

205 kilomètres au départ de Ciney pour cette 89e édition de la Flèche Wallonne, avec quelques modifications notables à signaler sur le circuit final par rapport à l’édition 2024.
Avec une arrivée au sommet du Mur de Huy, la part d’inconnu reste mince : c’est une course taillée pour les puncheurs. Pas étonnant, donc, de voir les meilleurs d’entre eux monopoliser les premières places. La course est souvent verrouillée, les équipes des leaders contrôlant et imposant leur tempo pour que les favoris se disputent la victoire dans l’ultime ascension du Mur. Il faut remonter à 2003 pour retrouver une échappée victorieuse sur la Flèche ! Ce jour-là, c’est l’Espagnol Igor Astarloa qui avait créé la surprise.
Bien qu’elles soient presque systématiquement vouées à l’échec, les attaques ne manquent pas dans le final, menées par des coureurs déterminés à déjouer les statistiques.
Le Parcours

Comme d’accoutumée, et malgré les changements fréquents de parcours, c’est une course vallonnée toute la journée à laquelle nous aurons droit. Les 105 premiers kilomètres ne verront que deux côtes répertoriées proposées :
- La Côte de Ver au kilomètre 18.2 (1.7 km à 4.5 %)
- La Côte de Petite Somme au kilomètre 85.8 (1.3 km à 8.8 %)
Après 105 kilomètres de course, le peloton entrera sur le circuit final, point de départ du véritable affrontement. Un circuit qui présente deux différences majeures par rapport à l’édition précédente.
Le Circuit Final

Tout d’abord, la côte de Cherave fait son retour dans le parcours. Ensuite, le Mur de Huy ne sera gravi que trois fois cette année, contre quatre lors de l’édition 2024. Il y a trois ascensions à parcourir trois fois sur ce circuitd e 37 kilomètres.


Après un peu plus de 200 km de course, les coureurs aborderont la dernière ascension de la journée en haut de laquelle sera jugée l’arrivée : le mythique Mur de Huy.

Le Mur fait indéniablement partie des 1 300 mètres les plus haletants de la saison cycliste, avec ses pourcentages démoniaques flirtant parfois avec les 20 %.
1 300 mètres de montée à près de 10 % de moyenne. Une pente relativement douce sur les 400 premiers mètres, avant que les choses sérieuses ne commencent à 800 mètres de la ligne, avec les premières rampes à 10 %, puis le terrible passage à 19 % aux 400 mètres. La bataille pour le placement dès le pied fera rage.
Beaucoup s’y sont cassé les dents à vouloir attaquer trop tôt, quand d’autres, au fil des années, en ont fait leur terrain de jeu, leur chasse gardée.
On ne triche pas dans le Mur : seul un puncheur d’exception peut espérer lever les bras à Huy.
Météo
La pluie sera au rendez-vous demain, mais les températures resteront douces, contrairement à l’année dernière où le froid avait pesé sur les organismes. Le vent, modéré (moins de 15 km/h), soufflera du sud-ouest, ce qui offrira un vent défavorable dans les ascensions d’Ereffe et de Cherave.
Le Scenario
La Flèche Wallonne 2025 pourrait-elle enfin déroger à son scénario classique ? Chaque année ou presque, l’épreuve se résume à une montée finale explosive du Mur de Huy, avec un sprint entre favoris dans les derniers hectomètres. Mais cette édition pourrait bien nous offrir un déroulement un peu différent. Evenepoel a laissé entendre que la Soudal envisageait de durcir la course en amont, afin d’écrémer le peloton avant la dernière ascension. Si tel est le cas, on pourrait voir un groupe très réduit arriver au pied du Mur, limitant ainsi les problèmes de placement cruciaux dans ce final.
Les Prétendants

Pogačar s’est montré un peu trop fougueux sur l’Amstel. Pris à son propre jeu en suivant l’attaque précoce d’Alaphilippe, il s’est retrouvé isolé bien plus tôt que prévu. Le Slovène n’était peut-être pas dans un grand jour, mais en étant plus mesuré et réfléchi, il avait largement les moyens de s’imposer. Il a assez peu couru depuis février au final, mais il a enchaîné des courses longues et éprouvantes. Rien d’étonnant à ce qu’il commence à accuser le coup physiquement après Roubaix, si c’est bien ce à quoi nous avons assisté dimanche dernier. Sur la Flèche, il n’aura sans doute aucun intérêt à provoquer une course de mouvement, cela a d’ailleurs été confirmé par son DS. Dans un sprint final sur le Mur, il partira avec le statut de grand favori.

Grâce à l’immense travail de Van Wilder, et avec le soutien de Skjelmose, Evenepoel a réussi à revenir sur Pogačar lors de l’Amstel. Un retour que beaucoup pensaient impossible après toutes les démonstrations du slovène. Ce genre de scénario redonne forcément un peu d’espoir au peloton, même si peu de coureurs possèdent les qualités du Belge.
Comme il l’a lui-même évoqué, Evenepoel pourrait chercher à durcir la course assez tôt, avec un objectif clair : éliminer les profils plus explosifs comme Nys avant le Mur de Huy. Il tentera certainement d’attaquer, que ce soit dans Ereffe ou dans Cherave, mais le vent sera défavorable. Il a beaucoup travaillé son punch ces dernières saisons, au point d’en faire une réelle arme. Cela dit, face à un Pogačar dans un bon jour sur ce type d’arrivée, il ne partira pas avec la pancarte de favori.

