Jeux Olympiques Tokyo 2021 – Contre-la-montre (44 km)

Cette année les prétendants à la victoire sur ce contre-la-montre individuel sont nombreux, mais un seul succèdera à Fabian Cancellera à l’issue de ces 44 kilomètres !

LE PARCOURS

44 kilomètres pour un dénivelé positif de 750m. Le parcours de cette année est particulièrement vallonné. 2 tours d’un circuit de 22km, avec départ et arrivée sur le Fuji Speedway.

Les 3 premiers kilomètres seront majoritairement en descente, pour la sortie du circuit automobile. L’entrée dans la ville voisine marquera le début de la grosse côte du parcours. Une côte annoncée d’une longueur de 2 kilomètres 6.2% de moyenne, mais la route aura commencée à s’élever avant.

Contrairement à ce qu’on peut lire sur le profil, il n’y a pas de rampe à 21%. Les gros pourcentages se trouveront malgré tout au sommet de cette ascension avec des passages annoncés à 12%. Mis à part les deux derniers virages de l’ascension qui présentent des pourcentages plus élevés, les 4 500 premiers mètres seront roulant avec un pourcentage moyen de 3.5%. La vraie difficulté résidera dans les 400 derniers mètres qui affichent près de 10% de moyenne.

4 500 premiers mètres de la côte
400m difficile à 10% de moyenne

Après la bascule, les coureurs devront parcourir 5km d’une portion descendante, bien qu’on sera plus proche du faux-plat que d’une pure descente à certains endroits. Le pied de cette descente amènera les coureurs à l’entrée du circuit automobile, que nous avons déjà vu lors de l’épreuve en ligne de samedi.

L’entrée sur le circuit sera déjà une côte d’un kilomètre à près de 6% de moyenne, et une nouvelle côte assez pentue pour grimper jusqu’aux paddocks. On peut le voir sur le profil ci-dessus, le circuit n’est pas plat, mais plutôt un enchaînement de courtes côtes et de descentes.

Entrée sur le circuit jusqu’aux paddocks

Ci-dessus, le profil de l’entrée sur le circuit et la côte jusqu’aux paddocks. Des portions à plus de 8% mais sur des distances courtes, moins de 200m. A l’entrée, les coureurs bénéficieront de plus de la vitesse de la descente précédente, la côte peut se passer en force.

A 1 500m de l’arrivée, il restera un enchaînement de côtes à gérer dans les derniers lacets avant la ligne droite vers l’arrivée, sur le plat.

Enchaînement de 2 courtes côtes avant la dernière ligne droite.

L’ensemble de ce qui a été décrit au-dessus représente le parcours de 22 kilomètres que les coureurs engagés devront donc parcourir deux fois.

Dans l’ensemble c’est un parcours peu technique mais tout de même exigeant qui attend les coureurs, avec de nombreuses portions ascendantes qui viendront couper le rythme des moins bons rouleurs. Exemple typique du parcours où il ne faudra pas se mettre dans le rouge trop tôt sous peine de souffrir sur la fin du second tour.

METEO

La météo est un facteur primordial dans un contre-la-montre : la pluie, le vent, les températures… Si les coureurs ne partent pas sous les mêmes conditions certains seront plus avantagés que d’autres.

Demain, des averses sont annoncées. Normalement rien de violent, mais tout de même assez pour rafraîchir les températures sous les 30° et pour rendre la route mouillée. Le problème est qu’il est compliqué de savoir à partir de quand les averses débuteront, et si elles dureront longtemps. Les meilleurs partent dans le deuxième et le troisième groupe, si les membres d’un même groupe devraient avoir à peu de choses près les mêmes conditions, deux groupes différents peuvent avoir des conditions météo différentes.

Le vent soufflera en provenance du Sud Sud-Ouest tout l’après-midi à des vitesses aux alentours de 10km/h. Le circuit de 22km est relativement bien abrité, sauf le circuit automobile lieu du départ et de l’arrivée.

UN EXERCICE PARTICULIER

Pour ce contre-la-montre sur un circuit de 22km, les coureurs seront répartis en 3 groupes : le 1er groupe s’élancera entre 14h et 14h18 (heure locale), le second entre 14h56 et 15h14 (heure locale) et le dernier groupe composé de la majorité des favoris entre 15h52 et 16h10. Un détail important si la météo devait évoluer au fur et à mesure de l’épreuve.

