 1 au sens large, en englobant les trois premières étapes en Albanie et les six suivantes en Italie. Quelques points seront à aller chercher sur les première et troisième étapes, grâce à deux ascensions de deuxième catégorie. Rien à signaler sur le contre-la-montre, ni sur les étapes 4 et 5.
La sixième étape, bien qu’annoncée pour sprinteurs, comprend elle aussi une ascension de deuxième catégorie, placée de manière à être accessible aux baroudeurs.
Mais c’est bien l’enchaînement des 7e et 8e étapes qui constituera le moment fort de cette première semaine en ce qui concerne la bataille pour le maillot bleu. La 7e marquera la première arrivée au sommet du Giro, et l’histoire récente parle en faveur des échappés : sur les 10 dernières éditions, neuf fois l’échappée est allée au bout sur cette première arrivée au sommet. La seule exception ? Pogacar, encore lui, en 2024. Les profils de ces deux étapes laissent penser que les baroudeurs pourraient rafler la totalité des points en jeu.
Semaine 2
La deuxième semaine est assez claire dans sa structure. Les prétendants au maillot bleu cibleront principalement deux étapes : la 11e et la 15e, situées respectivement en début et en fin de semaine, ce qui permet une gestion optimale des efforts.
La configuration de la 11e étape laisse penser que la victoire reviendra à l’échappée, qui s’adjugera logiquement l’ensemble des points de la journée. Un schéma similaire semble probable pour la 15e étape. Certes, un doute subsiste en repensant à la 20e étape du Giro 2017, mais les conditions ne sont pas tout à fait comparables. Il restera encore plusieurs grandes occasions en troisième semaine, ce qui devrait inciter les leaders à attendre. Ici encore, les baroudeurs devraient tirer leur épingle du jeu.
Semaine 3
C’est de loin le moment charnière de ce Giro, aussi bien pour le classement général que pour la bataille du maillot bleu. À elles quatre, les étapes 16, 17, 19 et 20 distribueront un maximum d’environ 450 points.
Concernant la 16e étape, je suis assez partagé sur le scenario. L’enchaînement Santa Barbara / San Valentino s’annonce particulièrement exigeant, et les échappés auront besoin d’un bon matelas s’ils veulent espérer aller au bout. Ils devraient malgré tout être en mesure de récolter une bonne partie des points, même s’ils ne prennent pas ceux au sommet de San Valentino.
Pour la 17e, l’ascension du Mortirolo par son versant le moins difficile, combinée à l’absence de grosses difficultés dans le final, pourrait ne pas inciter les leaders à attaquer. Du moins, pas suffisamment pour qu’ils contrôlent la course en amont. Cette étape semble à première vue taillée pour les baroudeurs, mais en fonction du déroulé de la course et des intentions des leaders, je pourrais revoir mon jugement.
En revanche, les étapes 19 et 20 devraient revenir aux leaders. Elles représenteront les deux dernières vraies opportunités de remonter au classement avant l’arrivée à Rome. Sur la 20e, entre le Colle delle Finestre et Sestrière, les favoris devraient se disputer la majorité des gros points. Le scénario pourrait être un peu différent sur la 19e, où les baroudeurs auront peut-être l’opportunité de passer en tête au sommet du Tzecore, voire du Saint-Pantaléon, récoltant ainsi la majorité des points du jour.
Les Favoris
Pour éviter de se retrouver piégé, il sera crucial de glaner des points dès les deux premières semaines, lorsque les leaders resteront probablement calmes, faute d’occasions. Tout miser sur la 3e semaine serait un pari risqué, selon l’évolution du classement général.
J’aurais tendance à écarter de la lutte pour le maillot bleu les hommes visant le général. Il est toujours possible que l’un d’eux se retrouve à jouer ce classement annexe par défaut, après avoir perdu trop de temps, mais ce n’est pas le scénario que je privilégie. Je miserais plutôt sur les coureurs – et les équipes – tournés vers la chasse aux étapes.