La victoire de Skjelmose sur l’Amstel était pour le moins inattendue ! Le Danois a affiché une très grande forme, en réussissant à suivre Evenepoel et en battant Pogačar au sprint. La Flèche wallonne est une course différente, plus figée dans son scénario, mais qui lui convient également : il y avait décroché une très belle 2e place en 2023.
Cette année, Lidl-Trek semble pourtant vouloir miser sur un autre coureur : Nys. Beaucoup, y compris Skjelmose lui-même, estiment que le jeune Belge est peut-être le seul capable de battre Pogačar au sommet du Mur de Huy. C’est un profil de pur puncheur, explosif, parfaitement taillé pour ce type de montée. Mais il reste une inconnue de taille : il ne s’est encore jamais mesuré aux tout meilleurs dans cet exercice.
La question du placement, primordial au pied du Mur, pourrait également poser problème si le peloton est encore dense à cet instant. Et puis, le Mur ne pardonne pas : il faut en connaître les moindres virages pour ne pas lancer son effort trop tôt… ou trop tard. Après tout, même Pogacar a eu besoin de 4 essais avant de s’imposer ! Je suis assez partagé : je reste sceptique, mais aussi très curieux de voir ce qu’il sera capable de faire. À moins qu’il ne soit déjà distancé si Evenepoel et Pogačar décident d’anticiper dans Cherave…

Une attaque tranchante et puis s’en va, voilà comment résumer la prestation d’Alaphilippe sur l’Amstel. Le Mur de Huy fut longtemps son terrain de jeu favori. Triple vainqueur ici entre 2018 et 2021, le temps a depuis fait son œuvre, et il semble difficile de l’imaginer rivaliser à la pédale avec les cadors actuels.
Peut-il encore rêver d’un top 5 ? Si le scénario est classique, avec une montée finale rapide mais groupée, pourquoi pas. Son accélération sur l’Amstel prouve qu’il a encore des cartouches. De là à tenir jusqu’en haut du Mur face à Pogačar, c’est une autre histoire. Mais sur un bon placement et une montée bien gérée, une place d’honneur n’est pas à écarter. Le panache, lui, reste intact.

Van Gils semblait avoir un grand potentiel sur cette course l’année dernière, après sa 3e place. Cependant, depuis quelques semaines, ses performances semblent moins convaincantes, et son équipe n’a pas non plus montré une grande forme. Cette année, la concurrence sera encore plus féroce, et il aura fort à faire pour rééditer une telle performance. Difficile de l’imaginer en mesure de le faire actuellement.

Cette épreuve semble avoir tout pour lui convenir, mais Pidcock n’a, pour le moment, pas fait mieux que 6e au sommet du Mur de Huy. Un peu comme Van Gils, le Britannique ne semble clairement pas au top de sa forme. Je suis assez sceptique quant à ses chances de podium mercredi.

Martinez sera au départ pour sa toute première Flèche. Il a récemment montré de très belles choses sur des arrivées particulièrement punchy. Le meilleur exemple reste sans doute sa victoire sur la 5e étape de Paris-Nice, au sommet de la côte de Notre-Dame de Sciez (1.7 km à 11 %). La Flèche est une épreuve bien différente, et la bagarre pour le placement au pied du Mur de Huy sera féroce. Mais s’il parvient à bien se positionner, il a les moyens d’aller chercher un bon résultat.

Excellent puncheur, Grégoire a tout ce qu’il faut pour briller sur cette course. Sa 7e place l’an dernier avait un goût de déception, surtout au vu de l’adversité présente au moment d’aborder le Mur. Il semble en très bonne forme actuellement, comme en témoigne sa 7e place sur l’Amstel. Ses performances dans les forts pourcentages des ascensions basques sur l’Itzulia, notamment sur la 3e étape, étaient également encourageantes. Il doit nourrir de vrais espoirs de signer un bon résultat demain.
Mes Choix
Au vu des déclarations, il est presque certain qu’Evenepoel demandera à son équipe de durcir la course. Il pourrait même tenter une attaque pour s’isoler. Que se passera-t-il derrière ? Si Pogacar ne bouge pas, UAE et Lidl devraient s’allier pour ramener le Belge dans les rangs ou le laisser s’épuiser avant de le récupérer dans le Mur. Si Pogacar suit et que les deux s’entendent, la poursuite reposera alors uniquement sur les épaules de Lidl. Mais, avec les déclarations d’UAE, pas certain que Pogacar n’ai vraiment envie de se lancer dans un long raid à quelques jours de Liège. Dans un cas comme dans l’autre, j’ai du mal à imaginer un scénario où le slovène se retrouverait piégé, incapable de jouer la victoire.
Sans grande surprise, mon favori sera Pogacar. Pour le podium, je suis tenté de miser sur Martinez. Je suis persuadé qu’il a tout ce qu’il faut pour décrocher un top 3 ici, même face à une concurrence relevée. Et si la course est vraiment durcie comme on s’y attend, les grimpeurs, ces sacrés animaux résistants, auront clairement leur mot à dire.