Autre que la météo, le matériel revêt une importance capitale lorsqu’il s’agit d’une épreuve contre-la-montre. Demain aucune côte ne nécessitera un changement de vélo (comme ce que nous avons pu voir sur le c.l.m de La Planche sur le Tour 2020). Malgré les difficultés du parcours, la plupart étant roulante l’aérodynamisme sera important. Si les performances pures des meilleurs coureurs contre-la-montre tendent à se rapprocher, le matériel jouera un rôle primordial.

On a pu le voir lors de la saison 2021, les podium des c.l.m sur les épreuves World Tour ont été trusté par 3 équipes notamment : INEOS – Jumbo et Deceuninck.

1ère place2ème place3ème place
INEOS : 5
(Dennis x2; Ganna x3)
Deceuninck : 5
(Cavagna x3; Alaphilippe x1; Asgreen x1)
Jumbo : 6
(Vingegaard x3; Affini x1; Roglic x1; Foss x1)
Jumbo : 3
(Van Aert x2; Roglic x1)
INEOS : 1
(Thomas)
INEOS : 3
(Porte; Ganna; Thomas)
Deceuninck : 1
(Cavagna)
Jumbo : 1
(Affini)
Deceuninck : 3
(Almeida, Asgreen, Cattaneo)
Récapitulatif des podium sur les c.l.m WT en 2021

Il n’est pas étonnant de retrouver ces trois équipes au sommet de la hiérarchie de la discipline et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elles comptent dans leurs rangs une grande partie de ce qui se fait de mieux quand on parle de contre-la-montre. Ensuite, et c’est aussi ce qui fait la différence avec bon nombre d’autres équipes, ce sont les équipes qui investissent le plus dans la R&D sur l’aspect aérodynamique, en collaboration avec Pinarello, Cervélo et Spécialized.

Les équipes sont allées au bout de ce qu’elles peuvent faire sur le poids des vélos, le travail sur l’aérodynamique est primordial désormais dans la recherche des fameux gains marginaux. Du textile de la combinaison, à la position du cycliste en passant par la forme du bidon, rien n’est laissé au hasard. Et les résultats sont là, à coup de Watts économisés, les différences se font entre les meilleurs.

Un autre élément à prendre en compte, les pneus. Dans une vidéo publiée hier, Alex Dowsett parle des pneus Vittoria comme étant notoirement mauvais sous la pluie, à l’inverse des Continental. N’ayant pas eu l’occasion de vérifier par moi-même, je me réfère à l’avis d’un cycliste pro qui doit mieux savoir que quiconque ! Pour information, Jumbo roule avec des Vittoria, INEOS avec des Continental. Bien sûr, les coureurs peuvent choisir de prendre le départ avec un autre équipement que celui fourni par leurs équipes (comme Dennis lors des Worlds en 2019), mais cela reste une information intéressante à noter.

Dans les équipes performantes en contre-la-montre, bien qu’un ton en dessous du trio de tête, il convient aussi d’en citer quelques autres :

EF ( 2 victoires et 3 deuxième place). Cependant, 4 de ces 5 places ont été décrochées par Bissegger qui ne sera pas sur la course olympique. La FDJ a aussi obtenu de bons résultats, avec 1 victoire et deux deuxième places signées Küng.Enfin, UAE avec la victoire de Pogacar sur le 1er c.l.m du Tour, et deux places sur le podium dans l’année pour McNulty et Bjerg (Pogacar et Bjerg ne sont pas présents).

Maintenant que les bases sont posées, regardons de plus près qui sont les prétendants aux 3 premières places. Et il y en a quelques uns !

LES PRETENDANTS

Commençons par les favoris, Van Aert en premier. Impressionnant tout au long de l’année, le belge s’impose de plus en plus comme le coureur le plus complet du plateau. Il a été de nouveau incroyable lors de l’épreuve en ligne, capable d’accrocher les meilleurs grimpeurs dans les rampes du Mikuni Pass et ses 4km à plus de 10%, avec encore assez de réserves pour aller sprinter pour la médaille d’argent. Il ne fait aucun doute pour moi qu’il était le plus fort ce jour là. Comme beaucoup, il semble avoir des jambes de feu au sortir du Tour de France, preuve supplémentaire que la Grande Boucle était la préparation idéale pour l’épreuve en ligne. Le contre-la-montre est un exercice tout autre, mais un exercice dans lequel lui aussi excelle. Deuxième de l’épreuve en ligne et du chrono sur les Worlds en 2020 et deuxième de l’épreuve en ligne au JO la semaine dernière, Wout va t-il enfin briser cette malédiction ?