Astana réalise un excellent début de saison et semble en passe de réussir l’impensable : se maintenir en World Tour. Personne ne visera le général sur ce Giro, mais tout sera joué pour les étapes. Un garçon a été très clair là-dessus, il s’agit de Fortunato. Il n’a pas mentionné le maillot du grimpeur, mais délaissera le général pour se concentrer sur les victoires d’étapes. Avec la forme qu’il a affichée sur le Tour de Romandie, nul doute qu’il sera un sacré client en échappée sur les étapes montagneuses. Scaroni peut être intéressant à suivre aussi, même s’il sera plus limité que Fortunato en troisième semaine. L’autre belle carte côté Astana serait probablement Wout Poels. Récent vainqueur du Tour de Turquie, il a encore affiché un très bon niveau en montagne. L’adversité sera plus grande ici cependant. Il est intéressant de noter qu’une victoire d’étape rapporte 180 points UCI, tout comme la première place au classement du meilleur grimpeur. A bon entendeur.

Jayco amène aussi une équipe intéressante en ce qui concerne les baroudeurs. Si Chris Harper tentera de jouer une place au général, ses équipiers auront carte blanche tout au long du Giro. Ce sera notamment le cas de Zana, qui se concentrera sur la chasse aux étapes. Déjà vainqueur d’étape en 2023, l’ancien champion d’Italie tentera d’en chercher une seconde dans un rôle de baroudeur-grimpeur qui lui colle bien plus à la peau. Chemin faisant, il pourrait se retrouver bien placé au classement de la montagne et le jouer. On notera aussi la présence de Bouwman, ancien double vainqueur d’étape et lauréat du maillot de meilleur grimpeur en 2022.

Côté EF, je suis obligé de citer Carapaz. L’Équatorien a dit qu’il visait le général sur ce Giro, mais son début de saison me laisse un peu perplexe. Il aura certes le temps de monter en pression, la montagne ne débutant vraiment qu’en troisième semaine. Mais, si pour une raison ou pour une autre il venait à se retrouver trop loin au général, il se tournera vers les victoires d’étapes, comme il l’a déjà fait par le passé. Alors, il sera un redoutable client pour les hommes ayant ciblé le maillot bleu. Le jeune Steinhauser sera aussi à suivre. Il avait terminé 3e de ce classement annexe l’année passée et était allé chercher une victoire d’étape. Il sera peut-être un peu barré par les envies de général de son leader cependant.

Un peu dans la veine de Carapaz, je vais mentionner Bardet. Pour son dernier Grand Tour, le Français devrait initialement jouer le général. Je ne serais cependant pas surpris qu’il se tourne vers une victoire d’étape en cours de route, et pourquoi pas le maillot de meilleur grimpeur. Avec ce qu’il a montré en Romandie, je ne suis pas certain que cela soit suffisant pour viser haut au classement général, et il serait peut-être plus judicieux de jouer sa carte personnelle. Mais il faut aussi prendre en compte qu’un de ses rôles sera d’accompagner Poole, qui lui aussi jouera le général, ce qui rendra difficile une totale liberté.

Quid de Storer ? L’Australien devrait, en premier lieu, essayer d’améliorer sa 10e place obtenue l’année dernière. Si cela s’avère compliqué, il se tournera sûrement vers les étapes, et pourquoi pas vers le maillot de grimpeur, comme sur la Vuelta 2021. Mais si finalement son pic de forme était arrivé trop tôt lors du Tour des Alpes, il pourrait souffrir en troisième semaine, même en échappée.

Est-ce que Pidcock peut prétendre à ce maillot ? Dans le communiqué de son équipe, il n’est pas fait mention d’une volonté de jouer le général, mais plutôt de rechercher une victoire d’étape. Il a déjà montré de belles choses en montagne. Si je ne le pense pas capable de jouer le général, ou en tout cas de viser très haut, en échappée et en choisissant ses jours, il peut tout à fait réaliser de belles choses.

Personne pour jouer le général du côté de Décathlon, ce sera donc tout pour les victoires d’étape. Si Bennett aura une vraie belle chance au sprint, l’équipe pourra compter en montagne sur son homme en forme : Prodhomme. Il s’est montré exceptionnellement fort sur le Tour des Alpes pour accompagner ses leaders et faire le train, et a été récompensé en allant chercher une belle victoire d’étape. Si cette forme est toujours présente sur le Giro, il peut réaliser de belles choses lorsque la route va s’élever.

Je ne pense pas que ce sera le cas, mais si les leaders venaient à se jouer la majorité des étapes de montagne, alors Roglic deviendrait de facto le favori pour ce maillot bleu. Cela n’est pas forcément dans son ADN, mais si l’occasion se présente de s’imposer, il ne crachera pas dessus.