Certains observateurs s’accordent à dire que le parcours est trop difficile pour Ganna, ce qui était aussi à mon avis à première vue. Cependant, en se penchant de plus près sur la côte du parcours on peut voir que sur les 5 kilomètres d’ascension, seuls les 400 derniers mètres affichent du 10% de moyenne. Ce n’est pas rien, mais encore assez peu pour permettre à Pippo de passer sans perdre trop de temps sur des hommes au profil plus puncheur. L’italien est tout à fait conscient que ce parcours n’est pas idéal pour lui, mais le champion du monde est loin d’être mauvais lorsque la route s’élève (revoir ses Giro 2020 et 2021). S’il a semblé battable cette année (4ème du chrono national et des contre-performances entre mars et avril), Pippo avait deux objectifs en 2021 : les chronos du Giro et les JO. Les deux chronos du Giro sont dans la poche, ne manque que l’épreuve olympique. Avant le Giro, Ganna semblait deux crans en dessous de ce qu’il avait montré en 2020, pour finalement atteindre son pic de forme lors de la course italienne. Si sa préparation est identique, alors il y a fort à parier qu’il sera au top demain. A noter qu’il prendra aussi part aux épreuves sur piste.

Dennis, un homme sur qui il faut toujours compter. Double champion du monde de la discipline en 2018 et 2019, Rohann avait vu ses chances de médaille s’envoler en 2016 à Rio à cause d’un soucis mécanique. Au départ annoncé sur la course en ligne aussi, l’australien a finalement décidé de ne pas y prendre part afin de se concentrer uniquement sur l’exercice chronométré, un gage de sa volonté de très bien figurer. Les Jeux sont son objectif de la saison, et il y a fort à parier que la motivation sera au top. Le parcours et la distance lui conviennent, il ne tiendra qu’à lui de tout donner sur la route, l’or en ligne de mire. Toute sa préparation a été axée autour de ce chrono, l’australien n’a plus couru en compétition depuis le Tour de Suisse. Sur la course en ligne, on a pu voir que les hommes n’ayant pas disputé le Tour de France ont plus souffert que les autres. Le chrono est un exercice totalement différent, et l’impact de ne pas avoir fait le Tour devrait être moindre. Pour rappel, en 2019 Dennis est devenu champion du monde en n’ayant pas pris part à une compétition plus de deux mois avant l’échéance.

Dans la catégorie des hommes qui ont performé cette année, Cavagna n’est pas en reste : 1 victoire et 3 deuxième places sur les 6 c.l.m auxquels il a pris part, terminant à chaque fois dans le top 5. La champion de France sur route s’est hissé dans la cours des grands cette année et nourrit de bonnes ambitions sur le chrono des Jeux. On a pu aussi le voir, sa capacité à grimper s’est aussi grandement améliorée, sur le papier je ne pense pas que l’épreuve soit trop dure pour lui. Cependant, Rémi n’est pas un adepte de la chaleur et cela pourrait avoir un effet négatif sur sa performance et il espérera que les pluies de ses derniers jours viendront rafraîchir le parcours, sans pour autant trop détremper le parcours. Attention aussi à ne pas partir trop fort, et ne pas exploser en deuxième partie de circuit.

Evenepoel prendra lui aussi part au chrono de mercredi aux côtés de Van Aert. Il a semblé un cran en dessous lors de l’épreuve en ligne alors que beaucoup s’attendaient à le voir performer notamment dans le Mikuni Pass, il n’en a rien été. Avant sa chute sur Il Lombardia l’année dernière, le jeune belge avait laissé entrevoir de très belles choses en contre-la-montre, battant les tout meilleurs et le faisant par conséquent entrer dans la catégorie des tout meilleurs. Cette année est son année de reprise, et aussi surdoué soit-il, il n’a pas été impressionnant si ce n’est sur le Tour de Belgique où l’adversité était moindre. Il faut laisser le temps au temps, nul doute que Remco reviendra à son meilleur niveau, je ne le vois simplement pas au-dessus des grands favoris dans la course au podium.

Ce parcours semble parfait pour Primoz Roglic, mais comme on a pu le voir lors de la course en ligne, le slovène est loin de sa forme optimal. Une préparation pour les JO tronquée par sa chute en première semaine du Tour. Qu’en sera t-il demain ? Excellent coureur contre-la-montre, à 100% de ses moyens Primoz aurait assurément été cité en tant que grand favori aux côté de Van Aert, Ganna et Dennis. Trop d’incertitudes sur son état de forme actuel incitent à la prudence. Malgré tout, rappelons-nous de sa performance sur le premier contre-la-montre du Tour quelques heures après être allé au sol et avec des blessures toutes fraîches. A ne pas totalement écarter.

Les deux équipiers de Cavagna, Asgreen et Almeida, pourraient aussi avoir leur mot à dire. Le danois réalise une saison exceptionnelle, avec en point d’orgue sa victoire au Tour des Flandres. Ses performances en contre-la-montre semblent s’être encore améliorées et s’il y a bien une année où les espoirs de médaille sont permis pour Kasper, cela pourrait être 2021. Je le pense tout de même un cran en dessous des grands favoris, mais une belle place dans le Top 5 est à mon avis dans ses cordes. Le portugais est lui aussi un excellent coureur contre-la-montre, mais qui malheureusement gagne peu dans l’exercice. Je n’ai de plus pas réussi à trouver de performances notable sur un contre-la-montre aussi long et exigeant, il faudra attendre de voir demain comment Joao performera.

McNulty entre lui aussi dans la catégorie des outsiders. En vue dans le final de la course en ligne, il lui aura manqué un peu de forces pour s’accrocher à Carapaz, il prendra finalement la sixième place. Très bon coureur contre-la-montre, l’américain a une chance de bien figurer sur ce parcours vallonné. Malgré tout, à l’image d’un Almeida, Brandon gagne peu dans cet exercice. Il faudrait probablement une contre performance d’un ou plusieurs favoris pour le voir sur le podium.

Dumoulin est une des énigmes de l’épreuve. De retour après sa très longue pose, le néerlandais semble arriver sur ce chrono avec de grandes ambitions. Malheureusement, je pense que son manque de compétition va se faire sentir sur un parcours aussi long et exigeant que celui de Tokyo. Il lui sera très difficile de rivaliser avec les tout meilleurs. Dommage pour Tom, car à 100% de sa forme il tenait une réelle chance de décrocher une place sur le podium.

Küng doit lui aussi être cité parmi les outsiders de ce contre-la-montre. 3ème des derniers championnats du Monde, le suisse est une des références dans l’exercice solitaire. Un homme sur qui il faudra compter, le parcours lui convient bien à mon avis. C’est aussi un des hommes qui espérera probablement que la pluie vienne rafraîchir le parcours, lui qui performe plus dans des conditions difficiles. Une place sur le podium pour King Küng n’est à mon avis pas utopique.

Enfin, s’il fallait citer deux gros outsiders pour cette épreuve ce serait à mon avis Bettiol et Foss. Bettiol est un très bon coureur contre-la-montre, lorsqu’il décide de les faire à fond. On l’a déjà vu réaliser de bons chronos, comme lors des championnats d’Italie où il termine deuxième dans la même seconde que Ganna, ou plus récemment sur le dernier chrono du Giro. La forme est là, il a été impressionnant sur l’épreuve en ligne avant que des crampes ne viennent faire s’évanouir toutes chances de médaille. Il faudra un immense Bettiol et quelques contre performance de certains demain, mais je m’attends à le voir bien figurer. Foss est une valeur montante du cyclisme norvégien. 9ème du dernier Giro, il est aussi très bon dans l’exercice contre-la-montre. La distance ne devrait pas lui poser de problème, il a été récemment couronné champion national sur un parcours de 50 kilomètres. Il faudra voir comment il gère l’enchaînement de difficulté et les conditions climatiques. Comme tant d’autres outsiders, il devra d’une part réaliser une grande performance en espérant probablement que certains favoris se loupent.

MES CHOIX

La préparation, l’objectif, le matériel, la qualité des coureurs. Pour moi demain, un des deux INEOS rapportera une troisième médaille d’or au clan des Grenadiers. Je n’arrive pas à faire un choix entre les deux cependant : le cœur veut Ganna, la raison crie Dennis ! Un outsider sur le podium, je partirais sur Bettiol qui me semble tenir une excellente forme. S’il décide de le faire à fond, il est tout à fait capable d’accrocher un résultat ! J’aime bien Foss aussi, même si j’ai encore quelques interrogations sur ses performances dans les conditions météo japonaise. Je le pense capable de sortir un bon résultat.

  • Ganna @ 4.5 (0.5%)
  • Dennis @ 4.5 (0.5%)
  • Bettiol T3 @ 12 (0.15%)
  • Foss T3 @ 13 (0.15%)

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